
20 mai 2020 · 19 min
John Conway : quand la géométrie devient un terrain de jeu
Dans cet épisode, suivez Conway du cercle aux puzzles et aux frises de nombres pour découvrir comment il créait des liens mathématiques inattendus.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.
Intervenant 2
Bonjour à toutes et à tous.
Intervenant 1
Aujourd'hui, on va faire une petite expérience de pensée. Imaginons un instant qu'on dépose sur une table 13 blocs de bois. Mais attention, de tailles complètement différentes.
Intervenant 2
Ouais, un vrai bazar.
Intervenant 1
C'est ça. Et la consigne qu'on te donne, elle est simple. Tu dois construire un cube parfait de 5 par 5 par 5.
Intervenant 2
Rien que ça. Ben
Intervenant 1
oui, l'instinct de n'importe quel être humain face à ces blocs, c'est de commencer à les empiler au hasard, non ? De tâtonner, de forcer un peu dans les coins et d'espérer que ça rentre miraculeusement.
Intervenant 2
C'est clair, c'est notre côté humain, on essaie et on voit.
Intervenant 1
Sauf que si on réfléchit comme le mathématicien John Conway, on procède pas du tout comme ça. On n'utilise pas d'abord ses mains, on utilise les mathématiques pour dicter un ordre absolu.
Intervenant 2
Exactement.
Intervenant 1
Donc aujourd'hui, on plonge dans les travaux de ce véritable magicien des nombres et des formes. L'objectif de notre exploration, c'est pas de faire un cours de maths austère au tableau noir. C'est vraiment de découvrir comment ce génie transformait les mathématiques en un énorme terrain de jeu. Un endroit où des objets qui ont apparemment rien en commun finissent par s'imbriquer par pure magie.
Intervenant 2
C'est le mot, oui.
Intervenant 1
D'accord. Décortiquons tout ça. Comment on dénoue ce sac de nœuds ? Il faut d'abord bien comprendre que pour Conway, l'amusement, c'était vraiment le véhicule de la plus stricte rigueur scientifique. C'est bien ça, hein ?
Intervenant 2
C'est tout à fait ça. Ce qui est fascinant ici, c'est que l'essence même de Conway résidait dans cette capacité folle à trouver des liens inattendus juste en s'amusant. La géométrie pour lui, c'était pas du tout un ensemble rigide de théorèmes poussiéreux.
Intervenant 1
Genre les trucs qu'on apprend par cœur au collège et qu'on oublie le lendemain.
Intervenant 2
Voilà, exactement. Pour lui, c'était une matière malléable. Il cherchait pas à prouver un truc juste pour la gloire de publier un papier. Il voulait comprendre les ponts invisibles entre des concepts hyper éloignés. Et en manipulant les choses, en jouant comme un enfant, il mettait au jour des connexions que personne n'avait vues. Avec
Intervenant 1
un cerveau d'analyste hors normes en arrière-plan
Intervenant 2
quoi. Totalement. Je suis convaincue que c'est ce regard ludique qui a fait toute la différence.
Intervenant 1
Et ça nous amène direct à sa façon de bousculer la géométrie classique. Il a prouvé que des règles hyper simples pouvaient organiser le chaos, même en deux dimensions.
Intervenant 2
Ah oui, le fameux cercle de Conway.
Intervenant 1
Ouais, l'idée de départ, elle est limite trop basique. On prend une feuille de papier et on dessine un triangle quelconque.
Intervenant 2
Le plus banal possible.
Intervenant 1
C'est ça. Appelons ces sommets A, B et C pour faire classique. Ensuite, on prend une règle et on trace les prolongements de chaque côté de ce triangle vers l'extérieur.
Intervenant 2
D'accord.
Intervenant 1
Et là, la règle du jeu qui l'impose, c'est que sur ces lignes prolongées, on va reporter la longueur exacte des côtés du triangle lui-même.
