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22 août 2022 · 22 min

Domineering : peut-on avoir un demi-coup avec des dominos ?

Dans cet épisode audio, suivez pas à pas ce jeu de stratégie à deux joueurs sur une grille : ses positions deviennent des valeurs, jusqu’à 1/2.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue à tous dans le podcast du magazine Tangente. On est super contents de vous retrouver pour une nouvelle exploration. Aujourd'hui, on va plonger dans un truc...

  2. Intervenant 2

    Salut tout le monde. Ouais, un truc vraiment fascinant.

  3. Intervenant 1

    Exactement. Enfin, imaginez un peu la sensation de jouer aux échecs ou aux dames ou même juste aux morpions. Et là, de savoir avec une certitude absolue que vous avez très exactement un demi-coup d'avance.

  4. Intervenant 2

    Ouais, pas juste une petite intuition vague de domination, quoi.

  5. Intervenant 1

    C'est ça, pas un avantage flou, un vrai implacable demi-coup d'avance mathématique. Sur le papier, ça défie complètement la logique spatiale. Comment c'est physiquement possible de jouer la moitié d'un tour sur un vrai plateau en bois ou en carton ?

  6. Intervenant 2

    C'est vrai que cette question ressemble presque à un paradoxe, une sorte de devinette absurde.

  7. Intervenant 1

    Totalement.

  8. Intervenant 2

    Mais le plus troublant, en fait, c'est qu'elle possède une réponse mathématique d'une précision chirurgicale. Les sources de notre exploration d'aujourd'hui, elles nous plongent dans les mécanismes de ce qu'on appelle la théorie des jeux combinatoires et plus spécifiquement dans l'esprit du génial mathématicien John Conway. Et

  9. Intervenant 1

    c'est là que ça devient

  10. Intervenant 2

    dingue. Ouais, on va voir comment, avec une banale grée rectangulaire et juste quelques bouts de plastique, on peut bâtir une structure algébrique d'une profondeur vertigineuse. Je suis vraiment fascinée par ce sujet.

  11. Intervenant 1

    Et moi, je suis tellement curieux de décortiquer tout ça. Alors, c'est notre mission d'aujourd'hui. Pour comprendre comment on peut théoriquement scinder un mouvement en fraction, il faut d'abord poser le décor. D'accord.

  12. Intervenant 2

    On installe le laboratoire.

  13. Intervenant 1

    Voilà. L'expérience s'articule autour d'un jeu de plateau très spécifique qu'on a dans notre article, un jeu qui s'appelle Domineering. Du coup, avant de parler d'équations, il faut qu'on aide les auditeurs à visualiser le plateau.

  14. Intervenant 2

    C'est super simple en fait. L'esthétique de Domineering, c'est le minimalisme absolu. La reine, c'est juste une grille rectangulaire vierge.

  15. Intervenant 1

    Genre un damier ou une feuille de papier à petits carreaux quoi.

  16. Intervenant 2

    Exactement. Et deux personnes s'affrontent. Dans l'article, par convention, ils les appellent Henri et Valentine.

  17. Intervenant 1

    Henri et Valentine. D'accord.

  18. Intervenant 2

    Et le matériel, c'est tout aussi basique. C'est des dominos de taille standard, donc des petits rectangles, qui recouvrent très exactement deux cases adjacentes sur la grille.

  19. Intervenant 1

    Logique.

  20. Intervenant 2

    Et la règle de placement, elle est unique et stricte. Aucun domino ne peut en chevaucher un autre, évidemment.

  21. Intervenant 1

    Ouais, mais du coup, s'il n'y avait que ça, ce serait juste un bad puzzle. Enfin, on remplirait la grille et puis c'est tout.

  22. Intervenant 2

    C'est clair. Mais la dynamique de compétition, elle vient d'une asymétrie fondamentale dans les règles.

  23. Intervenant 1

    Ah, la fameuse contrainte !

  24. Intervenant 2

    C'est ça. Henri, lui, n'a le droit de poser ses dominos qu'à l'horizontale.

  25. Intervenant 1

    Ok, Henri, c'est horizontal.

  26. Intervenant 2

    Et Valentine, à l'inverse, elle est obligée de jouer ses dominos uniquement à la verticale. Et le but du jeu, ça devient très vitocréssant, tu vois. Le premier qui se retrouve coincé, incapable de placer un domino parce qu'il manque d'espace dans son sens, il perd la partie.

  27. Intervenant 1

    C'est une vraie guerre de territoire en fait. Une sorte d'asphyxie lente.

  28. Intervenant 2

    C'est tout à fait ça. Et c'est primordial de bien catégoriser ce jeu. Domineering, ça fait partie de la grande famille aristocratique des jeux combinatoires.

  29. Intervenant 1

    Comme le célèbre jeu de Nîmes, c'est

  30. Intervenant 2

    ça ? Exactement. Et ça, ça veut dire plusieurs choses très précises en mathématiques. D'abord, il y a une absence totale et radicale de hasard.

