tangenteAudio

21 janv. 2020 · 16 min

Quand les fonctions discontinues ont bousculé l’analyse

Dans cet épisode audio, suivez de Fourier à Darboux les étapes qui ont fait des ruptures de continuité de véritables objets d’étude mathématique.

Premium
Collections de cet épisode (6)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Quand on pense à une loi de la physique ou à une trajectoire dictée par la nature, on s'attend intuitivement à quelque chose de très fluide.

  2. Intervenant 2

    Oui, totalement.

  3. Intervenant 1

    Prenez l'orbite d'une planète ou la courbure d'une goutte d'eau ou même le câble d'un pont suspendu. Il y a vraiment cette attente viscérale de voir de l'harmonie, une progression sans aucun accroc, sans la moindre rupture.

  4. Intervenant 2

    C'est l'héritage d'une vision hyper rassurante du monde en fait. L'idée que la réalité avance de manière lisse. Pour les savants d'autrefois, la nature ne fait pas de sauts inexplicables. C'est carrément le fondement de la physique classique.

  5. Intervenant 1

    Sauf que, et c'est pour ça qu'on est là aujourd'hui, dès qu'on fouille un peu dans les coulisses de l'histoire des mathématiques, cette belle ligne droite, elle se fissure. Et littéralement. Bienvenue dans ce nouveau Décryptage, le podcast du magazine Tangente. On est ravis d'accueillir nos auditeurs aujourd'hui.

  6. Intervenant 2

    Bonjour à tous.

  7. Intervenant 1

    C'est vrai que le paysage devient soudainement très accidenté quand on se penche sur ces questions.

  8. Intervenant 2

    Exactement. Alors notre mission aujourd'hui, en nous basant sur le super article intitulé « L'émergence des fonctions discontinues », c'est de comprendre comment les mathématiques sont passées d'une vision d'un univers Parfaitement continue. À l'acceptation de la discontinuité, du désordre en fait. Et c'est un bouleversement énorme. Ça dépasse de loin les simples équations sur un tableau noir. On parle d'un changement total de paradigme. C'est l'histoire d'une science qui est forcée d'accepter que le tissu même de la réalité n'est pas aussi parfait qu'on le voudrait.

  9. Intervenant 1

    Bon, décortiquons tout ça. Pour mesurer l'onde de choc que ça représentait à l'époque, il faut vraiment se remettre dans le contexte de la pensée classique. On ne s'est pas réveillé un matin en inventant des fonctions brisées par pure plaisir.

  10. Intervenant 2

    Ah non, loin de là. Si on remonte à la Renaissance, avec des figures monumentales comme Galiléo ou Descartes, toute la pensée scientifique s'est construite sur une quête absolue de la régularité. C'était presque dogmatique. Totalement. Même si la science commençait à s'émanciper de la théologie, la croyance en un ordre cosmique restait le pilier central. On postulait que Dame Nature répondait à une exigence de botte géométrique.

  11. Intervenant 1

    Et la beauté, à cette époque, ça se traduisait par la régularité pure et simple. Zéro place pour le désordre.

  12. Intervenant 2

    C'est ça. Cette harmonie, elle impliquait l'absence totale de discontinuité. Jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, quand un mathématicien parlait d'une fonction, il imaginait une formule algébrique super sage.

  13. Intervenant 1

    Une recette toute faite, quoi.

  14. Intervenant 2

    Ouais, une recette avec des puissances, des racines carrées, des logarithmes. Et par nature, ces expressions traçaient des courbes continues, infiniment fluides.

  15. Intervenant 1

    Donc on baignait dans ce dogme de la perfection. Le crayon glissait sur le papier sans jamais s'arrêter. Et puis, au début du XIXe siècle, dans les années 1810, un certain Joseph Fourier débarque.

  16. Intervenant 2

    Ah, le fameux préfet de l'ISER !

  17. Intervenant 1

    Voilà, il était préfet, mais surtout un mathématicien avec une intuition incroyable. Il publie un mémoire sur la propagation de la chaleur, et il introduit un truc qui va tout dynamiter, les séries trigonométriques.

  18. Intervenant 2

    Et l'approche de Fourier, elle est prodigieuse. Il propose de décomposer des phénomènes thermiques en une somme infinie de fonctions beaucoup plus simples. Des vagues parfaites, en fait, que sont les cosinus et les sinus.

  19. Intervenant 1

    En gros, il veut recréer n'importe quel motif en empilant une infinité de vagues régulières.

  20. Intervenant 2

    C'est exactement ça.

  21. Intervenant 1

    C'est comme si on essayait de reconstruire un son ultra complexe juste en superposant des notes très pures de diapason. Mais là où ça dérape, c'est quand on applique cette somme infinie pour recréer une forme géométrique basique. L'article prend un exemple très concret.

  22. Intervenant 2

    La fonction la plus élémentaire.

  23. Intervenant 1

    Oui, celle qui a x associe x. Visuellement, c'est juste une ligne droite en diagonale. Fourier étudie ça sur un petit intervalle de moins pi à pi.

  24. Intervenant 2

    Et sur cet intervalle, on a juste un petit segment oblique. Jusque-là, aucun mathématicien ne panique.

  25. Intervenant 1

    Mais le truc de Fourier, c'est la périodicité. Donc il prend ce segment, et sa formule le répète à l'infini, en le copiant-collant à gauche et à droite. Et là, sur le dessin, c'est le drame. On suit la ligne qui monte doucement, on arrive à la limite, et paf ! La valeur plonge verticalement dans le vide, pour recommencer en bas.

  26. Intervenant 2

    Et c'est là qu'elle surgit. La discontinuité. En plein milieu des mathématiques.

  27. Intervenant 1

    C'est ça. Pour donner une image mentale aux auditeurs, c'est comme un écran d'électrocardiogramme. Le point lumineux monte super régulièrement et d'un coup, sans laisser de traces entre le haut et le bas, il saute tout en bas pour remonter. La courbe est brisée.

  28. Intervenant 2

    On a créé de la cassure en additionnant de la fluidité. C'est complètement paradoxal. Et cette métaphore de l'électrocardiogramme, elle illustre bien le malaise de l'époque. C'est un séisme.

  29. Intervenant 1

    J'imagine, oui.

  30. Intervenant 2

    Le problème, c'est que les travaux de Fourier, bien qu'ils soient brillants, manquaient cruellement de rigueur formelle.

La suite de la transcription est réservée aux abonnés.

S’abonner

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.