tangenteAudio

18 août 2022 · 18 min

Blokus et quatre jeux apparentés : du carré au cube

Dans cet épisode audio, suivez cinq jeux de blocage et leurs pièces : carrés, triangles, segments puis cubes, jusqu’aux défis de construction.

Premium
Collections de cet épisode (5)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. On est absolument ravis de retrouver tous ceux qui nous écoutent aujourd'hui. Imaginons un instant une zone de guerre spatiale ultra tendue, mais vraiment la tension maximale. Les seules armes à disposition de tout petits carrés de plastique colorés.

  2. Intervenant 2

    Ouais, dit comme ça, ça a l'air inoffensif, mais c'est redoutable.

  3. Intervenant 1

    Complètement. Surtout que la seule règle pour survivre, c'est de ne jamais, au grand jamais, toucher ses propres troupes de front. Aujourd'hui, on plonge au cœur d'un véritable phénomène géométrique, une famille extraordinaire de cinq jeux de société. On parle ici de jeux de blocage pur et dur.

  4. Intervenant 2

    Exactement. Le but, c'est d'asphyxier ses adversaires sur un plateau qui se réduit à vue d'œil en utilisant des pièces aux formes complètement improbables.

  5. Intervenant 1

    Et la mission de cet épisode, pour notre audience, ce n'est pas de faire un simple inventaire des règles du jeu. Ça, ce serait d'un ennui mortel.

  6. Intervenant 2

    Ah bah oui, aucun intérêt. Notre objectif, c'est vraiment d'extraire la pureté mathématique et les contraintes spatiales qui régissent ces petites boîtes colorées. On va décortiquer comment une poignée de carrés, quelques triangles ou même d'infimes segments droites parviennent à générer des batailles intellectuelles d'une intensité folle.

  7. Intervenant 1

    C'est ça, la géométrie transformée en arme stratégique. Et ce qui rend la chose encore plus croustillante, c'est le cerveau derrière tout ça. On va parler d'un docteur en biophysique devenu un maître de l'espace ludique.

  8. Intervenant 2

    Un profil très atypique, ouais. Totalement.

  9. Intervenant 1

    On va aussi décortiquer des défis qui poussent notre perception dans ces derniers retranchements. Alors décortiquons tout ça, partons de l'origine, le point zéro qui a explosé au début des années 2000, le fameux jeu Blokus.

  10. Intervenant 2

    Ah le Blokus, un classique incontournable maintenant.

  11. Intervenant 1

    Et ce qui frappe d'emblée quand on se penche sur la source, c'est le profil de son inventeur, Bernard Tavitien. On est très très loin du créateur de jouets traditionnels puisqu'il s'agit d'un ancien élève de l'école centrale et surtout docteur en biophysique.

  12. Intervenant 2

    C'est vrai. Et ce bagage en biophysique, c'est littéralement la clé de voûte de toute cette méthanique. Parce qu'en biophysique, on étudie très souvent la façon dont les protéines se replient ou comment des molécules s'imbriquent dans des récepteurs cellulaires.

  13. Intervenant 1

    Le fameux principe de la clé et de la serrure, en fait.

  14. Intervenant 2

    Au bord de la création d'un jeu, il ne dessine pas des formes au hasard sur un coin de table. Il fait appel à une rigueur mathématique stricte, en l'occurrence l'utilisation des polyminos.

  15. Intervenant 1

    D'accord, alors pour bien visualiser, pour ceux qui nous écoutent, les poliminos, c'est un peu le concept du domino classique qu'on connaît tous, qui est formé de deux carrés. Mais poussé dans toutes ces dimensions possibles, non ?

  16. Intervenant 2

    C'est le principe, ouais. Le jeu propose des pièces formées d'un seul carré, puis de deux, de trois, de quatre, et enfin les fameuses pièces de cinq carrés.

  17. Intervenant 1

    Celles qui prennent des allures un peu bizarres, genre des croix, des escaliers, des lettres tordues.

  18. Intervenant 2

    C'est ça, les pentaminoses. Et la boîte de Blokus contient quatre séries identiques de 21 pièces.

  19. Intervenant 1

    Et pourquoi 21 d'ailleurs ? Ce n'est pas un nombre choisi au hasard.

  20. Intervenant 2

    Sûrement pas. 21, c'est la totalité des figures mathématiquement possibles formées de 1 à 5 carrés à coller. L'ensemble est parfait, rien ne manque. Mais là où la modélisation devient du pur génie ludique, c'est dans la tension spatiale qui est créée.

  21. Intervenant 1

    Ah oui, l'étau qui se resserre.

  22. Intervenant 2

    Exactement. Si on additionne la surface de ces 21 pièces, on obtient 89 petits carrés par joueur. Et comme on a quatre joueurs autour de la table, on multiplie, ce qui fait 356 carrés de matière à placer en tout.

  23. Intervenant 1

    Et le plateau fait 20 cases sur 20, si je ne dis pas de bêtises, donc ça fait 400 cases au total.

  24. Intervenant 2

    Le calcul est implacable. 400 cases disponibles, 356 cases de matériel. Ça laisse à peine 44 cases vides sur tout le plateau si la partie est parfaite.

  25. Intervenant 1

    Ouah, c'est minuscule !

  26. Intervenant 2

    C'est rien du tout. Donc la collision n'est pas qu'une possibilité. C'est une inévitabilité mathématique garantie par le design même du plateau.

  27. Intervenant 1

    C'est vraiment ça. Pour faire une analogie, c'est un peu comme un Tetris territorial inversé.

  28. Intervenant 2

    Ah, j'aime bien cette

  29. Intervenant 1

    image. Bah oui. Au lieu de faire disparaître des lignes pour dégager de l'espace, on cherche à propager ses propres formes pour condamner l'espace des autres. Et tout ça est régi par une règle de pose redoutable. On ne peut toucher ses propres pièces que par les coins, jamais par les côtés.

  30. Intervenant 2

    C'est la règle d'or.

  31. Intervenant 1

    Par contre, on doit se coller aux côtés des adversaires pour les bloquer. C'est diabolique, quoi.

  32. Intervenant 2

    Et cette règle des coins, mine de rien, elle force l'expansion. Mais elle impose aussi une stratégie vitale. Il faut impérativement placer les pentaminaux, donc les pièces les plus massives, lors des tout premiers tours.

  33. Intervenant 1

    C'est ce qu'on pourrait appeler une course contre l'entropie du plateau, en fait.

  34. Intervenant 2

    Le terme est parfaitement choisi. L'entropie, en physique, c'est le passage naturel de l'ordre au chaos. Au premier tour, le plateau de jeu est un espace ouvert, hautement organisé, plein de potentiel. Mais à chaque pièce posée, l'aire de jeu disponible se fracture.

  35. Intervenant 1

    Elle se morcelle complètement.

  36. Intervenant 2

    Ouais. Au dixième tour, ce n'est plus un grand espace, c'est une mosaïque chaotique de micro-zones mortes. Donc, si on conserve une grosse pièce de cinq carrés pour la fin de partie, il est mathématiquement impossible de lui trouver un réceptacle de la bonne forme.

  37. Intervenant 1

    C'est mort. Le timing est donc aussi important que la géométrie. D'ailleurs, pour ceux qui aiment ressentir cette entropie de manière encore plus violente, il y a la variante Blokus Duo. Le plateau est réduit à 14 par 14 cases pour deux joueurs.

La suite de la transcription est réservée aux abonnés.

S’abonner

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.