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29 juin 2018 · 14 min

Transport et CO₂ : pourquoi les progrès ne suffisent-ils pas ?

Cet épisode audio suit les chiffres, puis les mécanismes — inertie, effet rebond et congestion — qui limitent les gains attendus des progrès techniques.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis ravi d'accueillir les auditeurs pour notre plongée d'aujourd'hui.

  2. Intervenant 2

    Bonjour, ravi d'être là pour décortiquer tout ça avec vous.

  3. Intervenant 1

    Alors aujourd'hui, on s'attaque à un morceau assez colossal. En 2050, notre budget carbone global devra se limiter à 2 tonnes de CO₂ par habitant, tout secteur confondu. Et pour les transports, ça représente à peu près 30% des émissions en France.

  4. Intervenant 2

    Ouais, l'équation exige carrément de diviser le bilan carbone par deux. C'est énorme.

  5. Intervenant 1

    C'est énorme et pourtant, malgré toutes les alertes, l'essor de la voiture électrique, les pistes cyclables qui poussent partout, les courbes reçusent obstinément de fléchir. Donc, la mission de cette exploration, c'est d'aller bien au-delà des évidences technologiques.

  6. Intervenant 2

    Exactement. Ce qui est fascinant ici, c'est que la véritable raison de cet échec, elle ne se trouve pas sous le capot de nos voitures en fait. Elle se trouve dans les mathématiques complexes et la théorie des jeux.

  7. Intervenant 1

    Détaillons un peu tout ça, parce que c'est un paradoxe assez redoutable.

  8. Intervenant 2

    Quand on se penche sur la modélisation mathématique du comportement des réseaux, on découvre un truc fou. La somme de nos décisions individuelles, même rationnelles, ça produit une aberration collective.

  9. Intervenant 1

    C'est-à-dire que nos solutions de bon sens aggravent le problème.

  10. Intervenant 2

    C'est tout à fait ça. Les solutions de bon sens, comme ajouter une route ou commander en lion, ça déclenche des dynamiques de systèmes qui bien souvent empirent la situation qu'elles étaient censées résoudre.

  11. Intervenant 1

    C'est fou. Mais pour comprendre comment on en arrive à cette impasse, il faut d'abord poser le décor. Je veux dire, où est-ce que le trafic a réellement lieu ?

  12. Intervenant 2

    Oui, là, on touche à un biais de perception assez massif.

  13. Intervenant 1

    Totalement. En fait, l'attention médiatique, les politiques, tout se focalise sur les centres-villes. On débat à l'infini des pistes cyclables parisiennes, de la piétonisation à Lyon, et ça donne l'impression que la bataille du climat se joue là-bas.

  14. Intervenant 2

    Alors que les grandeurs physiques racontent une toute autre histoire. Si on prend les 11 plus grandes métropoles françaises, on ne parle que de 10% de la population en fait.

  15. Intervenant 1

    Attendez, juste 10% ?

  16. Intervenant 2

    Ouais, et si on calcule la part des trajets qui impliquent ces grandes villes, c'est à peine 23% du total des passagers kilomètres.

  17. Intervenant 1

    Donc l'éléphant dans la pièce, il est sur les routes départementales en fait ?

  18. Intervenant 2

    Voilà, mathématiquement, près de 80% de la mobilité quotidienne se déploie complètement en dehors des zones denses, dans le périurbain, dans le rural.

  19. Intervenant 1

    Et j'imagine que là-bas, les distances ne sont pas les mêmes, quoi.

  20. Intervenant 2

    Ah ben non ! Le trajet quotidien moyen en voiture, c'est 58 km. Et dans cette configuration, la variable d'ajustement, elle n'existe quasiment pas.

  21. Intervenant 1

    Mais du coup, face à ces 58 km, pourquoi le train ne prend pas le relais ? On entend tout le temps parler d'investissements massifs dans le ferroviaire.

  22. Intervenant 2

    On investit, certes, mais l'analyse des séries temporelles montre une stagnation assez tenace. La part modale du ferroviaire oscille autour de 9,5% depuis un quart de siècle.

  23. Intervenant 1

    Ah ouais, un quart de siècle sans bouger !

  24. Intervenant 2

    Ouais. En fait, le train répond super bien à des flux massifiés d'un point A à un point B. Mais par nature, il est incapable de traiter la dispersion fractale de l'habitat périurbain.

  25. Intervenant 1

    C'est trop diffus en fait.

  26. Intervenant 2

    Exactement. Donc la dépendance à l'automobile, elle est structurelle. La voiture absorbe 94% des dépenses de transport des ménages. C'est énorme.

  27. Intervenant 1

    Et j'ai vu dans les sources qu'à l'échelle mondiale, le secteur routier engloutit 44% de la consommation de pétrole. En gros, la géographie nous a enchaînés à l'asphalte.

  28. Intervenant 2

    C'est une belle façon de le formuler, oui.

  29. Intervenant 1

    Mais alors, si on est enchaînés à nos voitures, on pourrait se dire que la technologie va nous sauver. Les moteurs thermiques sont ultra performants, l'électrique bouleverse tout. Avec une électricité décarbonée, le problème devrait se magler tout seul,

  30. Intervenant 2

    non ? Alors ça, c'est l'un des plus grands mirages actuels. L'illusion technologique pure.

  31. Intervenant 1

    Vraiment ? Même avec l'électrique ?

  32. Intervenant 2

    Alors attention, les calculs de cycle de vie montrent qu'une voiture électrique émet effectivement moins. Sur le mix européen moyen, on est autour de 100 grammes de CO₂ par kilomètre.

  33. Intervenant 1

    C'est combien en comparaison ?

  34. Intervenant 2

    C'est environ 130 grammes de CO₂ par kilomètre. Donc le gain est réel, sans même parler de la suppression des particules fines en ville. Mais ce gain, il est littéralement écrasé par un effet rebond.

  35. Intervenant 1

    Un effet rebond lié au poids des voitures, j'imagine. C'est l'ironie totale.

  36. Intervenant 2

    C'est ça.

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