Intervenant 2
Concrètement, pour visualiser un peu, à partir du sommet A, tu allonges la ligne d'une distance qui est égale à celle du côté opposé ou adjacent, on suit une logique de symétrie autour du triangle.
Intervenant 1
C'est comme si on étirait les branches d'une étoile en fait.
Intervenant 2
Oui, très bonne image. Et en faisant ça pour tous les côtés, on crée six nouveaux points qui flottent, comme ça, autour du triangle de départ.
Intervenant 1
Et bam, c'est là que Conway débarque. Il regarde ces six points et il lâche l'air de rien, qu'il forme un cercle parfait. Comme par magie. Non mais attends, si je dessine le triangle le plus asymétrique, le plus moche, le plus tordu du monde, genre un côté immense et deux côtés minuscules, j'obtiens quand même un cercle parfait au final. Absolument. C'est fou. C'est comme étirer une étoile toute caboussée et réaliser qu'on vient de dessiner un cerceau parfait. Ça paraît beaucoup trop beau pour être vrai.
Intervenant 2
Et pourtant, c'est mathématiquement irréfutable.
Intervenant 1
Mais comment on prouve une intuition pareille sans s'arracher les cheveux ? Où est même censé se trouver le centre de ce cercle magique dans une figure complètement difforme ?
Intervenant 2
C'est une excellente question. Et c'est tout l'enjeu de la démonstration géométrique. Parce que pour prouver que six points forment un cercle, la règle de base, c'est de trouver un point central unique.
Intervenant 1
Ouais, le centre du cercle quoi.
Intervenant 2
John Conway, c'est d'utiliser un point très spécifique à l'intérieur du triangle. Le point
Intervenant 1
S. S pour symétrie ?
Intervenant 2
Peut-être bien. Ce point S, c'est l'intersection des bisectrices.
Intervenant 1
Ah, les bisectrices. Attends, ça me rappelle des vieux souvenirs. Ce sont les droites qui coupent chaque angle exactement en deux moitiés égales, c'est ça ?
Intervenant 2
Parfaitement. Et ce point d'intersection S, c'est aussi ce qu'on appelle le centre du cercle inscrit. Tu sais, le petit cercle qui rentre juste à l'intérieur du triangle en touchant les trois côtés.
Intervenant 1
D'accord, je vois très bien. On a ce point S au milieu, généré par les angles de notre triangle moche. Mais comment un point à l'intérieur peut contrôler les six points qu'on a balancés loin à l'extérieur ?
Intervenant 2
Tout repose sur le concept de médiatrice. Prenons notre sommet A. On a créé deux nouveaux points à l'extérieur, on va les appeler I et E.
Intervenant 1
Ok, on a I d'un côté, E de l'autre.
Intervenant 2
Voilà. Et vu qu'on a reporté les longueurs du triangle de manière extrêmement stricte selon la règle de Conway, la distance entre A et I est forcément égale à la distance entre A et E.
Intervenant 1
Donc on vient de fabriquer un triangle isocèle qui pointe vers l'extérieur.
Intervenant 2
Exactement. Or, la droite qui part de notre point S au centre et qui traverse l'angle A, c'est une bisectrice.
Intervenant 1
Oui.
Intervenant 2
Et bien dans cette configuration géométrique, cette ligne agit aussi comme une médiatrice pour le segment imaginaire qui relierait les points I et E.
Intervenant 1
Ah, je me souviens de mes cours de géométrie. La propriété magique de la médiatrice, c'est que n'importe quel point posé sur cette ligne est à la même distance des deux extrémités du segment.
Intervenant 2
C'est la définition même, oui. Donc, puisque notre centre S est posé sur cette fameuse ligne, la distance entre S et le point extérieur I est obligatoirement égale à la distance entre S et le point extérieur E.
Intervenant 1
Et voilà, on vient de prouver que deux de nos six points sont à égale distance du centre.
Intervenant 2
Et la beauté de ce raisonnement, c'est qu'il se répète. Pour le sommet C, on a les points H et D.
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