tangenteAudio

13 mai 2025 · 28 min

Cinq points, un amour : l’heureuse issue des maths

L’épisode suit Esther Klein et George Szekeres, d’un défi à cinq points jusqu’à la naissance d’une quête mathématique toujours ouverte.

Premium
Collections de cet épisode (10)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente, notre rendez-vous pour tous les esprits curieux et passionnés par les grands mystères de la science.

  2. Intervenant 2

    Bonjour à tous, on est super contents d'être

  3. Intervenant 1

    là. Très heureux de démarrer cette nouvelle exploration. Et aujourd'hui, on commence avec une histoire qui, sur le pâti, ressemble plus à un drame romantique qu'à une leçon de vatte. Oh oui, une histoire incroyable. En fait, on remonte au 28 août 2005. Ce jour-là, Georges Sequerès, qui a 94 ans, et sa femme Esther, 95 ans, s'éteignent tous deux paisiblement.

  4. Intervenant 2

    C'est déjà touchant en soi, mais le détail qui tue, c'est le timing.

  5. Intervenant 1

    Absolument. Ce qui est totalement bouleurssant, c'est qu'ils rendent leur dernier souffle à une toute petite heure d'intervalle.

  6. Intervenant 2

    Ouais, c'est fou.

  7. Intervenant 1

    Après quasiment 70 ans d'un mariage incroyablement fusionnel. Et on imagine souvent, à tort je pense, que les mathématiques, c'est un univers un peu froid.

  8. Intervenant 2

    Austère, avec juste des équations arides sur un tableau noir.

  9. Intervenant 1

    C'est ça. Mais la plongée qu'on va faire aujourd'hui, elle prouve très exactement le contraire.

  10. Intervenant 2

    Totalement. Et pour comprendre comment deux esprits peuvent devenir connectés à ce point, au point de s'éteindre presque à la même seconde, il faut remonter à l'étincelle initiale.

  11. Intervenant 1

    Le point de départ, oui.

  12. Intervenant 2

    Il faut remonter au puzzle géométrique exact qui a servi de rencontre amoureuse, au cœur d'une époque, on peut le dire, extrêmement tumultueuse.

  13. Intervenant 1

    Oh que oui ! Le décor de cette histoire est hyper important pour la suite. On se transporte à Budapest, à la fin de l'année 1932.

  14. Intervenant 2

    Plus précisément dans les grandes allées arborées du parc Varos-Liguette.

  15. Intervenant 1

    Et le contexte historique, bon, il est lourd. Le climat politique en Europe de l'Est s'assombrit vraiment de semaine en semaine.

  16. Intervenant 2

    C'est la montée des périls, clairement.

  17. Intervenant 1

    Exactement. Et là, on a un groupe de brillants étudiants juifs qui, craignant les premières répressions qui commencent à poindre, prend l'habitude de se réunir chaque dimanche dans ce grand parc.

  18. Intervenant 2

    Et au centre de ce petit groupe d'amis, on trouve un jeune homme qui, bon, il va devenir une légende absolue des mathématiques.

  19. Intervenant 1

    Un géant, ouais. Paul Erdouze.

  20. Intervenant 2

    Paul Erdouze, voilà. Il se retrouve sur ses bancs publics pour, en gros, fuir l'angoisse du quotidien.

  21. Intervenant 1

    Il débat de la marche du monde, de politique, mais surtout, surtout il fond des mathématiques avec une passion, mais vraiment dévorante.

  22. Intervenant 2

    Et le danger était réel dehors, c'était pas juste de la paranoïa.

  23. Intervenant 1

    Non, pas du tout.

  24. Intervenant 2

    Du coup, pour tromper les espions potentiels ou même la police secrète qui rôdait dans les parcs, ce petit groupe de surdoués avait développé un vocabulaire codé.

  25. Intervenant 1

    Un jargon presque surréaliste, c'est clair.

  26. Intervenant 2

    C'était un peu leur moyen de résistance intellectuelle.

  27. Intervenant 1

    Et ce code, moi je le trouve génial. Dans leur langage clandestin, les enfants par exemple, ils étaient appelés des Epsilon.

  28. Intervenant 2

    Ouais, en référence à la lettre grecque qu'on utilise en maths pour désigner une toute petite quantité.

