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6 janv. 2016 · 6 min

Conjecture de Catalan : 8 et 9, seules puissances consécutives

Dans cet épisode audio, suivez l’énoncé sur deux puissances entières consécutives, de Catalan en 1844 à la preuve de Mihailescu en 2002.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on se lance dans une exploration vraiment fascinante des conjectures mathématiques.

  2. Intervenant 2

    Ouais, salut. Et c'est vrai que le mot conjecture, ça fait un peu peur parfois, non ?

  3. Intervenant 1

    Totalement. Mais en gros, ce sont juste ces fameuses devinettes qui ont l'air ultra simples sur le papier.

  4. Intervenant 2

    Exactement. Il y a des équations tellement courtes qu'un diamant de 10 ans pourrait les gribouiller sur un coin de table.

  5. Intervenant 1

    C'est ça. Et notre mission aujourd'hui en parcourant nos sources, c'est de comprendre comment on part d'une équation centenaire, irrésolue, pour passer par l'ego surdimensionné des mathématiciens.

  6. Intervenant 2

    Pour finir avec une simple chaîne de vélo. C'est quand même un sacré programme.

  7. Intervenant 1

    Ah ça, oui. Alors, commencions par la patience. En 1844, Eugène Catalan affirme un truc tout bête. Il dit que 8 et 9, ce sont les seuls entiers consécutifs qui sont des puissances exactes.

  8. Intervenant 2

    Ouais, son équation, c'est x puissance m moins y-règle puissance n égale

  9. Intervenant 1

    1. Voilà, toute petite équation. Sauf qu'il a fallu attendre 158 ans pour que ce soit prouvé. En 2002, très exactement par près d'Amihaïlescu.

  10. Intervenant 2

    Et ce qui est dingue, c'est que, mis à l'escu, il n'a pas fait ça tout seul sous un pommier. C'est vraiment le fruit d'une collaboration humaine énorme, couplée à une puissance de calcul informatique massive. D'accord,

  11. Intervenant 1

    donc une belle leçon d'humilité collaborative, quoi.

  12. Intervenant 2

    Oui. Et la beauté du truc, c'est la symétrie parfaite de l'équation avec ce fameux 1. Parce que si on change juste un infime détail, genre on remplace le 1 par un 2, ça devient un cauchemar absolu.

  13. Intervenant 1

    Attends, x puissance m moins y puissance n égale 2. Mais c'est presque le même problème. C'est juste un chiffre d'écart.

  14. Intervenant 2

    Visuellement, ouais. Mais la mécanique interne s'effondre complètement. Cette version avec le 2, elle est toujours irrésolue aujourd'hui.

  15. Intervenant 1

    Ah ouais, carrément ! Mais pourquoi ?

  16. Intervenant 2

    Bah, parce qu'avec le 1, on peut utiliser des outils complexes comme la cyclotomie. En gros, c'est un outil qui agit un peu comme un prisme avec la lumière. Ça permet de casser l'équation en petits morceaux parfaitement symétriques pour les étudier.

  17. Intervenant 1

    Bon, décortiquons tout ça. C'est un peu comme un mot de passe informatique, non ?

  18. Intervenant 2

    C'est-à-dire ?

  19. Intervenant 1

    Bah, si tu changes une seule virgule dans le code, ta serrure super complexe devient un coffre-fort totalement impossible à percer, parce que la symétrie de la clé de voûte est brisée.

  20. Intervenant 2

    Ah, c'est une super métaphore, ouais. Les maths exigent cette perfection architecturale. Et ça demande d'accepter qu'on n'ait qu'une petite pierre dans un immense édifice.

  21. Intervenant 1

    Ouais. Bon, par contre, cette fameuse humilité, elle se traduit pas toujours chez les chercheurs eux-mêmes.

  22. Intervenant 2

    Ah bah ça, l'ego humain face à la rigueur mathématique, c'est tout un paradoxe. L'histoire d'André Veil dans les années 80 l'illustre à merveille.

  23. Intervenant 1

    C'est clair. Ce géant des maths donnait une interview au rue Auguste Comte.

