tangenteAudio

17 juil. 2018 · 18 min

Raisonner en maths : de l’intuition à la démonstration

Dans cet épisode audio, suivez le passage de l’intuition à la preuve, puis découvrez comment contraires, cas et récurrence organisent une démonstration.

Premium
Collections de cet épisode (2)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bienvenue à toutes et à tous dans le podcast du magazine Tangente.

  2. Intervenant 2

    Bonjour tout le monde.

  3. Intervenant 1

    Imaginez qu'une règle vous semble absolument parfaite. On la teste une fois, ça marche. On la teste dix fois, cent fois, ça fonctionne toujours.

  4. Intervenant 2

    Et là, notre cerveau est totalement convaincu d'avoir compris le schéma.

  5. Intervenant 1

    Exactement. Et pourtant, au cent-unième essai, sans prévenir, bim, tout s'effondre.

  6. Intervenant 2

    C'est la douche froide.

  7. Intervenant 1

    Ah ça oui. L'évidence était un piège, en fait. Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, on plonge dans un article vraiment passionnant. Ça s'intitule « Raisonner, c'est résoudre ».

  8. Intervenant 2

    Un très bon article,

  9. Intervenant 1

    ouais. L'idée, c'est de décortiquer comment les mathématiques nous protègent de nos propres illusions. Parce que souvent, on voit les maths comme une application un peu aveugle de formules froides.

  10. Intervenant 2

    Alors que c'est tout l'inverse.

  11. Intervenant 1

    Voilà, c'est l'art d'organiser la pensée pour éviter l'anarchie intellectuelle en fait. Et j'aime bien utiliser une analogie pour commencer.

  12. Intervenant 2

    Je vous écoute.

  13. Intervenant 1

    On voit souvent les maths comme un bâtiment fini, un immense gratte-ciel en verre, impeccable, lisse. Mais aujourd'hui, on va plutôt visiter le chantier. On met les casques, on passe derrière les barrières et on va observer les bâtisseurs.

  14. Intervenant 2

    Ah, j'adore cette image du chantier. Ça me fait penser à Henri Poincaré en 1905. Le fameux

  15. Intervenant 1

    mathématicien ?

  16. Intervenant 2

    Tout à fait. Dans son livre « La valeur de la science », il disait en gros que la science se fait avec des faits, exactement comme une maison se fait avec des pierres.

  17. Intervenant 1

    D'accord.

  18. Intervenant 2

    Mais il ajoutait un truc crucial. Un tas de pierres jetées sur le sol, ce n'est pas une maison.

  19. Intervenant 1

    C'est juste un tas de cailloux, quoi.

  20. Intervenant 2

    Voilà. Il faut un architecte. Avant de couler le ciment de la logique pure, il faut d'abord trouver les bonnes pierres.

  21. Intervenant 1

    Mais justement, d'où elles viennent, ces premières pierres ? Parce qu'avant de noircir un tableau avec des équations de partout...

  22. Intervenant 2

    Il faut bien avoir l'idée de ce qu'on cherche.

  23. Intervenant 1

    C'est ça. Comment on sait dans quelle direction aller ?

  24. Intervenant 2

    Eh bien, ça commence dans ce que l'article appelle les raisonnements de l'ombre. Ouh,

  25. Intervenant 1

    ça sonne mystérieux,

  26. Intervenant 2

    ça. Un peu, oui. Ce sont toutes les étapes avant la vraie démonstration. Et la toute première, c'est l'induction.

  27. Intervenant 1

    C'est-à-dire faire des déductions ?

  28. Intervenant 2

    Pas exactement. L'induction, c'est partir de cas particuliers pour oser formuler une règle générale.

  29. Intervenant 1

    Un exemple peut-être ?

  30. Intervenant 2

    Bien sûr. On cherche tous les points dans l'espace depuis lesquels on peut regarder un segment sous un angle droit.

  31. Intervenant 1

    D'accord, on place un point au hasard qui respecte ça. Ouais.

  32. Intervenant 2

    Puis un deuxième, puis un troisième. Et là, en reculant un peu, on s'aperçoit que ces points ont l'air de dessiner un cercle parfait.

  33. Intervenant 1

    Ah ouais, je vois le genre.

