
26 août 2021 · 13 min
Affaire Dreyfus : l’enquête sur de fausses probabilités
Cet épisode remonte du bordereau aux calculs de Bertillon, puis suit Poincaré et ses collègues lorsqu’ils démontent une expertise sans base scientifique.
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Intervenant 1
Bienvenue à tous dans le podcast du magazine Tangente. Imaginons un instant une situation vraiment terrifiante. La vie, la liberté et même l'honneur d'un individu ne dépendent pas d'une arme du crime, ni d'un alibi, mais d'une simple équation mathématique.
Intervenant 2
C'est glaçant.
Intervenant 1
Et le pire, c'est qu'il s'agit d'une théorie de probabilité complètement truquée. En fait, c'est le point de départ de notre exploration d'aujourd'hui. On va se plonger dans l'un des plus grands fiascos judiciaires de l'histoire de France, la fameuse affaire Dreyfus.
Intervenant 2
Tout à fait.
Intervenant 1
Mais, et c'est là l'originalité de nos sources, à travers un prisme totalement inattendu, on va parler d'une véritable bataille de chiffres, où les mathématiques ont dû intervenir pour détruire une pseudo-science meurtrière et sauver un innocent en 1894. D'accord, décortiquons tout ça.
Intervenant 2
Ouais, parce que c'est un angle d'analyse véritablement singulier en fait.
Intervenant 1
C'est clair. D'habitude, on parle politique ou armé, non ?
Intervenant 2
Voilà, exactement. Généralement, on aborde ça sous l'angle politique ou social. Mais les documents qu'on a sous les yeux révèlent que le cœur du mécanisme de condamnation reposait sur une manipulation statistique.
Intervenant 1
Une arnaque complète quoi !
Intervenant 2
Grave ! Et si l′on relie cela à une perspective plus large, on a un texte très riche qui nous montre comment la véritable rigueur scientifique a repris le dessus, porté par trois immenses mathématiciens en 1904.
Intervenant 1
Gaston Darboux, Paul Appel et le
Intervenant 2
fameux Henri Poincaré. Ce n'était pas juste une opinion, c'était une démolition mathématique en règle. Et c'est ce qui a permis à la Cour de cassation de réhabiliter définitivement Alfred Dreyfus en 1906.
Intervenant 1
C'est le triomphe de la logique pure sur l'hystérie collective, en gros.
Intervenant 2
Exactement.
Intervenant 1
Mais bon, pour bien comprendre l'ampleur de ce sauvetage, il faut d'abord qu'on analyse le piège, le fameux piège qui avait été tendu.
Intervenant 2
Le fameux bordereau.
Intervenant 1
Ouais. Donc le capitaine Dreyfus est accusé de haute trahison sur la base d'une lettre anonyme, ce bordereau. Il clame son innocence. Les experts en écriture classique sont hyper divisés. Certains trouvent même que les preuves sont hyper minces. Alors l'accusation fait appel à un profil un peu particulier. Un certain Alphonse Bertillon.
Intervenant 2
Ah, Bertillon.
Intervenant 1
Et d'après nos sources, ce mec, c'est pas un obscur charlatan. C'est le chef du service de l'identité judiciaire de la préfecture de police de Paris.
Intervenant 2
L'inventeur de l'anthropométrie, rien que ça ?
Intervenant 1
Voilà. Il a une aura d'autorité massive. Mais le texte le décrit aussi comme un esprit profondément orgueilleux, prêt à tout pour plier la réalité à ses propres convictions. Comment il a abordé cette affaire, lui ?
Intervenant 2
Son autorité, c'est vraiment la clé de voûte de toute cette machination. Il arrive avec un immense mépris pour la graphologie traditionnelle.
Intervenant 1
Il l'a trouvé trop subjectif, c'est ça ?
Intervenant 2
Ouais, trop empirique à son goût. Lui veut prouver la culpabilité de Dreyfus, dont il est déjà intimement convaincu, soit dit en passant, avec la froideur irréfutable de la soi-disant science.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Face au bordereau, un esprit logique aurait noté les différences évidentes avec l'écriture de Dreyfus. Il aurait émis un doute. Mais Bertillon, non. Il part d'un postulat psychologique totalement inversé. Il considère Dreyfus comme un espion d'une habileté diabolique.
Intervenant 1
Ce qui l'amène à formuler cette théorie complètement vertigineuse de l'autoforgerie. C'est ça. Non mais en lisant les détails de sa méthode, j'ai trouvé ça presque effarant. Il affirme que Dreyfus a volontairement dissimulé sa propre écriture pour créer un système graphique artificiel.
Intervenant 2
Pour brouiller les pistes, soit disant.
Intervenant 1
Mais attends, c'est comme jouer à pile ou face avec une pièce truquée.
Intervenant 2
Totalement.
Intervenant 1
Si l'écriture est différente, c'est qu'il l'a cachée. Si elle est identique, c'est pour faire croire à un coup monté par quelqu'un d'autre. Pile je gagne, face tu perds. Comment as-tu pu convaincre un tribunal avec ça ? C'est absurde.
Intervenant 2
Ton analogie est parfaite. Ça illustre vraiment l'absence totale de réfutabilité de son truc.
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