
15 déc. 2025 · 23 min
196, l’entier dont le palindrome reste introuvable
Dans cet épisode, suivez l’addition avec l’écriture renversée, des palindromes vite obtenus jusqu’à 196, qui résiste encore.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Ravi de vous retrouver pour une nouvelle grande plongée au cœur des mathématiques.
Intervenant 2
Salut tout le monde. Oui, très heureuse d'être là pour décortiquer ce nouveau sujet.
Intervenant 1
Et aujourd'hui, on a une mission hyper stimulante. On va explorer un phénomène mathématique qui se cache vraiment en pleine vue. Mais avant de parler de maths pure, il faut qu'on fasse un petit détour par le langage.
Intervenant 2
Absolument. Le langage, c'est souvent la meilleure porte d'entrée pour ce sujet.
Intervenant 1
Oui, parce que si on demande à quelqu'un dans la rue ce qui est un mot qui solide dans les deux sens, on obtient tout de suite des classiques, genre radar, kayak ou ressasser.
Intervenant 2
C'est ça. Et la fascination pour cette symétrie, elle ne s'arrête pas aux mots isolés. Les amateurs de jeux de langage connaissent bien des phrases complètes construites sur ce principe.
Intervenant 1
Ah oui, les phrases entières, c'est dingue.
Intervenant 2
Et il y a la célèbre phrase élue par cette crapule. Une phrase qui, lettre par lettre, offre une symétrie parfaite de gauche à droite ou de droite à gauche.
Intervenant 1
Et on peut même aller beaucoup, beaucoup plus loin. J'ai lu dans nos sources le truc sur Georges Pérec.
Intervenant 2
Ah oui, le grand palindrome.
Intervenant 1
C'est incroyable. Il a composé un texte entier de 1247 mots. Imaginez la gymnastique mentale qu'il faut pour que la première lettre du texte corresponde exactement à la dernière.
Intervenant 2
Et la deuxième à l'avant-dernière, et ainsi de suite sur plus de 1000 mots, assez ahurissant.
Intervenant 1
C'est un tour de force total. Et la musique a aussi ses équivalents, figure-toi. Le compositeur Jean-Sébastien Bach a écrit un fameux canon-crabe.
Intervenant 2
Oh, le canon-crabe, oui, magnifique !
Intervenant 1
La partition peut carrément être jouée par deux musiciens. L'un commence par le début, l'autre par la fin, et l'harmonie reste parfaite.
Intervenant 2
Et Joseph Hayden a fait pareil avec le minuet de sa 47e symphonie, d'ailleurs.
Intervenant 1
Exactement. Mais bon, avant de basculer dans les nombres, d'où vient ce terme ? Que signifie vraiment le mot palindrome, au fond ?
Intervenant 2
Ses racines sont grecques, tout simplement. On assemble palin, qui signifie « de nouveau » ou « en arrière », et dromos, qui désigne la course ou la piste.
Intervenant 1
Donc c'est littéralement une course en arrière ?
Intervenant 2
Voilà, c'est ça. Et si la littérature et la musique se sont emparées de cette course à rebours de façon plutôt ludique, c'est vraiment en arithmétique que les palindromes révèlent leurs propriétés les plus mystérieuses.
Intervenant 1
Et c'est là que l'expérience devient universelle pour tous ceux qui nous écoutent. On a tous ressenti cette petite satisfaction irrationnelle en regardant l'heure sur un smartphone.
Intervenant 2
Quand on voit s'afficher 12h21. Voilà. Ou 0555. Il y a une
Intervenant 1
espèce de sensation d'ordre fugace, d'équilibre parfait. Bah
Intervenant 2
oui, mais cette petite satisfaction esthétique, c'est juste la porte d'entrée vers une structure qui est très très rigoureuse.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Si on dépasse le simple cadran d'une montre et qu'on plonge dans la théorie des nombres, cette symétrie visuelle impose des règles vraiment strictes sur la façon dont ces nombres se comportent.
Intervenant 1
D'accord. L'idée, c'est de comprendre l'anatomie de ces nombres et surtout les conséquences cachées de cette symétrie.
Intervenant 2
Tout à fait, et ça nous amène directement à une question de dénombrement.
Intervenant 1
Ouais, posons les bases. Puisqu'on voit ces nombres palindromes assez souvent au quotidien, combien y en a-t-il réellement si on se met à les compter de manière méthodique ?
Intervenant 2
C'est la bonne question par laquelle commencer.
Intervenant 1
Bon, si on commence par les nombres à un seul chiffre, on en a 10, de 0 à 9. Ils se lisent évidemment de la même façon dans les deux sens.
Intervenant 2
C'est la base, oui.