  29. Intervenant 1

    C'est brillant. Et pour l'alcool, c'était tout simplement désigné comme du poison.

  30. Intervenant 2

    Logique, ouais.

  31. Intervenant 1

    Mais le meilleur. Franchement, c'est pour les communistes. Ils les appelaient « grandes longueurs d'onde ».

  32. Intervenant 2

    Ah oui, la fameuse grande longueur d'onde.

  33. Intervenant 1

    C'est une référence directe à la physique, parce que le rouge se situe du côté des grandes longueurs d'onde du spectre lumineux.

  34. Intervenant 2

    C'est hyper malin. C'est des vrais geeks avant l'heure, quoi.

  35. Intervenant 1

    Totalement. Et donc, c'est dans cette ambiance un peu de film d'espionnage que le défi géométrique dont on va parler a été lancé sur une simple table de pique-nique.

  36. Intervenant 2

    Et notre mission aujourd'hui pour notre audience, c'est de décortiquer cette devinette du

  37. Intervenant 1

    dimanche. Une devinette qui a non seulement scellé le destin amoureux de George et Esther, mais qui a carrément donné naissance à une branche entière des mathématiques.

  38. Intervenant 2

    Une branche qui s'attache à prouver une idée complètement vertigineuse, l'idée que l'ordre naît inévitablement du chaos.

  39. Intervenant 1

    Alors attends, pour bien imager cet objectif avant de plonger dans les trucs trop techniques, est-ce que l'idée centrale, c'est un peu comme si, disons, on jetait une poignée de confettis totalement au hasard sur une table ?

  40. Intervenant 2

    Oui, j'aime bien cette image.

  41. Intervenant 1

    Et qu'en faisant ça, on serait mathématiquement certain, grâce aux lois même de l'univers, d'y trouver une constellation géométrique parfaite. C'est

  42. Intervenant 2

    tout à fait ça. Peu importe comment tombent les confettis. Et la personne qui a posé ce défi, l'étincelle qui a mis le feu aux poudres, c'est une étudiante particulièrement brillante de la bande.

  43. Intervenant 1

    La fameuse Esther Klein.

  44. Intervenant 2

    Exactement. C'est elle qui, un beau dimanche, pose ce problème vertigineux à ses copains. Elle leur dit, prenez cinq points quelconques sur une feuille de papier, dispersez-les de manière totalement aléatoire.

  45. Intervenant 1

    Avec une seule petite contrainte.

  46. Intervenant 2

    Oui, la contrainte, c'est qu'il ne faut pas que trois points soient parfaitement alignés sur une même droite.

  47. Intervenant 1

    Bah oui, sinon, ça fait une ligne plate. C'est un cas un peu ennuyeux et ça casse la géométrie du truc.

  48. Intervenant 2

    Voilà. Et le défi d'Esther, c'était de prouver qu'à partir de ces cinq points jetés au hasard, il est toujours possible, sans aucune exception, d'en relier quatre pour former un quadrilatère convexe.

  49. Intervenant 1

    D'accord. Alors, un quadrilatère convexe. Faisons une petite pause sur ce terme géométrique, parce que c'est vraiment la clé de toute l'énigme d'aujourd'hui.

  50. Intervenant 2

    C'est vrai que ça mérite une petite explication.

  51. Intervenant 1

    Pour ceux qui nous écoutent et qui ont peut-être mis les maths de côté depuis le lycée, un quadrilatère, c'est simplement une forme à quatre côtés.

  52. Intervenant 2

    Comme un carré, un rectangle, un losange. On est d'accord ?

  53. Intervenant 1

    Voilà. Mais le mot magique ici, c'est « convexe ». Et je crois que la métaphore la plus visuelle pour comprendre la convexité, c'est l'analogie du chat et la souris.

  54. Intervenant 2

    Ah oui, c'est une métaphore redoutablement efficace. Vas-y, raconte !

  55. Intervenant 1

    Alors, imaginons notre forme à quatre côtés comme une pièce fermée qu'on regarderait du dessus, d'accord ?

  56. Intervenant 2

    Un genre d'enclos.

