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4 nov. 2020 · 21 min

Répéter pour inventer : le parcours de l’itération en maths

Cet épisode suit l’itération des calculs antiques à la récursivité, puis au chaos et aux arts, pour saisir pourquoi répéter fait avancer les maths.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. À tous ceux qui nous écoutent, un immense merci de nous rejoindre pour cette nouvelle exploration. Alors, dans la vie de tous les jours, on déteste se répéter.

  2. Intervenant 2

    Oh oui, ça c'est clair.

  3. Intervenant 1

    Faire la même chose en boucle, accomplir la même action de manière strictement identique, c'est généralement perçu comme le summum de l'ennui.

  4. Intervenant 2

    La fameuse routine, quoi.

  5. Intervenant 1

    Exactement, la routine, le disque rayé, l'aliénation absolue. Mais aujourd'hui, on va prendre cette idée reçue et on va la retourner complètement.

  6. Intervenant 2

    J'adore quand on fait ça.

  7. Intervenant 1

    N'est-ce pas ? À travers les sources passionnantes de notre dossier du jour, on va découvrir comment cette répétition, qui a l'air un peu abrutissante au premier abord, est en fait la clé pour déverrouiller l'infini.

  8. Intervenant 2

    Oui, parce que quand elle est maniée avec génie, la répétition devient le moteur le plus puissant, le plus mystérieux et vraiment le plus créatif des mathématiques.

  9. Intervenant 1

    Voilà, c'est ce qu'on appelle les processus itératifs. L'objectif de notre plongée aujourd'hui, c'est de comprendre comment une simple répétition de petits calculs, un truc né dans la nuit des temps, a évolué pour au final construire l'informatique moderne, générer des systèmes chaotiques complètement imprévisibles et même inspirer des œuvres d'art hypnotiques.

  10. Intervenant 2

    C'est un sacré programme. Surtout que les mathématiques souffrent très souvent de cette image de discipline un peu figée, tu sais.

  11. Intervenant 1

    Oui, en cimetière de formules.

  12. Intervenant 2

    C'est exactement ça, des formules statiques inscrites à la craie sur un tableau noir poussiéreux. Et l'itération, donc l'art de répéter un processus, ça prouve exactement le contraire.

  13. Intervenant 1

    C'est quelque chose de super vivant.

  14. Intervenant 2

    Ou au fond du mot, vivant. C'est carrément la mécanique qui permet à l'esprit humain de prendre une donnée finie, palpable, et de s'en servir comme d'un tremplin pour atteindre une abstraction vertigineuse. On part d'une simple règle, on l'applique aux résultats précédents, encore et encore, et soudainement, boum, on voit émerger des structures inimaginables.

  15. Intervenant 1

    C'est magique. Mais pour bien saisir cette magie, je pense qu'il faut revenir à la base, bien avant les ordinateurs ou les théories très complexes.

  16. Intervenant 2

    D'accord, remontons le temps.

  17. Intervenant 1

    D'où vient cette idée de processus itératif au juste ? Les sources qu'on a épluchées soulignent que c'est vieux comme le monde. Au fond, même les opérations arithmétiques qu'on apprend à l'école primaire, ce sont des itérations déguisées.

  18. Intervenant 2

    Tout à fait. La multiplication, par exemple, ce n'est rien d'autre qu'une addition que l'on répète un certain nombre de fois.

  19. Intervenant 1

    Oui, cinq fois trois, c'est cinq plus cinq plus cinq.

  20. Intervenant 2

    Voilà. Et l'exponentiation, c'est une multiplication que l'on soumet au même traitement. Mais là où le véritable pouvoir de l'itération antique se révèle, c'est dans la résolution de problèmes géométriques ou algébriques avant l'heure. C'est-à-dire ? Bien avant l'invention de nos systèmes de numération moderne, donc dès l'Antiquité, on trouve des traces de méthodes itératives pour calculer par exemple des racines carrées.

  21. Intervenant 1

    Attends, c'est ce point précis qui mérite qu'on s'y arrête. Comment ils faisaient sans calculatrice, sans même le zéro, avec des systèmes d'écriture qui étaient parfois hyper lourds ? Notre dossier parle d'une précision étonnante pour l'époque.