Intervenant 1
Pour les nombres à deux chiffres, on en a 9. 11, 22, 33, jusqu'à 99.
Intervenant 2
C'est exact. Et pour comprendre comment on passe aux tailles supérieures, il faut voir un palindrome non pas comme une simple suite de chiffres, mais plutôt comme une structure avec une charnière centrale.
Intervenant 1
Une charnière, c'est-à-dire ?
Intervenant 2
Imagine un miroir placé en plein milieu d'une ombre. Si on veut construire un palindrome à trois chiffres, on ne va pas choisir trois chiffres au hasard. On choisit le premier chiffre, disons un 7.
Intervenant 1
Ok, je mets un 7. Ah d'accord, je vois l'idée des Legos qui s'emboîtent. Donc on a 9 choix pour le premier chiffre, vu qu'on ne peut pas commencer par un zéro.
Intervenant 2
Exact.
Intervenant 1
Et ensuite, 10 choix pour le chiffre du milieu. 9 multiplié par 10, ça fait 90 palindromes à 3 chiffres. La moitié droite n'offre aucune liberté de choix. Au final, elle subit l'asymétrie.
Intervenant 2
Voilà le mécanisme de base. La moitié gauche commande, la moitié droite obéit.
Intervenant 1
Mais c'est précisément ici que mon intuition a percuté un mur en étudiant nos sources pour ce podcast.
Intervenant 2
Ah bon ? Qu'est-ce qui
Intervenant 1
coince ? Passons au nombre à 4 chiffres. On a toujours 9 choix pour le premier chiffre, qui fixe donc le dernier. Ensuite, on a 10 choix pour le deuxième chiffre, qui fixe automatiquement le troisième. Cela fait donc 9 choix multipliés par 10 choix, ce qui donne encore 90 palindromes.
Intervenant 2
Et le mur est
Intervenant 1
là. Complètement. Attends, il y a exactement 90 palindromes à 3 chiffres et 90 palindromes à 4 chiffres. C'est contre-intuitif au possible.
Intervenant 2
C'est vrai que ça surprend.
Intervenant 1
L'univers de tous les nombres à 4 chiffres est 10 fois plus vaste que celui à 3 chiffres. Comment est-ce qu'il peut y avoir le même nombre de palindromes dans les deux catégories ? On se croirait face à un paradoxe.
Intervenant 2
C'est une excellente remarque, et c'est génial parce que ça met en lumière ce que signifie la liberté en mathématiques.
Intervenant 1
C'est pas un paradoxe
Intervenant 2
alors ? Non, c'est une conséquence purement géométrique. Prenons la longueur totale d'un nombre. Qu'elle soit un paire, disons 3 chiffres, ou paire, disons 4 chiffres, le nombre de décisions indépendantes que tu dois prendre est strictement identique.
Intervenant 1
Ok, je suis.
Intervenant 2
Pour trois chiffres, tu choisis le premier et le deuxième. Le troisième est dicté par le miroir. Pour quatre chiffres, tu choisis le premier et le deuxième. Et là, le troisième et le quatrième sont dictés. Tu prends exactement le même nombre de décisions dans le même espace de choix de 0 à 9.
Intervenant 1
Incroyable, je comprends. La charnière centrale d'un nombre impair agit exactement comme la ligne invisible de symétrie d'un nombre pair. Dans les deux cas, dès qu'on a dépassé la moitié, on perd le contrôle.
Intervenant 2
C'est exactement le mécanisme en jeu, oui. Formellement, on peut avoir un nombre de longueurs impaires, défini par 2K plus 1, ou de longueurs paires, défini par 2K plus 2.
Intervenant 1
Et le résultat est le
Intervenant 2
même ? Dans les deux cas, le nombre de palindromes obéit strictement à la même formule. 9 fois 10 puissance K.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Cette règle est d'une puissance redoutable. Elle permet de résoudre de tête des problèmes qui semblent, à première vue, nécessiter une puissance de calcul gigantesque.
Intervenant 1
Ah oui, comme le fameux défi lancé par Cédric Villani.
Intervenant 2
Exactement.
Intervenant 1
En 2013, dans Le Monde, il avait posé cette question brutale. Combien de palindromes à 351 chiffres existent-ils ? Face à ça, franchement, l'instinct pousse à croire qu'il faut un super ordinateur pour tester des milliards de combinaisons.
Intervenant 2
Mais en connaissant le mécanisme de la charnière qu'on vient de voir, on trouve la réponse de tête.
Intervenant 1
Vas-y, montre-nous.
Intervenant 2
La longueur est de 351 chiffres, c'est un nombre impair, donc on pose l'équation 2k plus 1 égale 351, ce qui nous donne k égale 175. D'accord.
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