tangenteAudio

22 déc. 2022 · 26 min

Georg Cantor, le mathématicien face à plusieurs infinis

Cet épisode suit Georg Cantor des ensembles de points aux cardinaux transfinis, pour découvrir comment surgit une infinité d’infinis.

Premium
Collections de cet épisode (8)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bonjour tout le monde, ravie d'être là. On plonge aujourd'hui dans une analyse profondément fascinante. On se bat sur un article de Tangente intitulé « Un voyage dans l'infini ».

  2. Intervenant 2

    Tout un programme, ouais.

  3. Intervenant 1

    C'est ça. Et d'habitude, on a tendance à penser que l'infini, c'est un concept monolithique, genre c'est l'incommensurable, le truc qui ne s'arrête jamais, le point final de l'imagination, quoi.

  4. Intervenant 2

    Ouais, le mur au fond de l'univers en gros.

  5. Intervenant 1

    Exactement. Mais voilà qu'un seul homme, un génie absolu, enfin on va le voir, a osé s'aventurer là où absolument tous ses collègues refusaient de mettre les pieds. Il a carrément détruit cette conception classique.

  6. Intervenant 2

    Il l'a pulvérisé même.

  7. Intervenant 1

    C'est le mot. Il a prouvé qu'il n'existe pas un seul infini, mais bien plusieurs infinis de tailles totalement différentes.

  8. Intervenant 2

    Et c'est une idée qui donne un vertige incroyable.

  9. Intervenant 1

    Un vertige total, ouais. Ça a bouleversé les fondements même du mathématique, ça a provoqué un rejet fulgurant de la part de ses pairs, et de façon très tragique, ça a conduit cet esprit brillant à finir ses jours dans un asile.

  10. Intervenant 2

    Et l'ironie la plus totale dans toute cette histoire, c'est que ce que ses contemporains qualifiaient de véritable folie, ça reposait en réalité sur une rigueur mathématique implacable.

  11. Intervenant 1

    C'était pas juste des délires, quoi.

  12. Intervenant 2

    Ah non, pas du tout. Et toute notre discussion d'aujourd'hui va consister à décortiquer ces concepts. L'objectif, c'est pas de se noyer dans des formules obscures.

  13. Intervenant 1

    Heureusement pour nous.

  14. Intervenant 2

    Voilà, c'est de comprendre comment et surtout pourquoi cet homme a pu formuler une telle théorie. On va essayer de rendre accessible cette fameuse clarté éblouissante, ce vertige logique.

  15. Intervenant 1

    Pour que n'importe quel curieux puisse avoir des révélations, mais tout en gardant la précision chirurgicale qui exige une telle percée scientifique.

  16. Intervenant 2

    C'est exactement le but.

  17. Intervenant 1

    Bon, alors l'homme au centre de ce séisme conceptuel, il s'appelle Georg Cantor.

  18. Intervenant 2

    Georg Cantor, oui.

  19. Intervenant 1

    Et quand on observe un peu son parcours, avant qu'il ne décide de fracturer les mathématiques, on se rend compte que rien ne le prédestinait vraiment à ce rôle.

  20. Intervenant 2

    Non, c'est clair.

  21. Intervenant 1

    Ses origines même, c'est ça, un fascinant mélange en fait.

  22. Intervenant 2

    Ouais, il y a vraiment une mosaïque d'influence chez lui. Il naît en Russie, au milieu du 19e siècle, en 1845, très exactement.

  23. Intervenant 1

    D'accord.

  24. Intervenant 2

    Et c'est au sein d'une famille d'origine danoise qui finit par s'instarrer en Allemagne, à Francfort.

  25. Intervenant 1

    Donc déjà, pas mal de frontises traversées.

  26. Intervenant 2

    C'est ça. Mais au-delà de la géographie, c'est vraiment le climat spirituel de son enfance qui est déterminant, je pense.

  27. Intervenant 1

    Comment ça ?

  28. Intervenant 2

    Son père est un marchand protestant d'origine juive et sa mère est issue d'une famille catholique. Donc Cantor, il grandit dans une maison où l'on discute religion avec une ferveur incroyable.

  29. Intervenant 1

    Ah, le mélange parfait pour se poser de grandes questions.

  30. Intervenant 2

    Exactement. Ça lui donne très tôt un accès à la théologie médiévale, tu vois, et à tous ces débats abyssaux sur la nature de Dieu, de l'éternité, de l'absolu.

  31. Intervenant 1

    Attends, attends. Comment on passe des débats sur la théologie médiévale à l'invention de la topologie moderne ?

  32. Intervenant 2

    Le grand écart est monumental.

  33. Intervenant 1

    C'est le moins qu'on puisse dire, surtout quand on sait qu'il soutient sa thèse de doctorat en 1867. Oui, à Berlin. Et cette thèse, elle est entièrement rédigée en latin. C'est une des dernières du genre d'ailleurs. Et dedans, il y a cette phrase incroyable où il affirme que l'art de calculer est plus important que la résolution elle-même.

  34. Intervenant 2

    C'est une déclaration d'intention hyper forte.

  35. Intervenant 1

    Carrément, mais comment est-ce qu'on passe d'un profil presque antique, qui écrit en latin sur des concepts très classiques, à la découverte des infinis multiples ?

  36. Intervenant 2

    Le point de bascule scientifique, curieusement, il se trouve dans l'étude de la chaleur.

  37. Intervenant 1

    La chaleur ? Genre la température ?

  38. Intervenant 2

    Ouais, la diffusion de la chaleur. Cantor commence sa carrière universitaire à Halles, et sous l'impulsion de son collègue aîné, Edward Hine, il s'attaque à ce qu'on appelle les séries de Fourier.

