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10 oct. 2025 · 13 min

Michel Delaunay : le nœud de Conway pris dans un cube

Dans cet épisode, suivez le passage d’un nœud mathématique complexe à une œuvre cubique, entre croisements rigoureux, perspective et création.

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  1. Intervenant 1

    Bonjour à toutes et à tous et bienvenue dans ce nouveau numéro, le podcast du magazine Tangente. Je suis vraiment ravie de vous retrouver pour une plongée, franchement une plongée qui s'annonce vertigineuse.

  2. Intervenant 2

    Ah bah ça, le mot est faible, oui. Bonjour à tout le monde.

  3. Intervenant 1

    On a une exploration approfondie aujourd'hui qui part dans des directions complètement inattendues. Il faut s'imaginer une énigme mathématique, mais en truc si complexe que les plus grands chercheurs de la planète s'y sont cassés les dents pendant un demi-siècle.

  4. Intervenant 2

    Ouais, 50 ans de blocage

  5. Intervenant 1

    total. Voilà. Et cette énigme, elle n'existe même pas vraiment dans notre monde physique. Elle vit en quatre dimensions. Et pourtant, et c'est là que l'histoire devient folle, cette énigme a été résolue presque par hasard par une jeune étudiante il y a quelques années.

  6. Intervenant 2

    C'est ça, en quelques jours à peine en plus.

  7. Intervenant 1

    En quelques jours. Et aujourd'hui, cet objet mathématique hyper abstrait, il se retrouve emprisonné au cœur d'un cube peint en trois dimensions, exposé dans une galerie d'art contemporain.

  8. Intervenant 2

    C'est complètement dingue.

  9. Intervenant 1

    C'est le point de départ de notre analyse du jour. On va se plonger dans le travail du plasticien Michel Delaunay. Une démarche où l'art ne fait pas qu'imiter la géométrie.

  10. Intervenant 2

    Non, c'est bien plus profond. La toile devient la géométrie. C'est vraiment l'incarnation physique des maths les plus pures.

  11. Intervenant 1

    C'est fascinant. Mais alors, avant même d'essayer de comprendre comment on peut physiquement peindre un problème en quatre dimensions, parce que franchement, j'ai du mal à visualiser le

  12. Intervenant 2

    truc. C'est un vrai défi, ouais.

  13. Intervenant 1

    Bah oui. Faut qu'on s'arrête deux secondes sur le cerveau qui conçoit ça. Michel Delaunay, il n'a pas un parcours classique de peintre, en fait. Ça tendrait à quelqu'un qui a toujours été dans un atelier, quoi.

  14. Intervenant 2

    C'est justement ce bagage qui explique sa vision du monde. Quand on étudie la physique ou la chimie, on étudie la matière intime, les réseaux cristallins, les interactions entre les molitures.

  15. Intervenant 1

    D'accord, donc les lois invisibles qui régissent notre monde visible.

  16. Intervenant 2

    Exactement. Et ça formate l'esprit. Mais en 73, paf, virage à 180 degrés. Il entre au Beaux-Arts de Rouen.

  17. Intervenant 1

    Mais il lâche pas complètement la science. Pour autant, j'ai lu que son mémoire de fin d'étude, c'était sur, attends, l'histoire des polyèdres.

  18. Intervenant 2

    C'est quand même pas banal pour un étudiant en art.

  19. Intervenant 1

    Clairement pas. Arriver au Beaux-Arts et faire une thèse sur des volumes géométriques, c'est audacieux.

  20. Intervenant 2

    Ça les mène tout droit vers ce qu'on appelle l'art concret. C'est un mouvement qui est très hérité des avant-gardes européennes, avec une esthétique très, très mathématique quoi.

  21. Intervenant 1

    Alors justement, l'art concret, il faut qu'on en parle. Delaunay associe ça à de l'abstraction géométrique. Et quand on entend ça, ça fait un peu un bug cognitif pour moi.

  22. Intervenant 2

    Un oxymore ?

  23. Intervenant 1

    Oui, totalement. Art concret et abstraction, c'est complètement opposé. Comment de l'abstrait peut être concret ?

  24. Intervenant 2

    Je comprends que ça perturbe. Mais en fait, il faut repenser leur définition de la réalité. Pour la peinture classique, un tableau est abstrait s'il ne représente rien, et concret s'il montre un paysage ou un arbre.

  25. Intervenant 1

    Oui, normal, un arbre, c'est du

  26. Intervenant 2

    concret. Pour l'art concret, c'est l'inverse. Si tu peins un arbre sur une toile plate, tu mens. Tu crées une illusion.

  27. Intervenant 1

    Ah, parce que l'arbre n'est pas vraiment là, c'est juste de la peinture qui fait semblant.

  28. Intervenant 2

    C'est ça. Par contre, si tu peins un carré ou un cercle, c'est vraiment un carré ou un cercle. Ça ne fait pas semblant d'être autre chose. C'est de la géonétrie pure, organisée, mesurable. Et ça, c'est une réalité concrète.

  29. Intervenant 1

    Ah ouais, vu comme ça, c'est super logique. C'est un peu comme si, j'ai une analogie en tête, c'est comme si la géométrie, au lieu d'être l'outil pour dessiner une maison, c'était le code source de l'univers.

  30. Intervenant 2

    Oh, j'aime beaucoup l'image du code

  31. Intervenant 1

    source. Bah oui, il ne peint pas le logiciel avec ses jolies fenêtres, il peint les lignes de codes bruts qui font tourner la réalité.

  32. Intervenant 2

    C'est tout à fait ça. Pour lui, la géométrie, c'est le langage fondamental. C'est beaucoup plus stable que le chaos visuel de tous les jours. Et d'ailleurs, pour coder cette réalité, il va puiser direct à la Renaissance.

  33. Intervenant 1

    L'invention de la perspective, j'imagine.

  34. Intervenant 2

    Oui, il se plonge dans les travaux de Brunelleschi au XVe siècle. Et surtout, il étudie Alberti, qui a théorisé ce qu'on appelle la construction légitime.

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