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25 sept. 2018 · 5 min

Soroban : du boulier japonais aux calculateurs prodiges

Dans cet épisode audio, suivez l’apprentissage du soroban, des premiers kyu aux performances chronométrées de Rina Horikawa et Takeo Sasano.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Se dire qu'il est possible d'additionner 15 grands nombres projetés sur un écran en moins de deux secondes, c'est complètement fou.

  2. Intervenant 2

    C'est pratiquement le temps d'un

  3. Intervenant 1

    battement de cils, oui. C'est ça. Aujourd'hui, on explore les secrets du Soroban, le fameux boulier japonais, et on va parler de ces incroyables calculateurs prodiges. En parcourant nos sources, il y a un élément qui m'a tout de suite sauté aux yeux, c'est que la pratique de ce boulier ressemble à s'y méprendre à un art martial.

  4. Intervenant 2

    Ah, totalement !

  5. Intervenant 1

    On commence au neuvième cue, on transpire, on répète le geste encore et encore, jusqu'à atteindre le premier cue. Et tout ça avant même d'espérer décrocher les fameux Dan.

  6. Intervenant 2

    Oui, la comparaison est très juste parce qu'il y a effectivement un cadre et une discipline super strictes. Faut bien se dire que le Soroban, c'est pas du tout un vestige folklorique en bois.

  7. Intervenant 1

    Non, bien sûr.

  8. Intervenant 2

    Quand il est bien maîtrisé, il permet de faire des opérations sur des nombres de 15 chiffres bien plus vite qu'une calculatrice électronique.

  9. Intervenant 1

    Plus vite qu'une machine, ouais.

  10. Intervenant 2

    Exactement. Et c'est d'ailleurs pour cette fiabilité, cette rapidité extrême qu'au Japon, on l'entend encore claquer aux caisses de certains magasins ou dans les banques au quotidien.

  11. Intervenant 1

    Attendez, je veux bien qu'un boulier soit très pratique, mais comment un cerveau humain, armé de juste quelques bouts de bois, peut battre une puce électronique ?

  12. Intervenant 2

    Tout se joue dans la précocité et la méthode d'apprentissage.

  13. Intervenant 1

    D'accord.

  14. Intervenant 2

    Chaque année, il y a un million d'écoliers japonais qui commencent le Soroban dès le primaire. Et au début, c'est extrêmement tactile.

  15. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  16. Intervenant 2

    On utilise des petites comptines pour apprendre à manipuler les billes avec deux doigts, l'indax et le pouce. Et le vrai génie de l'outil, c'est qu'il permet de visualiser physiquement le calcul en base 10 avec un système où une bille en haut vaut 5 et 4 billes en bas valent 1 chacune.

  17. Intervenant 1

    Ah, je vois la logique, oui. Au fond, c'est un peu comme si le boulier physique servait de disque dur externe.

  18. Intervenant 2

    Comment ça ?

  19. Intervenant 1

    Bah et le cerveau, il dépose ses données en cours de route pour pas s'encombrer la mémoire de travail, non ?

  20. Intervenant 2

    Alors, pas tout à fait, non. Un disque dur, c'est du stockage inerte. Là, on parle plutôt de construire un vrai processeur virtuel.

  21. Intervenant 1

    Un processeur virtuel, carrément ?

  22. Intervenant 2

    Voilà. L'outil physique est un peu comme les petits trous d'un vélo. L'enfant s'entraîne avec l'objet, puis hop, on lui enlève. C'est le principe du hanzan, le boulier mental.

  23. Intervenant 1

    Ah, le hanzan, d'accord.

  24. Intervenant 2

    En fait, un calcul arithmétique sollicite normalement l'hémisphère gauche de façon très abstraite. Mais là, le processus est transféré vers l'hémisphère droit, celui de la visualisation spatiale.

  25. Intervenant 1

    Donc l'enfant déplace mentalement des images de billes dans sa tête.