  22. Intervenant 2

    C'est vrai, la méthode est d'une élégance absolue. Plutôt que d'essayer de trouver la réponse parfaite du premier coup, ce qui est de toute façon souvent impossible, les savants de l'antiquité partaient d'une estimation grossière. Une supposition, en gros. C'est ça. Ensuite, ils appliquaient une suite d'opérations mathématiques à cette estimation pour obtenir un nouveau nombre, un petit peu plus précis. Et c'est là qu'intervient l'itération.

  23. Intervenant 1

    Ils recommençaient.

  24. Intervenant 2

    Exactement. Ils reprenaient ce nouveau nombre et lui appliquaient exactement la même série d'opérations. À chaque boucle, à chaque répétition, la valeur obtenue s'ajustait. Ça rabotait les erreurs, en fait, pour s'approcher de plus en plus de la vérité absolue.

  25. Intervenant 1

    C'est génial ! Donc sans aucun ordinateur, juste en répétant manuellement un algorithme, ils obtenaient des approximations d'une justesse redoutable.

  26. Intervenant 2

    Redoutable, oui.

  27. Intervenant 1

    Décortiquons un peu ça. Si je devais proposer une image, je dirais que faire un calcul classique, c'est comme monter une marche d'escalier. On fait un effort, on arrive au point suivant et c'est terminé. La méthode antique pour la racine carrée, c'est accepter de monter plusieurs marches d'affilée pour atteindre l'étage souhaité. Mais les sources indiquent que le vrai tournant, le moment où l'humanité passe à la vitesse supérieure, ça survient avec les mathématiciens grecs.

  28. Intervenant 2

    Ah les grecs, oui.

  29. Intervenant 1

    Ils ne vont plus se contenter de répéter des opérations sur des nombres.

  30. Intervenant 2

    Non, le sceau conceptuel des Grecs est vraiment monumental. Ils commencent à itérer des raisonnements. C'est-à-dire qu'ils utilisent la répétition d'une démonstration logique pour prouver des vérités qui s'appliquent à l'ensemble infini des nombres entiers.

  31. Intervenant 1

    On ne calcule plus, on démontre.

  32. Intervenant 2

    Voilà. On ne cherche plus la valeur d'une racine carrée spécifique pour un problème d'arpentage sur un champ. Non, on cherche à établir une loi éternelle. L'historien Jean Hitta relève d'ailleurs des prémices de cette mécanique, de ce qu'on appelle le raisonnement par récurrence, dans les fameux éléments d'Euclide.

  33. Intervenant 1

    D'accord. Donc pour garder mon analogie de l'escalier, c'est un peu la différence entre monter soi-même 10 marches en suant à grosses gouttes et concevoir un plan architectural abstrait, une preuve mathématique, qui garantit que l'escalier pourra monter éternellement, marche après marche, sans jamais s'effondrer.

  34. Intervenant 2

    C'est une très belle image.

  35. Intervenant 1

    On ne monte plus l'escalier, on prouve qu'il est infini.

  36. Intervenant 2

    Et cette distinction, elle est fondamentale. Cette idée née chez les Grecs, elle va traverser les siècles pour être pleinement formalisée beaucoup plus tard par Blaise Pascal.

  37. Intervenant 1

    Ah Pascal !

  38. Intervenant 2

    Oui, Pascal va expliciter cette méthode de façon limpide. En gros, pour prouver qu'une propriété est vraie pour tous les nombres entiers, il suffit de prouver qu'elle est vraie pour le chiffre zéro.

  39. Intervenant 1

    La première étape.

  40. Intervenant 2

    C'est ça. Puis de prouver que si elle est vraie pour un nombre quelconque, elle est obligatoirement vraie pour le nombre suivant.

  41. Intervenant 1

    C'est le fameux effet domino,

  42. Intervenant 2

    hein ? Exactement.

  43. Intervenant 1

    On prouve que le premier domino tombe, ensuite on prouve que la distance entre chaque domino garantit que la chute de l'un entraîne la chute du suivant, et avec ces deux simples constats, paf, on vient de prouver qu'une infinité de dominos vont tomber.

  44. Intervenant 2

    Sans même avoir à les observer un par un. C'est puissant. Très puissant.

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