  57. Intervenant 1

    C'est ça. Si la forme de cette pièce est convexe, ça veut dire qu'elle n'a aucun recoin caché. Elle est un peu rebondie vers l'extérieur, sans renfoncement. Donc si un chat se tient pile au milieu de cette pièce, il a un champ de vision dégagé sur absolument tout l'espace intérieur. La souris ne peut se cacher nulle part.

  58. Intervenant 2

    Elle est coincée.

  59. Intervenant 1

    Exactement. À l'inverse, une forme qu'on appelle non convexe, ça ressemble par exemple à un boomerang ou à un vieux Pac-Man. Avec

  60. Intervenant 2

    une espèce de pointe qui rentre vers l'intérieur.

  61. Intervenant 1

    Voilà. Ça possède un angle qui rentre, ce qui crée un recoin. Et là, la souris gagne. Elle peut se blottir dans ce recoin géométrique, totalement hors de la vue du chat.

  62. Intervenant 2

    Et Esther affirmait donc que parmi nos cinq points aléatoires, on peut toujours, toujours tracer les murs d'une pièce convexe, sans aucun recoin pour la souris.

  63. Intervenant 1

    C'est quand même dingue quand on y pense. Parce que face à l'infinité des façons dont on peut jeter cinq points sur une table, l'intuition première, ce serait de dire qu'on ne peut pas tout vérifier.

  64. Intervenant 2

    Bah oui, il y a des milliards de milliards de placements possibles. L'aléatoire, c'est vaste.

  65. Intervenant 1

    Ouais, mais la force de la preuve d'Esther Klein, c'est qu'elle a démontré que cette infinité de placements, en fait, elle se réduit à seulement trois scénarios de base, par une logique totalement imparable.

  66. Intervenant 2

    Et c'est là que l'esprit mathématique brille de mille feux. Au lieu de s'épuiser à tester le hasard à l'infimie, on le classe.

  67. Intervenant 1

    On le range dans des tiroirs. Essayons de visualiser ces trois petits scénarios ensemble.

  68. Intervenant 2

    Ok, prenons nos cinq points posés sur la table.

  69. Intervenant 1

    Le premier scénario, c'est sans doute le plus évident visuellement. Les cinq points tombent de telle sorte qu'ils forment une sorte de grande ronde, très large.

  70. Intervenant 2

    Ouais, on appelle ça le cas trivial. En gros, les cinq points forment eux-mêmes le contour extérieur d'un grand pentagone convexe.

  71. Intervenant 1

    Et dans ce scénario, la solution saute au lieu.

  72. Intervenant 2

    Bah oui, il suffit d'ignorer purement et simplement l'un des cinq points. N'importe lequel.

  73. Intervenant 1

    On l'efface de notre esprit, ouais.

  74. Intervenant 2

    On l'efface, et les quatre points qui restent forment automatiquement notre fameuse pièce convexe pour notre chat. Le défi est remporté haut la main.

  75. Intervenant 1

    D'accord, bon, ça, c'est le cas facile où aucun point ne tombe au milieu des autres. Mais que se passe-t-il si la dispersion fait qu'un point se retrouve enfermé à l'intérieur ?

  76. Intervenant 2

    C'est notre deuxième scénario. Quatre points forment un grand enclos extérieur et le cinquième point tombe pile au centre,

  77. Intervenant 1

    emprisonné. Et là encore, en fait, la simple observation visuelle fait tout le boulot.

  78. Intervenant 2

    Totalement. Puisque quatre points forment déjà un enclos extérieur convexe, la réponse allait sur notre nez.

  79. Intervenant 1

    Bah oui. On ignore tout simplement le point central qui est emprisonné, on l'oublie, et on garde juste les quatre points qui forment les murs extérieurs. Et paf, on a notre quadrilatère convexe.

  80. Intervenant 2

    C'est ça. Mais bon, jusqu'ici, la logique coule de source. C'est presque trop simple pour ces cerveaux-là.

  81. Intervenant 1

    Grave.

  82. Intervenant 2

    Il y a forcément un cas plus coriace. Le fameux troisième scénario.

  83. Intervenant 1

    Celui où la ronde extérieure n'est pas formée de cinq points, ni même de quatre points, mais de seulement trois points.

  84. Intervenant 2

    Le scénario critique.

La suite de la transcription est réservée aux abonnés.

S’abonner

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.