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1 févr. 2021 · 25 min

Pavages de Penrose : comment deux tuiles excluent la translation

Dans cet épisode, partez du carrelage périodique puis suivez les règles d’assemblage qui imposent les pavages apériodiques de Penrose.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente et c'est un immense plaisir de retrouver toutes les personnes qui nous écoutent aujourd'hui. Imaginez un instant la scène. On décerne le prix Nobel de physique à un chercheur pour avoir percé les mystères les plus insondables de la cosmologie, ses travaux vertigineux sur les trous noirs, enfin bref, la trame même de l'univers. Et pourtant, le grand public le connaît d'abord et avant tout pour un motif de carrelage de salle de bain. C'est ça le paradoxe incroyable de Cyr-Roger Penrose.

  2. Intervenant 2

    Ah oui, c'est un contraste assez saisissant. Mais pour assurer tout de suite ceux qui nous écoutent, l'objectif de notre décryptage d'aujourd'hui, ce n'est pas de proposer un tutoriel de décoration d'intérieur.

  3. Intervenant 1

    Heureusement, parce que je suis très mauvaise bricoleuse.

  4. Intervenant 2

    Pareil pour moi. Non, en fait, on va plonger au cœur de ce qu'on appelle les pavages de Penrose. L'idée, c'est vraiment de comprendre comment une réflexion qui paraît anodine, la façon de recouvrir une surface plane avec des morceaux de géométrie, a pu complètement bouleverser notre compréhension intime de la symétrie. C'est un voyage qui commence par un problème super abstrait sur un coin de table et qui aboutit à des découvertes tellement fondamentales sur la matière qu'elles ont été couronnées par un autre prix Nobel en chimie cette fois-ci.

  5. Intervenant 1

    C'est fou, c'est fascinant de voir la théorie mathématique anticipée et la réalité physique avec autant de précision. Mais avant de plonger dans le monde étrange de Penrose, je pense qu'il faut qu'on pose les bases.

  6. Intervenant 2

    Tout à fait.

  7. Intervenant 1

    Quand on parle de pavage, on imagine tout de suite les mosaïques de l'Antiquité ou simplement le sol d'une cuisine. Mathématiquement parlant, quelles sont les règles du jeu pour paver un plan infini ?

  8. Intervenant 2

    Alors, les règles de base, elles sont très strictes. Pour recouvrir mathématiquement un plan, il faut utiliser des tuiles qui sont parfaitement jointives. Ça veut dire qu'il ne doit y avoir aucun chevauchement entre elles et absolument aucun espace vide ou, disons, aucun trou.

  9. Intervenant 1

    Ok, d'accord.

  10. Intervenant 2

    Il y a aussi une condition vraiment essentielle, c'est que chaque tuile doit avoir une aire strictement positive. Ce qui signifie qu'on travaille avec des objets tangibles.

  11. Intervenant 1

    Donc on ne peut pas tricher en utilisant des tuiles microscopiques, infiniment petites, juste pour boucher des trous récalcitrants.

  12. Intervenant 2

    Voilà, exactement. Parce que si l'air pouvait tendre vers zéro, on basculerait dans un univers de fractales, ce qui est une toute autre géométrie. Ici, on manipule vraiment de vrais polygones. Et historiquement, l'humanité a toujours privilégié ce qu'on appelle la périodicité.

  13. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  14. Intervenant 2

    Un pavage périodique, c'est un motif de base qui va se reproduire indéfiniment à l'identique. Si on prend ce motif et qu'on le décale d'une certaine distance vers la droite ou vers le haut par une translation, le dessin global reste strictement inchangé.

  15. Intervenant 1

    Ah, c'est le principe du papier-pas en fait. Et j'imagine que les mathématiciens ont dû lister toutes les manières possibles de faire ce genre de motifs répétitifs.

  16. Intervenant 2

    Ah ben bien sûr ! Ce travail de titan, il a été achevé en 1891 par le cristallographe russe Evgraf Fedorov. Il a prouvé qu'il existe exactement 17 manières, ou groupes d'isométrie, pour générer absolument tous les pavages périodiques possibles sur un plan.

  17. Intervenant 1

    17 ! Pas une de plus !

  18. Intervenant 2

    C'est ça, pas une de plus. Et à l'intérieur de ces groupes, la géométrie impose une dictature redoutable.

  19. Intervenant 1

    Dictature géométrique ? Qu'est-ce que vous entendez par là ?

  20. Intervenant 2

    Eh bien, si on s'interdit de retourner les tuiles, imaginez qu'elles ont une face décorée et un dos en ciment par exemple, les possibilités s'effondrent à seulement cinq groupes. On ne peut utiliser que des translations et des rotations très précises.

  21. Intervenant 1

    Du genre ?

  22. Intervenant 2

    Des angles de 60, 90, 120 ou 180 degrés. En fait, c'est une question de pure mécanique spatiale. Autour d'un point de jonction, la somme des angles des tuiles, elle doit faire exactement 360 degrés pour ne laisser aucun vide.

  23. Intervenant 1

    Ah oui logique, pour faire un tour complet.

  24. Intervenant 2

    Exactement. Et les seuls polygones réguliers capables de faire ça sans tricher, c'est le triangle équilatéral, le carré et l'hexagone régulier.

  25. Intervenant 1

    D'accord. Donc si on essaye avec d'autres formes régulières, mettons des pentagones à cinq côtés, ça coince, ça va forcément laisser des espaces.

  26. Intervenant 2

    C'est tout à fait ça.

  27. Intervenant 1

    Mais tout ça, c'est l'univers de l'ordre parfait, de la répétition infinie. Moi, ce qui m'intéresse, c'est comment on fait pour briser cette régularité ? Est-ce qu'on peut paver un plan infini avec des formes qui refusent catégoriquement de se répéter en boucle ?

  28. Intervenant 2

    C'est là qu'on entre vraiment dans le vif du sujet. Alors oui, on peut obtenir des pavages qu'on qualifie de non périodiques de manière assez simple en fait.

  29. Intervenant 1

    Ah bon ? Comment ?

  30. Intervenant 2

    Imaginez des tuiles rectangulaires, un peu comme des lattes de parquet, mais dont la longueur varie selon une séquence imprévisible, par exemple en suivant les décimales du nombre pi.

  31. Intervenant 1

    Ah brillant !

  32. Intervenant 2

    N'est-ce pas ? Sur la longueur, le motif ne se répète jamais. Mais attention, sur la largeur, on garde des lignes bien parallèles, donc il y a encore une certaine régularité. Ce qui a vraiment obsédé les chercheurs au milieu du XXe siècle, c'est la périodicité pure et dure.

  33. Intervenant 1

    C'est-à-dire un pavage où il n'y a absolument aucune ligne directrice, aucune translation possible pour retrouver le motif de départ.

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