
19 mai 2022 · 15 min
Évariste Galois : pourquoi ce mathématicien finit-il en prison ?
Des Trois Glorieuses à Sainte-Pélagie, cet épisode suit les choix de Galois, son expulsion, ses procès et ses mois d’emprisonnement.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente et bonjour à toutes les personnes qui nous écoutent aujourd'hui.
Intervenant 2
Bonjour tout le monde.
Intervenant 1
Alors pour cette nouvelle exploration, cette plongée au cœur de nos sources, on va parler d'histoire et de maths. Mais alors une histoire qui percute les mathématiques de plein foie. Ah oui, là on n'est pas
Intervenant 2
du tout sur une trajectoire classique.
Intervenant 1
Non, c'est clair. On va s'intéresser à l'un des esprits les plus brillants qu'on ait jamais connus. Mais attention, oubliez tout de suite l'image du savant un peu âgé qui termine ses jours dans un bureau plein de livres poussiéreux quoi.
Intervenant 2
C'est sûr qu'on en est très loin. Le personnage au centre de notre exploration n'a littéralement pas eu le temps de vieillir.
Intervenant 1
Ben non, puisqu'il évoquera longtemps, vidé de son sang dans un champ au petit matin, l'abdomen fracassé par une balle de pistolet. Et ça, lors d'un duel politique super obscur. Cet adolescent, c'est Évariste Galois.
Intervenant 2
Et la trajectoire de ce très jeune homme défie littéralement toute logique.
Intervenant 1
Carrément. Et notre mission aujourd'hui, avec toutes les sources historiques et les lettres qu'on a rassemblées, c'est vraiment de comprendre ce paradoxe de dingue.
Intervenant 2
C'est d'essayer de comprendre comment un cerveau capable de la plus haute abstraction, qui exige la plus stricte rigueur mathématique, a pu s'investir autant dans un militantisme politique d'une violence inouïe, jusqu'à en mourir finalement.
Intervenant 1
Bon, on va décortiquer tout ça. Parce que pour bien capter la fureur de Galois, il faut vraiment le replacer dans le contexte. Et le contexte, en juillet 1830, c'est que Paris est une poudrière absolue.
Intervenant 2
Absolument. Le contexte dicte l'action en fait. À ce moment précis, la France vit sous la restauration. Et le roi Charles X sent que l'opposition libérale et républicaine monte en puissance.
Intervenant 1
Ouais, il sent que le vent tourne après les élections, non ?
Intervenant 2
C'est ça. Du coup, il tente un coup de force constitutionnel monumental. Le 25 juillet, il signe ce qu'on appelle les ordonnances de Saint-Cloud.
Intervenant 1
Ce qui est en gros une censure massive, si je comprends bien.
Intervenant 2
Totalement. D'un seul trait de plume, il suspend la liberté de la presse. Il dissout la chambre qui venait à peine d'être élue. Et il modifie tout le système électoral pour bien verrouiller son pouvoir.
Intervenant 1
Et donc, quand ces textes sont publiés, le 26 juillet, le pays tout entier retient son souffle devant ce coup d'état de l'intérieur.
Intervenant 2
On a des journaux comme Le National ou Le Globe qui bravent l'interdiction et font tourner leur presse.
Intervenant 1
La police essaye d'intervenir, j'imagine.
Intervenant 2
Oui, ils tentent de saisir le matériel, mais les premières barricades se montent déjà autour du Palais Royal. C'est le coup d'envoi des fameuses « Trois Glorieuses ».
Intervenant 1
Trois jours d'une insurrection totale. Et d'ailleurs, dans nos sources, on a le témoignage de l'écrivain Alexandre Dumas qui assiste à tout ça en direct.
Intervenant 2
Ah oui, son témoignage est précieux.
Intervenant 1
Il décrit avec une ferveur incroyable, je cite, « cette jeunesse ardente du prolétariat héroïque. Des hommes du peuple qui prennent les armes et qui finissent par faire fuir la famille royale le 29 juillet. Sur le papier, c'est une victoire totale pour le peuple. »
Intervenant 2
Sur le papier, oui. Mais c'est vraiment l'illusion d'une victoire. La réalité politique qui suit va être perçue comme un vol pur et simple par les insurgés.
Intervenant 1
Parce que les députés libéraux vont récupérer le truc, c'est ça ?
Intervenant 2
Exactement. Ces députés sont majoritairement issus de la bourgeoisie financière, ils sont monarchistes dans l'âme et ils paniquent face au vide du pouvoir. Pour eux, la République, c'est le retour de la terreur de 1793.
Intervenant 1
Donc, une manigance en coulisses.
Intervenant 2
Voilà. En quelques jours, ils étouffent l'idéal républicain des barricades et ils installent un nouveau roi, Louis-Philippe.
Intervenant 1
Alors, juste une petite parenthèse pour notre auditoire. On analyse ces événements avec le recul des historiens, bien sûr, sans prendre aucun parti dans ce conflit entre monarchistes et républicains. On rapporte juste les faits.
Intervenant 2
Tout à fait. Notre rôle est de rester strictes sur les sources. Mais il faut comprendre l'état d'esprit des insurgés à ce moment-là. Pour eux, on a juste remplacé une couronne par une autre. Et le sang versé n'a servi à rien.
Intervenant 1
Une vraie trahison. Et au milieu de toute cette fureur, on a notre fameux Évariste Galois qui bouillonne. Il a 18 ans à peine.
Intervenant 2
Et il est profondément, viscéralement républicain.
Intervenant 1
Sauf qu'au lieu d'être sur les barricades avec les autres, il est enfermé. Il est élève à l'école préparatoire, qui est l'ancêtre de l'école normale.
Intervenant 2
Oui, et dès qu'il entend les coups de fusil, son premier instinct, c'est de rejoindre le mouvement. Il essaye même de convaincre ses camarades.
Intervenant 1
Des camarades qu'il traite de tête moutonnière, c'est bien ça ?
Intervenant 2
C'est le terme qu'il utilise, oui. Mais le problème, c'est le directeur de l'école, monsieur Guignoleau. Le matin du 28 juillet, il verrouille littéralement les portes de l'établissement.
Intervenant 1
Il interdit formellement à tout le monde de sortir.
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