
16 juin 2021 · 14 min
Avant Tangente : le parcours des revues qui l’ont préparée
Cet épisode remonte de Sphinx et du Facteur X aux revues Archimède et à Paradrome, pour suivre comment elles ont préparé la naissance de Tangente.
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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
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Intervenant 1
Bienvenue à toutes et à tous dans le podcast du magazine Tangente. Franchement, imaginez un peu la scène pour commencer. On est au beau milieu des années 70. Un élève de 12 ans rentre de l'école. Il est complètement dépité.
Intervenant 2
Ah ouais, la fameuse journée horrible au collège, on s'en souvient tous.
Intervenant 1
C'est ça. Son prof de maths vient de lui annoncer qu'il fallait oublier les nombres et les petits calculs classiques pour se plonger dans ce qu'on appelait à l'époque la théorie des ensembles.
Intervenant 2
Le cauchemar, c'est abstrait, c'est froid, c'est terrifiant pour un enfant en
Intervenant 1
fait. Exactement. Mais là, en ouvrant la boîte aux lettres en rentrant, cet élève trouve un petit fascicule. Genre un fond de zine, avec des pages juste simplement à graffer. Et à l'intérieur, pas de théorie arête du tout, mais une vraie mission. Il doit déchiffrer un code secret pour sauver un agent imaginaire.
Intervenant 2
Et le plus beau dans tout ça, c'est que sans s'en rendre compte, juste avec sa lampe de poche et un crayon à papier, cet enfant est tout bonnement en train d'apprendre le langage binaire.
Intervenant 1
C'est dingue, non ? C'est vraiment ce paradoxe qui nous réunit pour cette plongée d'aujourd'hui, ce contraste saisissant entre l'aridité de l'institution et cette espèce de rébellion par le jeu.
Intervenant 2
Tout à fait. Et l'idée de notre exploration, ce n'est pas de retracer une chronologie scolaire lisse et ennuyeuse. On va vraiment agir comme des archéologues pour exhumer les racines profondes de ce mouvement.
Intervenant 1
Parce qu'on a tous un peu ce cliché en tête, les mathématiques silencieuses, punitives, avec le bruit de la craie qui crisse sur le tableau noir.
Intervenant 2
Le bruit insupportable, ouais. Mais c'est une image tellement fausse quand on regarde l'histoire de la vulgarisation. On parle quand même de professeurs marginaux, d'éditeurs hyper audacieux, des gens qui ont lutté pour prouver que cette discipline, c'était un objet de pop culture.
Intervenant 1
Un objet de fascination même. Donc on va décortiquer comment cet esprit a survécu, comment il a testé des trucs, parfois échoués d'ailleurs, pour finalement donner naissance à l'ADN de notre culture scientifique actuelle.
Intervenant 2
Et pour bien comprendre l'ampleur de cette mutation, il faut remonter assez loin en fait. À une époque où l'idée même de lier la rigueur des maths au simple divertissement, ça semblait être de la folie pure.
Intervenant 1
Du coup, on pose le décor dans les années 30. C'est là qu'est née une revue pionnière avec un nom qui claque, le magazine
Intervenant 2
Sphinx. Le fameux Sphinx, oui. Édité à Bruxelles sous la direction du mathématicien Maurice Kreitschik. On est en avril 1931 exactement. Et ça fait l'effet d'une bombe dans le milieu.
Intervenant 1
Attendez, je vous arrête une seconde. Les années 30, le milieu scientifique, il est quand même super guindé, non ? Comment on accueille un truc pareil ?
Intervenant 2
Justement, la revue ne proposait pas des colonnes de théorèmes indigestes. Elle s'affichait clairement comme une revue mensuelle des questions récréatives. Krejcik avait compris un truc fondamental sur la cognition.
Intervenant 1
Lequel ?
Intervenant 2
Que l'esprit humain est naturellement attiré par le mystère, par l'énigme en fait.
Intervenant 1
Ouais, l'énigme comme porte d'entrée, sur le papier c'est super séduisant. Mais est-ce que c'était juste genre une curiosité tolérée dans un coin ou une vraie tentative de révolution ?
Intervenant 2
Au tout début, c'était plutôt vu comme une niche excentrique, un exercice de style quoi. La vraie honte de choc, la tentative de toute dynamité de l'intérieur, elle arrive un peu plus tard, dans les années 50.
Intervenant 1
Ah, avec Le Facteur X, j'adore ce nom, lancé en octobre 53, imprimé par Blanchard. C'est un titre de science fiction en pleine guerre froide.
Intervenant 2
C'est clair que ça annonce la couleur. Et ils n'y allaient pas de main morte. Ils ont publié 99 numéros jusqu'en 1964. Mais
Intervenant 1
le truc qui saute aux yeux quand on lit leurs archives, c'est leur slogan. Une audace totale. Ils promettaient des mathématiques, je cite, « illustrées de façon souriante ». Parler de géométrie souriante en 1953, c'est presque de la provocation, non ?
Intervenant 2
Oh mais c'était de la provocation assumée. Et très réfléchie. La rupture majeure du Factor X, c'était son approche complètement décloisonnée. Faut s'imaginer qu'à l'époque, l'école c'était des silos hermétiques.
Intervenant 1
Chacun dans sa case quoi.
Intervenant 2
Exactement.
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