  31. Intervenant 1

    Pas de D.

  32. Intervenant 2

    Pas de dés pour sauver une mauvaise posture. Et ensuite, l'information est ce qu'on appelle parfaite. Le plateau entier est visible par les deux joueurs, de la première à la dernière seconde.

  33. Intervenant 1

    Donc, pas de bluff possible, pas de carte cachée dans la manche ?

  34. Intervenant 2

    Du coup, le destin de la partie repose intégralement sur l'anticipation. Et la théorie classique affirme que, dans ces conditions, l'une des deux personnes possède obligatoirement une stratégie gagnante, et ce, depuis le tout premier

  35. Intervenant 1

    tour. Et l'outil pour prouver ça, c'est le fameux arbre de jeu.

  36. Intervenant 2

    C'est ça, la base de l'analyse.

  37. Intervenant 1

    En gros, on part du plateau vide, on dessine une branche pour chaque premier coup possible, puis on rajoute des petites branches pour les réponses de l'adversaire et on déploie ça jusqu'à avoir recensé toutes les fins de parties possibles.

  38. Intervenant 2

    Voilà ! Et ensuite, tu remontes depuis la fin vers le début pour tracer le chemin parfait. C'est la boussole théorique ultime. Ça cartographie tout l'univers des possibles du jeu.

  39. Intervenant 1

    Mais là, honnêtement, j'ai envie de te dire, je me heurte à un vrai problème de logique moderne.

  40. Intervenant 2

    Ah bon ? Lequel ?

  41. Intervenant 1

    On vit à l'ère des supercalculateurs, de l'IA. Pourquoi on a besoin de mathématiciens pour décortiquer un jeu de domino ? On rentre les règles dans une machine, on lui demande de calculer cet arbre de jeu par la force brute et boum, l'ordinateur nous recrache la solution en trois secondes, non ?

  42. Intervenant 2

    C'est l'instinct qu'on a tous, faire confiance à la puissance de calcul brut. Mais en fait, c'est une impasse monumentale.

  43. Intervenant 1

    Vraiment ?

  44. Intervenant 2

    L'arbre de jeu, il est irréprochable sur le papier. Mais matériellement, dans le monde physique, il est ingérable. L'article détruit complètement cette illusion de toute puissance informatique.

  45. Intervenant 1

    Attends, même pour un petit plateau ?

  46. Intervenant 2

    Prenons un plateau modeste, une grille carrère de 8 cases sur 8.

  47. Intervenant 1

    Donc la taille d'un échiquier classique. 64 cases, c'est quand même pas bien grand.

  48. Intervenant 2

    Figure-toi que pour cette arène de 8 par 8, l'arbre de jeu engendre approximativement 10 puissance 15 configurations possibles.

  49. Intervenant 1

    10 puissance 15. Un million de milliards de positions

  50. Intervenant 2

    différentes. Juste pour des simples dominos sur un échiquier. La vitesse à laquelle les branches se multiplient, c'est foudroyant.

  51. Intervenant 1

    Ah ouais, l'explosion combinatoire.

  52. Intervenant 2

    Exactement. Au début, le premier joueur a plein de choix, donc on a des dizaines de branches. Et pour chacune d'elles, l'autre joueur a encore beaucoup de choix. Ça se multiplie par dizaines à chaque étape.

  53. Intervenant 1

    C'est un truc de

  54. Intervenant 2

    fou. Stocker un million de milliards de plateaux, ça saturerait des pétaoctets de mémoire instantanément. Et calculer la stratégie parfaite là-dessus, ça demanderait une énergie et un temps de processeur qui rendraient la chose juste absurde.

  55. Intervenant 1

    Donc la machine s'écrase face au mur de la complexité.

  56. Intervenant 2

    Totalement

  57. Intervenant 1

    hors-jeu. Ok, bon. Quand on ne peut pas démolir un mur avec un bélier, l'approche scientifique, c'est de le démonter brique par brique. Donc, s'il est impossible de calculer la grille entière d'un coup, on change de méthode. C'est le fameux diviser pour mieux régner.

  58. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Et là, le changement de perspective, il est radical. Quand une partie débute, l'espace est d'un seul bloc, continu. Mais au fur et à mesure que les dominos s'installent, ils agissent comme des petits murs.

  59. Intervenant 1

    Ouais, ils coupent la grille.

  60. Intervenant 2

    Et très vite, les cases libres qui restent, elles ne forment plus un seul bloc. Elles se séparent en plein de petits groupes isolés les uns des autres. Le grand plateau global se transforme en plein de petits îlots vides.

  61. Intervenant 1

    Ah, j'adore cette métaphore de l'archipel. C'est comme un vaste continent au début qui, sous l'impact des dominos, se fracture en un tas de petites îles.

  62. Intervenant 2

    Et c'est mathématiquement très juste, tu vois. Parce que l'idée forte derrière cette fragmentation, c'est l'indépendance totale de chaque zone.

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