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14 mars 2016 · 18 min

Sylvie Donmoyer : quand les polyèdres deviennent peinture

Dans cet épisode audio, suivez les rencontres et les œuvres qui conduisent Sylvie Donmoyer à faire des formes géométriques une émotion picturale.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente et merci à tous les auditeurs qui nous rejoignent pour cette nouvelle exploration. Imaginez un instant une grande toile, vraiment une toile classique. La lumière y est douce, les ombres sont travaillées avec la précision minutieuse des grands maîtres de la Renaissance et la peinture à l'huile capte délicatement la texture des objets.

  2. Intervenant 2

    Oui, une belle nature morte.

  3. Intervenant 1

    C'est ça. Mais au beau milieu de cette nature morte somptueuse se cache une équation mathématique. Une structure géométrique d'une complexité absolue laissée, et c'est ça qui est fou, délibérément irrésolue. En fait, c'est conçu pour rendre fou n'importe quel esprit purement cartésien. C'est

  4. Intervenant 2

    clair que c'est perturbant.

  5. Intervenant 1

    Et c'est précisément cette collision frontale entre, disons, le flou poétique de l'art et la froideur implacable des chiffres qu'on va disséquer aujourd'hui.

  6. Intervenant 2

    Et ce contraste saisissant, c'est ce qui rend le portrait qu'on va esquisser si captivant. L'article source publié par Tangente, sur lequel on s'appuie aujourd'hui, met en lumière le travail d'une artiste très singulière.

  7. Intervenant 1

    Sylvie Donmoyer.

  8. Intervenant 2

    Sylvie Donmoyer, exactement. Elle nous force un peu à réévaluer la géométrie, à ne plus la voir uniquement comme un outil de calcul ou une démonstration aride sur un tableau noir.

  9. Intervenant 1

    Ouais, le truc un peu barbant de l'école.

  10. Intervenant 2

    Voilà. Mais plutôt comme une véritable source d'émotions esthétiques pures.

  11. Intervenant 1

    Mais le paradoxe central de son parcours, c'est qu'elle a absolument aucune formation mathématique formelle.

  12. Intervenant 2

    Non, aucune.

  13. Intervenant 1

    Elle n'a pas passé des années sur les bancs d'une fac de sciences à manipuler des théorèmes ou des trucs complexes. Si on regarde son bagage, on trouve une formation super ancrée dans l'artisanat d'art et le classicisme.

  14. Intervenant 2

    Tout à fait. Elle est passée par la manufacture des Gobelins, puis par l'école du Louvre.

  15. Intervenant 1

    C'est du

  16. Intervenant 2

    solide. Avant de devenir illustratrice, c'est un parcours très classique. On part d'une maîtrise très manuelle de la matière et d'une imprégnation profonde de l'histoire de l'art.

  17. Intervenant 1

    Du coup, pour ceux qui nous écoutent, la grande question, c'est comment une peintre issue d'un tel milieu bascule vers une obsession pour l'abstraction spatiale ?

  18. Intervenant 2

    Le déclic ne vient pas de la lecture d'un traité d'algèbre.

  19. Intervenant 1

    J'imagine bien.

  20. Intervenant 2

    C'est plutôt deux chocs. L'un visuel et l'autre humain. La première véritable révélation, c'est la découverte des gravures de Maurice Cornelis Escher.

  21. Intervenant 1

    Ah ! Escher ?

  22. Intervenant 2

    Ce grand maître néerlandais de l'illusion. Le magazine Tangente lui avait d'ailleurs consacré son numéro 144.

  23. Intervenant 1

    C'est un incontournable.

  24. Intervenant 2

    Carrément. Et pour une artiste issue d'une école classique, l'œuvre Deschères ouvre une brèche un peu vertigineuse. Elle réalise que les mathématiques peuvent générer un univers fantasmé, poétique.

  25. Intervenant 1

    Et profondément mystérieux, au final.

  26. Intervenant 2

    Voilà, c'est le premier contact avec l'esthétique mathématique.

  27. Intervenant 1

    Et la deuxième étape, du coup, c'est la rencontre humaine.

  28. Intervenant 2

    C'est ça. Elle se produit pendant un long séjour aux États-Unis, où l'artiste fait la connaissance de la mathématicienne Jean Pedersen.

  29. Intervenant 1

    D'accord.

  30. Intervenant 2

    Et de cette collaboration, qui dure quand même un peu, naît une attirance presque viscérale pour une famille de formes bien particulières.

  31. Intervenant 1

    Les fameux polyèdres.

  32. Intervenant 2

    Les polyèdres, oui. Dévolus en trois dimensions, délimités par des faces planes qui peuvent adopter des architectures infiniment

  33. Intervenant 1

    variées. C'est fascinant.

  34. Intervenant 2

    L'artiste explique elle-même que sa démarche est née d'un sentiment d'énerveillement pur en fait, juste face à la beauté formelle de ces objets mystérieux.

  35. Intervenant 1

    Tu sais, en observant son approche, on a vraiment l'impression d'assister à, enfin je ne sais pas, à la performance d'un traducteur qui se retrouverait face à un poème dans une langue étrangère dont il ignore complètement la grammaire.

  36. Intervenant 2

    C'est une super analogie,

  37. Intervenant 1

    ça. Ce traducteur, il ne saurait pas conjuguer les verbes, il ne connaîtrait aucune règle de déclinaison. Mais juste en écoutant la résonance des mots, il arriverait à capter la musicalité, la mélancolie ou l'énergie du texte. Oui,

  38. Intervenant 2

    il en saisit les sens.

  39. Intervenant 1

    Exactement. Pour finalement restituer cette émotion brute de manière totalement intacte.

  40. Intervenant 2

    Et cette intention de transmettre une émotion mathématique au-delà du langage technique, on la voit super bien dans une de ses œuvres. C'est une toile sobrement intitulée « Tapisserie mathématique ».

  41. Intervenant 1

    J'adore celle-ci.

  42. Intervenant 2

    La composition coupe littéralement la toile en deux univers visuels, carrément opposés. Au premier plan, on trouve des origamis très colorés, texturés, qui sont repliés pour former des structures polyédriques palpables.

  43. Intervenant 1

    Ouais, on devine presque la rugosité du papy en la regardant, Cédrine.

  44. Intervenant 2

    C'est hyper tactile. Et à l'arrière-plan, elle a peint une grande tenture sombre. Et celle-là est entièrement recouverte de formules mathématiques hyper complexes.

  45. Intervenant 1

    Donc on a vraiment le contraste géant.

  46. Intervenant 2

    Voilà, l'œuvre matérialise l'opposition entre la théorie pure, le calcul abstrait un peu inaccessible, et de l'autre côté la perception tactile, l'émerveillement immédiat de la forme quoi.

  47. Intervenant 1

    Et cette volonté d'intégrer des objets géométriques au sein d'une composition vraiment classique, elle franchit un vrai cap technique impressionnant dans une toile peinte en 2011, Nature morte au carré magique.

  48. Intervenant 2

    Ah oui, celle-là elle est majeure.

  49. Intervenant 1

    Elle a même remporté le premier prix de l'exposition d'art mathématique à Boston.

  50. Intervenant 2

    C'est pas rien.

  51. Intervenant 1

    Non, c'est clair. Et sur le plan esthétique, on se croirait vraiment revenu à l'âge d'or de la peinture néerlandaise.

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