  39. Intervenant 1

    Ok, les fameuses séries de Fourier.

  40. Intervenant 2

    C'est un outil mathématique formidable. Ça permet de décomposer des phénomènes physiques très complexes, comme la chaleur justement, ou la vibration d'une corde, en une somme d'ondes simples, des sinus et des cosinus.

  41. Intervenant 1

    D'accord, donc on prend un truc compliqué et on le coupe en ondes régulières ?

  42. Intervenant 2

    C'est ça. Mais la question épineuse, le truc qui va obséder Cantor, c'est de savoir ce qui se passe quand cette décomposition casse.

  43. Intervenant 1

    Quand elles cassent, c'est-à-dire ?

  44. Intervenant 2

    Si on imagine une courbe de température qui ferait un saut brusque, une discontinuité. À cet endroit précis, la formule mathématique connaît une exception, un point de rupture.

  45. Intervenant 1

    Ah, un bug dans la matrice en gros. Et donc, il commence à collectionner ces exceptions ?

  46. Intervenant 2

    Exactement. Au début, il regarde s'il y a un nombre fini de ces points de rupture. 1, 2, 100 points, ça va en gère.

  47. Intervenant 1

    Logique.

  48. Intervenant 2

    Puis il pousse le raisonnement. Que se passe-t-il s'il y a une infinité de ces points isolés ?

  49. Intervenant 1

    Et bim, le mot est lâché. L'infini.

  50. Intervenant 2

    Voilà. Et pour pouvoir manipuler cette infinité de points problématiques, Cantor se voit contraint d'inventer de nouveaux outils. Il ne regarde plus les nombres un par un. Il commence à les regrouper dans ce qu'il appelle des ensembles.

  51. Intervenant 1

    D'où la théorie des ensembles.

  52. Intervenant 2

    Tout simplement. Son attention glisse de l'analyse mathématique classique vers la structure même de ses regroupements de

  53. Intervenant 1

    points. Enfin, si j'essaie de visualiser le parcours de cet homme, c'est comme si quelqu'un entrait dans une gigantesque cathédrale gothique.

  54. Intervenant 2

    Ok, je te suis.

  55. Intervenant 1

    Au départ, le gars, il est là pour étudier la façon dont le son rebondit sur les murs pour améliorer l'acoustique. La physique pure, quoi.

  56. Intervenant 2

    La série de Fourier.

  57. Intervenant 1

    Voilà. Mais à force d'analyser les micro-fissures dans la pierre où le son se perd, ces fameuses exceptions, il finit par découvrir par accident l'existence d'une toute nouvelle dimension géométrique cachée sous l'édifice. L'acoustique, c'était juste une porte d'entrée.

  58. Intervenant 2

    C'est une excellente analogie. Il a gratté la peinture et il a trouvé un nouvel univers en dessous. C'est fou ! Et le pire, c'est que l'étincelle qui va mettre le feu à cette nouvelle dimension géométrique, elle ne se produit même pas dans un laboratoire poussiéreux.

  59. Intervenant 1

    Ah non !

  60. Intervenant 2

    Non, ça se passe dans un cadre beaucoup plus romantique. En 1872, Cantor est en lune de miel. Ah, lune de miel !

  61. Intervenant 1

    Sérieux !

  62. Intervenant 2

    À Interlaken, dans les Alpes suisses. Et c'est là, pendant ce voyage, qu'il croise la route d'un autre mathématicien brillant, Richard Dedekind.

  63. Intervenant 1

    Le fameux Dedekind. Mais c'est génial. Ce qui me fascine, c'est que c'est au milieu de ce voyage en amoureux, face aux montagnes suisses, qu'il commence à échanger des lettres sur l'idée de comparer des infinis.

  64. Intervenant 2

    Ouais, la correspondance entre eux est légendaire.

  65. Intervenant 1

    Et c'est là qu'on plonge vraiment dans le cœur du sujet. Cantor démontre qu'on peut établir ce qu'on appelle une bijection entre les nombres rationnels, donc toutes les fractions imaginables, et les nombres entiers simples, les 1, 2, 3, etc.

  66. Intervenant 2

    Et ce concept de bijection, c'est vraiment la clé de voûte de tout son raisonnement.

  67. Intervenant 1

    Il faut bien qu'on explique ça parce que c'est le point de départ de la folie.

  68. Intervenant 2

    C'est simple en fait. Le cerveau humain ne sait pas compter jusqu'à l'infini. C'est physiquement et mentalement impossible.

  69. Intervenant 1

    Forcément.

  70. Intervenant 2

    Alors comment on fait pour savoir si deux ensembles infinis ont la même taille ? Cantor utilise une méthode d'une simplicité presque enfantine.

  71. Intervenant 1

    Vas-y, dis-moi.

  72. Intervenant 2

    Si on imagine une immense salle de banquet avec une infinité de tasses et une infinité de soucoupes.

  73. Intervenant 1

    Ok, beaucoup de vaisselle.

  74. Intervenant 2

    Impossible de les compter une par une. Mais si on pose chaque tasse sur une soucoupe et qu'à la fin il ne reste aucune tasse toute seule sur la table ni aucune soucoupe vide.

  75. Intervenant 1

    Ah, on peut affirmer avec une certitude absolue qu'il y a exactement le même nombre de tasses que de soucoupes.

  76. Intervenant 2

    Exactement, sans avoir compté quoi que ce soit. On associe chaque élément de la première liste à un élément de la deuxième.

  77. Intervenant 1

    S'il n'y a pas de reste, ils sont de même taille. C'est ce qu'on appelle le même cardinal en maths, non ?

  78. Intervenant 2

    C'est ça. Le cardinal, c'est la taille de l'ensemble.

La suite de la transcription est réservée aux abonnés.

S’abonner

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.