
22 déc. 2022 · 14 min
Comment comparer deux infinis ? Le chemin de Cantor-Bernstein
Dans cet épisode, partez du comptage ordinaire, suivez les correspondances dans les deux sens et voyez comment elles établissent une même taille.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis absolument ravie d'accueillir les auditeurs pour cette nouvelle plongée fascinante au cœur des mathématiques. Pour cette exploration de l'extrême, je suis comme toujours accompagnée de notre expert résident prêt à nous retourner le cerveau. Bonjour Sam.
Intervenant 2
Bonjour Evelyne. Et oui, je suis très chaud aujourd'hui parce qu'on s'attaque à un monument qui va nous demander pas mal de gymnastique mentale.
Intervenant 1
Carrément, je préviens ceux qui nous écoutent, accrochez-vous, parce que le point de départ de notre discussion, c'est une réflexion assez amusante sur la taille des choses. En fait, pour un enfant, faire la différence entre un paquet de trois bonbons et les cinq doigts de sa main, c'est une évidence absolue.
Intervenant 2
Bah oui, c'est instinctif.
Intervenant 1
Par une. Mais alors la grande question, c'est que se passe-t-il quand on jette les bonbons, qu'on lève les yeux au ciel et qu'on essaye de mesurer la taille de l'infini ?
Intervenant 2
C'est précisément là que la machine s'enraile, totalement. L'intuition quotidienne devient pas seulement inutile, mais elle se transforme en un véritable piège conceptuel. Et l'objectif de notre analyse aujourd'hui, c'est de décortiquer comment les mathématiciens ont réussi à surmonter ce vertige.
Intervenant 1
Un vertige, oui, c'est le bon mot.
Intervenant 2
Totalement. On va donc plonger dans les travaux fascinants de Géorge Cantor et démonter les rouages d'un monument de la logique, le fameux théorème de Cantor-Bernstein. L'enjeu est colossal parce qu'il s'agit de comprendre comment des évidences sur des groupes finis peuvent se généraliser à l'infini, mais à condition de faire preuve d'une rigueur implacable.
Intervenant 1
Alors justement, j'aimerais qu'on s'arrête une seconde sur ce mur conceptuel avant d'aller plus loin. Pourquoi la méthode du comptage classique, notre bon vieux 1, 2, 3, s'effondre-t-elle à ce point face à l'infini ? Est-ce que c'est comme essayer de vider un océan avec une petite cuillère ? L'outil est juste trop petit ?
Intervenant 2
La métaphore de la petite cuillère est super parlante. Ça illustre bien le désespoir de la tâche. Mais la réalité mathématique, en fait, elle est encore plus cruelle que ça. Ah
Intervenant 1
bon ? Plus cruelle ?
Intervenant 2
Oui, parce que c'est pas juste que l'océan est trop grand pour la cuillère. C'est que cet océan-là n'a tout simplement pas de fond. Donc on peut même pas commencer à le vider, c'est mort d'avance. Et face à ce mur, Cantor a eu une réflexion vraiment fondatrice.
Intervenant 1
Qu'est-ce qu'il s'est dit ?
Intervenant 2
Dans sa thèse de 1867, qui était rédigée en latin d'ailleurs pour la petite histoire, il affirme qu'en mathématiques, l'art de poser les bonnes questions est finalement plus important que l'art de les résoudre.
Intervenant 1
D'accord, donc plutôt que de s'acharner à compter de plus en plus vite avec notre cuillère, il s'est dit qu'il fallait carrément inventer une nouvelle façon de comparer les tailles.
Intervenant 2
C'est exactement ça. Puisque le comptage est mort, il a fallu créer des ponts, mettre les éléments en correspondance directe. Et c'est là qu'on pose les bases rigoureuses. Pour comparer un ensemble A et un ensemble B, la mathématique définit trois types d'applications.
Intervenant 1
Ok, on rentre dans le vif du sujet. C'est quoi la première ?
Intervenant 2
La première, c'est l'application dite « injective ». L'idée, c'est que tous les éléments de l'ensemble A ont des images différentes dans l'ensemble B.
Intervenant 1
Attendez, laissez-moi essayer de vulgariser ça pour qu'on visualise bien. On va utiliser une analogie. Imaginons une immense salle de balle. On a un groupe de danseurs habillés en rouge, le groupe
Intervenant 2
A,
Intervenant 1
et un groupe de danseurs habillés en bleu, le groupe B.
Intervenant 2
J'aime beaucoup l'image de la salle
Intervenant 1
de balle. Allons-y. Donc, si je suis votre logique, une application injective, c'est si chaque danseur en rouge invite un partenaire en bleu différent. Aucun danseur bleu n'est invité par deux rouges en même temps.
Intervenant 2
Parfaitement résumé. Et mathématiquement, si on arrive à faire ça, ça veut dire que le groupe des rouges est inférieur ou égal au groupe des bleus. Ensuite, on a la deuxième application, la surjective. Et ça donne
Intervenant 1
quoi dans notre salle de balle ?
Intervenant 2
La règle de la surjective, c'est que tous les éléments de B ont au moins un antésalant dans A. En termes de danse, ça veut dire que quand la musique commence, absolument personne ne reste seul sur le bord de la piste côté bleu.
Intervenant 1
Ah d'accord, donc tout le monde a été invité.
Intervenant 2
Et s'ils ont tous été invités par les Rouges, ça prouve obligatoirement que le groupe des Rouges est supérieur ou égal en nombre. Exactement. Et enfin, on arrive au Graal, la troisième application.
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