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26 août 2021 · 6 min

Quand résoudre devient impossible : l’approche qualitative

Dans cet épisode, suivez le détour de Sturm à Poincaré : compter des racines, puis étudier les propriétés d’équations que l’on ne sait pas résoudre.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans cette nouvelle exploration, le podcast du magazine Tangente. C'est vraiment fascinant de se dire qu'il est parfois mathématiquement impossible de résoudre une équation.

  2. Intervenant 2

    Ah oui, tout à fait. Et ce n'est pas par manque d'outils ou de technologie.

  3. Intervenant 1

    C'est ça. Ce sont les lois mêmes des maths qui l'interdisent en fait. C'est le mur absolu auquel se sont heurtés pas mal de mathématiciens du 19e siècle. Et en parcourant le récent dossier Tangente sur l'approche qualitative, on découvre comment ces chercheurs ont contourné cet obstacle.

  4. Intervenant 2

    Exactement. C'est un basculement majeur. On passe vraiment d'une quête obsessionnelle de la valeur chiffre et précise à une compréhension beaucoup plus globale du comportement d'un problème.

  5. Intervenant 1

    Ouais, pas en forçant le calcul exact, mais en changeant complètement de regard. Pour bien visualiser, c'est un peu comme chercher un objet perdu dans une maison plongée dans le noir absolu.

  6. Intervenant 2

    C'est une super métaphore, oui.

  7. Intervenant 1

    Tenter de trouver ses coordonnées exactes du premier coup, c'est l'approche quantitative. C'est le Graal, mais c'est souvent peine perdue.

  8. Intervenant 2

    Et c'est là qu'intervient l'approche qualitative du coup. Si on ne peut pas avoir les coordonnées exactes, on va au moins déterminer avec certitude dans quelle pièce se trouve cet objet.

  9. Intervenant 1

    Voilà.

  10. Intervenant 2

    C'est un peu comme inventer une lampe torche qui, au lieu d'éclairer l'objet lui-même, va illuminer l'encadrement de la porte de la pièce où il se cache.

  11. Intervenant 1

    Historiquement, cette fameuse lampe torche a été inventée pour un obstacle très précis. Au lycée, on apprend tous à trouver les racines d'un polynôme du second degré.

  12. Intervenant 2

    Avec une formule bien carrée que beaucoup ont dû apprendre par cœur, oui.

  13. Intervenant 1

    Mais la difficulté explose très très vite, au point qu'à partir du cinquième degré, il n'y a plus aucune formule générale. Le calcul explicite est complètement bloqué.

  14. Intervenant 2

    Et c'est face à cette impasse qu'un jeune mathématicien, Jacques-Charles-François Sturm, va proposer une astuce géniale. Au début du XIXe siècle. Il a 26 ans à ce moment-là.

  15. Intervenant 1

    À tout jeune.

  16. Intervenant 2

    Oui. Et puisqu'il est techniquement impossible de calculer la valeur de ses racines, il trouve le moyen de compter combien il y a de racines réelles entre deux limites.

  17. Intervenant 1

    Attendez, mais concrètement, comment on peut compter des solutions qu'on n'est même pas capable de calculer ? Ça semble presque magique dit comme ça.

  18. Intervenant 2

    Il n'y a pas de magie, juste une suite d'opérations particulièrement ingénieuses. En gros, Sturm crée une séquence de nouveaux polynômes qui sont dérivés de l'équation initiale.

  19. Intervenant 1

    D'accord.

  20. Intervenant 2

    Et en évaluant ces polynômes aux bornes choisies, il lui suffit d'observer les changements de signes. Quand on passe d'un résultat positif à un résultat négatif…

  21. Intervenant 1

    Je comprends le mécanisme.

  22. Intervenant 2

    Voilà. Et le nombre de ces alternances donne le nombre exact de racines qui sont présentes dans cet intervalle.

  23. Intervenant 1

    Donc, on ignore si la racine c'est 4,2 ou 4,8, mais on sait avec une certitude absolue qu'il y en a exactement une entre 4 et 5.

  24. Intervenant 2

    C'est tout à fait le principe, oui.

  25. Intervenant 1

    Et une fois qu'on a isolé cette fameuse pièce, on peut lancer des algorithmes pour fouiller la zone avec précision. On déblaye en qualitatif pour finir en quantitatif.

  26. Intervenant 2

    On isole le problème pour mieux le dompter ensuite.

