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10 févr. 2026 · 15 min

Femmes de science au XVIIIe : derrière les étiquettes

Cet épisode suit l’enquête dans les archives pour distinguer philosophes, techniciennes, intendantes et écolières, puis leurs parcours entre ces rôles.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue à toutes et à tous dans le podcast du magazine Tangente.

  2. Intervenant 2

    Salut Sam !

  3. Intervenant 1

    Je suis super ravi d'être là pour cette nouvelle exploration.

  4. Intervenant 2

    Ouais et aujourd'hui on plonge dans un truc franchement un truc incroyable. Imagine on est en 1774 et l'un des traités de mathématiques les plus pointus publiés en France porte le nom d'une simple cuisinière.

  5. Intervenant 1

    Ce qui n'était absolument pas un miracle éducatif tombé du ciel.

  6. Intervenant 2

    Non, voilà, c'était en fait une fraude. Une fraude ultra bien organisée par un abbé qui était juste terrifié par la critique scientifique. Et c'est exactement le genre de manipulation historique qui saute aux yeux quand on se plonge dans les archives du siècle des Lumières.

  7. Intervenant 1

    Et pour faire ça, on s'appuie aujourd'hui sur les recherches vraiment vertigineuses de l'historienne Isabelle Lemono-Ouaxin. L'idée ici, c'est pas du tout de recracher des dates ou de faire un cours magistral. Surtout pas, non. L'objectif, c'est plutôt de déconstruire un mythe qui a la vie dure. Tu sais, le mythe de la femme de science du XVIIIe siècle. Cette espèce de figure tragique, invisible, isolée, qui travaille par pure passion, désintéressée dans son coin.

  8. Intervenant 2

    La réalité qui émerge des documents d'archives, elle est d'une complexité folle et avec une ironie qui est presque cruelle en fait. Cette image de la femme génie et solitaire, elle s'effondre complètement.

  9. Intervenant 1

    Ouais c'est ça, les archives nous montrent un tableau totalement différent.

  10. Intervenant 2

    Totalement. On découvre des hommes de pouvoir qui usurpent des identités féminines pour publier. On découvre des véritables usines de calculatrices humaines qui traitent des orbites de comètes mais sans jamais voir l'ombre d'une fiche de paie. Et surtout, on tombe sur un immense bouleversement qu'on n'avait pas vu

  11. Intervenant 1

    venir. Le fameux twist sur la Révolution française.

  12. Intervenant 2

    Hier, la Révolution, qu'on perçoit toujours comme le grand triomphe de la raison, elle a en réalité agi comme un coup près dévastateur pour la visibilité institutionnelle de ces mathématiciennes.

  13. Intervenant 1

    C'est un renversement de perspective total pour les personnes qui nous écoutent. Mais pour comprendre comment la Révolution a pu détruire cet écosystème, il faut d'abord regarder comment il fonctionnait au quotidien.

  14. Intervenant 2

    C'est ça. D'après les travaux d'Isabelle Lémonon-Ouaxin, on n'a pas affaire à un seul profil type de sa vente, mais vraiment à deux trajectoires parallèles.

  15. Intervenant 1

    La cour prestigieuse d'un côté et l'arrière-cuisine de l'autre.

  16. Intervenant 2

    Oui, la dichotomie sociale, c'est vraiment le moteur de toute cette organisation. D'un côté, on a l'élite qui est très visible, donc des femmes issues de la noblesse ou de la très haute bourgeoisie.

  17. Intervenant 1

    Celles qui avaient les moyens quoi.

  18. Intervenant 2

    Voilà. Dans ces milieux hyper privilégiés, les filles recevaient parfois une éducation qui était calquée sur celle des garçons, avec des mathématiques avancées. Et on y trouve aussi des veuves qui, soudainement, étaient maîtresses de leur fortune et de leur temps, ou des épouses qui avaient, disons, accompli leur devoir dynastique en donnant des héritiers.

  19. Intervenant 1

    Et qui, du coup, avaient le feu vert de leur mari pour faire de la géométrie.

  20. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Ça, c'est la vitrine des Lunières.

  21. Intervenant 1

    Sauf que ça implique un truc logique. L'écrasante majorité du travail de fond ne pouvait pas reposer juste sur cette poignée d'aristocrates. Quand on voit les volumes immenses de données publiées par les astronomes, c'est physiquement impossible qu'ils aient tout fait tout seuls.

  22. Intervenant 2

    Ah bah non, il fallait une infrastructure gigantesque.

  23. Intervenant 1

    Une infrastructure invisible donc.

  24. Intervenant 2

    Ouais, la deuxième trajectoire. C'est une main d'œuvre de l'ombre qui est colossale. Elle était composée des filles, des épouses, des nièces et parfois même des servantes des savants. Le scientifique du XVIIIe siècle, il captait très vite qu'il avait sous son propre toit une force intellectuelle gratuite.

  25. Intervenant 1

    Pratique.

  26. Intervenant 2

    Très pratique. Il transformait ses femmes en assistantes de laboratoires idéales pour absorber une charge de travail astronomique.

  27. Intervenant 1

    Et il faut vraiment insister sur ce que c'était ce travail. On ne parle pas de nettoyer les lentilles des téléscopes, on parle de mathématiques dures.

  28. Intervenant 2

    Mais totalement. Pour vraiment saisir l'ampleur du truc, il faut s'imaginer le calcul des éphémérides. En gros, il s'agit de déterminer la position exacte d'un astre dans le ciel, mais jour par jour, heure par heure.

  29. Intervenant 1

    Et sans Excel évidemment.

  30. Intervenant 2

    Bah non, au XVIIIe siècle, c'est de la trigonométrie sphérique posée à la main, à la bougie. Il fallait intégrer les lois de Newton, calculer les perturbations gravitationnelles des autres planètes, tout ça avec des tables de logarithmes imbuvables.

  31. Intervenant 1

    La moindre erreur d'addition à la ligne 1 et tu jettes tes trois mois de calcul à la poubelle.

  32. Intervenant 2

    C'est une rigueur implacable, ça demandait des milliers d'heures.

  33. Intervenant 1

    Du coup, l'analogie qui vient en tête, c'est un peu comme, tu sais, les premiers ordinateurs humains de la NASA.

  34. Intervenant 2

    Ah ouais, le film « Les figures de l'ombre », tout à fait.

  35. Intervenant 1

    Exactement. D'un côté, t'as le directeur de mission, l'astronome, qui signe le papier, qui récolte les honneurs à l'académie.

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