  34. Intervenant 2

    On n'a encore absolument rien prouvé mathématiquement. Mais l'intuition est là. On a un suspect.

  35. Intervenant 1

    On repère un motif, en fait. Et on sait que le cerveau humain adore les motifs.

  36. Intervenant 2

    Oh que oui. Et parfois, cette intuition est beaucoup plus spectaculaire qu'un simple dessin. On entre alors dans le domaine de l'analogie.

  37. Intervenant 1

    L'analogie, genre comparer deux trucs qui n'ont rien à voir.

  38. Intervenant 2

    C'est ça. Et l'anecdote historique la plus célèbre, c'est encore Poincaré. Il bloquait sur des concepts géométriques ultra complexes.

  39. Intervenant 1

    Quel genre de concepts ?

  40. Intervenant 2

    Des trucs avec des noms barbares, comme les fonctions fuchsiennes.

  41. Intervenant 1

    Ah oui, effectivement, ça a l'air

  42. Intervenant 2

    sympa. Il pataugeait complètement. Et un jour, il fait une excursion et il s'apprête à monter dans un omnibus à Coutances.

  43. Intervenant 1

    Un vieux bus de l'époque quoi.

  44. Intervenant 2

    Voilà. Et au moment très précis où son pied touche la marche du bus, boum, l'évidence absolue.

  45. Intervenant 1

    Sans y penser ?

  46. Intervenant 2

    Totalement. Inconscient. Il réalise d'un coup que la mécanique de ses fonctions fuchsiennes, c'est exactement la même qu'une autre branche qui n'a rien à voir la géométrie non-nuclidienne.

  47. Intervenant 1

    C'est dingue. Deux univers mathématiques qui fusionnent sur la marche d'un bus.

  48. Intervenant 2

    En une fraction de seconde. Poincaré disait lui-même que sans ce genre d'intuition, on peut connaître toute la grammaire des mathématiques mais on n'aura jamais rien à dire.

  49. Intervenant 1

    Donc le cerveau fait un énorme saut dans le vide. Et dans l'article, il parle aussi de l'abduction.

  50. Intervenant 2

    Oui, l'abduction.

  51. Intervenant 1

    Si je résume bien, c'est quand on voit par exemple un triangle inscrit dans un demi-cercle.

  52. Intervenant 2

    Oui.

  53. Intervenant 1

    Et là, on se rappelle avoir vu un triangle qui ressemblait à ça et qui était rectangle.

  54. Intervenant 2

    C'est ça, on fait lien.

  55. Intervenant 1

    Et donc on déduit que celui qu'on regarde est sûrement rectangle lui aussi.

  56. Intervenant 2

    Mais attendez, c'est...

  57. Intervenant 1

    Risqué.

  58. Intervenant 2

    C'est complètement risqué. Formuler une hypothèse juste parce que ça y ressemble, dans la vraie vie, c'est un énorme biais cognitif. C'est du délit de sale gueule géométrique, presque.

  59. Intervenant 1

    Ah, je retiens l'expression délit de sale gueule géométrique, elle est excellente.

  60. Intervenant 2

    Mais ce n'est pas scientifique, du coup.

  61. Intervenant 1

    Ah, mais la réponse est claire, ce n'est absolument pas scientifique. Ces raisonnements de l'ombre, l'analogie, l'abdiction, ça ne garantit aucune vérité.

  62. Intervenant 2

    Ah, me voilà rassurée.

  63. Intervenant 1

    Ce sont juste des générateurs d'hypothèses, en fait. Ça nous donne la matière première.

  64. Intervenant 2

    Donc ce n'est pas comme un préjugé dans la vie de tous les jours ? Non, parce qu'en mathématiques, on est très conscient que ce n'est qu'une intuition, c'est juste le point de départ.

  65. Intervenant 1

    Il faut la tester après.

  66. Intervenant 2

    Obligatoirement. Une fois l'hypothèse posée, on doit la torturer pour voir si elle tient debout. Et c'est là qu'on sort de l'ombre pour passer aux gros œuvres.

  67. Intervenant 1

    On passe aux fondations du bâtiment.

La suite de la transcription est réservée aux abonnés.

S’abonner

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.