  27. Intervenant 1

    Donc la méthode de Sturm règle la question pour des équations qu'on va dire statiques. Mais si on applique cette logique à la nature, ou pire, à l'astrophysique ?

  28. Intervenant 2

    Ah oui, avec des planètes en mouvement constant.

  29. Intervenant 1

    Voilà, ça donne le vertige quoi. Comment une telle approche peut fonctionner quand tout bouge en permanence ?

  30. Intervenant 2

    Ce saut conceptuel vertigineux, c'est Henri Poincaré qui l'accomplit. Il s'attaque aux équations différentielles, celles qui dictent le ballet des astres.

  31. Intervenant 1

    C'est encore plus complexe ?

  32. Intervenant 2

    Beaucoup plus. Prédire la position millimétrée de trois corps célestes en interaction sur le long terme, c'est rigoureusement impossible à cause de leur perturbation mutuelle. Mais au lieu de baisser les bras, Poincaré invente la géométrie qualitative.

  33. Intervenant 1

    Mais attendez, si on n'a pas les coordonnées exactes d'une planète, c'est quand même dangereux, non ? Comment il peut affirmer qu'il vaut mieux étudier les équations sans chercher la position précise de l'astre ?

  34. Intervenant 2

    Parce qu'à long terme, connaître une position à la seconde près n'a aucune utilité si le système s'effondre

  35. Intervenant 1

    demain. Point

  36. Intervenant 2

    carré démontre qu'il est infiniment plus crucial d'étudier l'allure des trajectoires. Est-ce que les orbites sont stables ? Est-ce que les planètes risquent de s'écraser les unes sur les autres ? Il étudie les propriétés globales.

  37. Intervenant 1

    En gros, on arrête de scruter les pas de danse individuels pour vérifier si la chorégraphie globale va se terminer en catastrophe ou non.

  38. Intervenant 2

    C'est exactement l'idée. Et l'esprit de Poincaré va pousser cette logique bien au-delà des orbites. Il applique ça à l'étude des formes géométriques elles-mêmes, en regardant ce qui résiste quand on déforme une figure.

  39. Intervenant 1

    Quand on la déforme, c'est-à-dire qu'on la tord, on l'étire.

  40. Intervenant 2

    C'est ça. Si on prend un objet en pâte à modeler, on peut l'étirer ou le compresser. La seule règle stricte, c'est de ne pas le déchirer et de ne pas fusionner deux parties distinctes.

  41. Intervenant 1

    D'accord, mais si je prends une sphère parfaite et que je l'écrase pour en faire une galette, c'est plus du tout le même objet. Quelles propriétés mathématiques peuvent bien survivre à un truc pareil ?

  42. Intervenant 2

    Eh bien, le nombre de trous dans l'objet, par exemple, ça reste totalement invariable.

  43. Intervenant 1

    Des trous ?

  44. Intervenant 2

    Oui, c'est l'exemple classique. Pour ce type de géométrie, une tasse à café avec une anse et un donut, eh bien c'est fondamentalement la même forme.

  45. Intervenant 1

    Ah, parce qu'il y a un trou dans l'anse et un trou au milieu du donut.

  46. Intervenant 2

    Exactement. On peut déformer la tasse pour qu'elle devienne un donut sans rien déchirer. C'est cette abstraction spectaculaire qui donne naissance à la topologie algéboloque.

  47. Intervenant 1

    C'est brillant d'arriver à relier la forme d'une équation à celle d'un objet physique comme ça.

  48. Intervenant 2

    En fin de compte, ce que nous montre cette histoire, c'est que lorsque la porte du calcul exact est verrouillée à double tour, le qualitatif offre la fenêtre de secours indispensable. C'est en acceptant de perdre en précision immédiate que les mathématiques ont gagné en compréhension profonde.

  49. Intervenant 1

    Un détour intellectuel bien plus fertile que la simple laine droite effectivement. Ce qui nous laisse d'ailleurs sur une réflexion vertigineuse pour clore ce sujet. Si renoncer à la quête de l'exactitude absolue a permis d'étudier la stabilité du cosmos, cette philosophie ne serait-elle pas la clé pour mieux appréhender les systèmes chaotiques de notre monde moderne ?

  50. Intervenant 2

    Comme l'économie ou les mouvements sociaux, par exemple ?

  51. Intervenant 1

    Absolument. Mieux vaut sans doute avoir la certitude de la pièce dans laquelle on se trouve, plutôt que de rester figé dans l'obscurité en cherchant la coordonnée parfaite.

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