  24. Intervenant 2

    Et il faut savoir qu'il détestait Auguste Comte. Il trouvait ça insupportable qu'on qualifie ce philosophe de mathématicien sur la plaque de la rue.

  25. Intervenant 1

    Déjà, l'ambiance est posée.

  26. Intervenant 2

    Ouais. Et pendant cette entrevue, Veil détruit littéralement le concept des prix scientifiques. Il affirme haut et fort que ça ne récompense que les esprits superficiels.

  27. Intervenant 1

    Sauf que le lendemain matin, le journaliste ouvre son journal et découvre que Veil vient tout juste de recevoir le prix Wolf.

  28. Intervenant 2

    Exactement. Un prix ultra prestigieux et surtout très, très richement doté.

  29. Intervenant 1

    Mais alors là, comment on justifie d'accepter un prix qu'on a publiquement qualifié de honteux la veille ? C'est

  30. Intervenant 2

    un cynisme absolu. Veil a expliqué que, comme il n'avait pas le pouvoir d'abolir tous les prix en refusant le sien, il l'acceptait en désespoir de cause.

  31. Intervenant 1

    Non mais la mauvaise foi du gars.

  32. Intervenant 2

    Attends, c'est pas fini. Il a même osé ajouter que c'était en réalité la preuve de sa plus stricte modestie.

  33. Intervenant 1

    C'est fabuleux. La vérité mathématique est vraiment indifférente à la vanité humaine.

  34. Intervenant 2

    C'est le moins qu'on puisse

  35. Intervenant 1

    dire. Heureusement, ces concepts, ils n'appartiennent pas qu'à des génies un peu capricieux. Au Mathematicum de Gießen, en Allemagne, ils ont réussi à matérialiser la conjecture de Golbach.

  36. Intervenant 2

    Oui, celle qui dit que tout nombre paire est la somme de deux nombres premiers.

  37. Intervenant 1

    C'est ça. Mais alors, qu'est-ce que tout ça veut dire ? Comment une simple chaîne de vélos, avec ses frottements et ses imperfections physiques, peut offrir une preuve mathématique ?

  38. Intervenant 2

    En fait, la chaîne ne remplace pas la démonstration sur le papier. Elle révale la règle abstraite par sa géométrie.

  39. Intervenant 1

    D'accord.

  40. Intervenant 2

    Imagine une chaîne circulaire. On numérote les maillons de 3 à 150 et on peint les nombres premiers en rouge.

  41. Intervenant 1

    Ok, je visualise le truc.

  42. Intervenant 2

    Si tu tires la chaîne pour placer le maillon 40 tout au bout, la boucle va former deux lignes parallèles, d'accord ? Ouais. Eh ben, les maillons qui se font face de chaque côté auront systématiquement une somme égale au double de l'extrémité, donc ici 80. Ah mais

  43. Intervenant 1

    c'est génial !

  44. Intervenant 2

    Il suffit de balayer la chaîne du regard pour voir si deux maillons rouges se font face.

  45. Intervenant 1

    Exactement !

  46. Intervenant 2

    Et pour 80, on tombe immédiatement sur le face-à-face entre le 37 et le 43.

  47. Intervenant 1

    Qui sont tous les deux rouges, donc premier.

  48. Intervenant 2

    Voilà. La boucle physique incarne la règle abstraite. Ça montre que les maths, elles structurent vraiment notre réalité

  49. Intervenant 1

    tangible. C'est fou. Si de simples engrenages ou des algorithmes permettent aujourd'hui de visualiser ces énigmes séculaires, on peut se poser une question assez vertigineuse pour clore notre exploration.

  50. Intervenant 2

    Vas-y, je t'écoute.

  51. Intervenant 1

    Eh bien, pour ceux qui nous écoutent, imaginez, la prochaine grande conjecture mathématique sera-t-elle le fruit de la pure intuition humaine ou directement formulée par une machine qui, elle, n'aura ni égo capricieux, ni besoin de prix prestigieux ?

  52. Intervenant 2

    Ah, ça laisse de quoi gamberger, ça !

  53. Intervenant 1

    N'est-ce pas ? Merci de nous avoir suivis et à la prochaine pour continuer de décortiquer tout ça.

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