  26. Intervenant 2

    C'est ça. Et la rigueur devient redoutable. Pour vous donner une idée, pour obtenir le fameux premier Q, il faut arriver à multiplier un nombre de 7 chiffres par un nombre de 4 chiffres en moins de 3 secondes.

  27. Intervenant 1

    Attendez, 3 secondes pour une multiplication à 11 chiffres combinés. C'est vertigineux. Oui, c'est le mot. Surtout que nos documents montrent que certains vont encore beaucoup plus loin. Prenons le cas de la jeune Rina Oricava en 2011. L'examinateur lui dicte 15 nombres, qui vont de 7 à 13 chiffres, et ça sur une seule minute.

  28. Intervenant 2

    Et elle donne le résultat exact à la milliseconde même où le dernier mot est prononcé.

  29. Intervenant 1

    C'est ça. Et même sans le boulier physique, elle additionne 15 nombres de 3 à 4 chiffres en 24 secondes, soit le rythme exact de la diction.

  30. Intervenant 2

    Ce qui est fascinant là-dedans, c'est que ça prouve qu'il n'y a aucun délai de réflexion.

  31. Intervenant 1

    Aucun.

  32. Intervenant 2

    Dès que le son frappe son tympan, la bille virtuelle a déjà bougé dans sa tête.

  33. Intervenant 1

    Mais là où j'ai vraiment tiqué en lisant les sources, c'est sur le record de Takeo Sazano en 2015. Ah oui,

  34. Intervenant 2

    ce fameux record ?

  35. Intervenant 1

    15 entiers, compris entre 100 et 999, qui clignotent sur un écran géant. Et ils trouvent la somme en 1,7 seconde.

  36. Intervenant 2

    C'est fou !

  37. Intervenant 1

    Face à de tels chiffres, la réaction immédiate, c'est de se dire « c'est impossible, c'est du par-coeur ou un trucage ». 1,7 seconde, c'est biologiquement à peine le temps nécessaire à l'œil pour simplement capter les flashes de lumière.

  38. Intervenant 2

    Et pourtant, le scepticisme est normal, mais il s'agit d'une réelle fusion neurologique.

  39. Intervenant 1

    C'est-à-dire qu'il ne lit plus les nombres un par un.

  40. Intervenant 2

    Exactement, son cerveau ne lit plus les nombres un par un pour les envoyer à un centre de calcul rationnel. La simple perception visuelle du chiffre déclenche instantanément le mouvement mécanique de son boulier mental.

  41. Intervenant 1

    Donc la vision devient le calcul.

  42. Intervenant 2

    Voilà, la vision et le calcul. Et c'est pour ça que l'apprentissage du Soroban dépasse très largement le simple cadre de l'arithmétique.

  43. Intervenant 1

    Donc on pourrait dire que ça sculpte littéralement l'architecture neuronale de l'enfant.

  44. Intervenant 2

    Tout à fait, le travail sur la mémoire et la représentation spatiale est évident, mais cette méthode inculque surtout une maîtrise de soi phénoménale, une concentration totale.

  45. Intervenant 1

    Et une sacrée discipline.

  46. Intervenant 2

    Oui, et un profond respect des règles et d'autrui à travers cette discipline dont vous parliez au début.

  47. Intervenant 1

    Donc, en somme, on est bien loin du vague instrument archaïque. C'est une technologie cognitive à part entière, une méthode qui utilise la géométrie et l'espace pour structurer l'esprit en profondeur. Ça allie vraiment mathématiques et développement personnel.

  48. Intervenant 2

    Oui, le geste donne forme à la pensée, tout simplement.

  49. Intervenant 1

    Ce qui amène une interrogation incontournable pour conclure cette exploration. Si un outil physique et tactile, justement parce qu'il exige notre mouvement, réussit à modeler le cerveau pour lui faire accomplir de tels miracles cognitifs, que se passe-t-il aujourd'hui ? À notre ère où le moindre petit calcul est entièrement délégué de manière invisible des algorithmes, quelle faculté notre époque est-elle, à l'inverse, en train de modifier silencieusement ?

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