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23 août 2021 · 22 min

Henri Poincaré : comment un mathématicien a-t-il relié les sciences ?

Dans ce podcast, suivez son parcours des équations et du problème des trois corps à la topologie, à la physique et à la philosophie.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue à toutes et à tous dans le podcast du magazine Tangente. Je suis super ravie de vous accueillir aujourd'hui pour une nouvelle immersion. On va ouvrir un dossier franchement passionnant et plonger dans l'esprit d'une figure historique absolument hors norme.

  2. Intervenant 2

    Oui, bonjour à l'auditoire. Et tu pèses tes mots, c'est vraiment un profil hors du commun.

  3. Intervenant 1

    Ah mais totalement ! Pour que tout le monde se figure un peu la scène, imaginez, on est à la fin du XIXe siècle, le roi de Suède offre une récompense colossale, une vraie fortune, à quiconque pourra prouver avec des maths que notre système solaire est parfaitement stable.

  4. Intervenant 2

    Le fameux concours du roi Oscar II, ouais.

  5. Intervenant 1

    C'est ça, et donc la communauté scientifique, elle s'attend à quoi ?

  6. Intervenant 2

    À une belle équation bien rassurante. Sauf que l'homme qui remporte ce prix, il ne prouve pas du tout les stabilités. Au contraire, il découvre presque par accident que l'univers est fondamentalement chaotique et imprévisible.

  7. Intervenant 1

    C'est un retournement de situation incroyable, lui.

  8. Intervenant 2

    C'est fou, hein ? Et cet homme, c'est Henri Poincaré. Il a vécu de 1854 à 1912. Et notre mission aujourd'hui, c'est de comprendre comment un seul esprit a pu littéralement révolutionner presque tous les domaines scientifiques de son époque.

  9. Intervenant 1

    Le terme révolutionnaire est vraiment juste. Les sources qu'on va analyser aujourd'hui, elles dressent le portrait de celui qu'on appelle souvent le dernier grand savant universel.

  10. Intervenant 2

    Le dernier, carrément. Ouais, c'est ça. On parle d'un génie de la trempe d'un Carl Friedrich Gauss, tu vois. Le genre de personne qui n'était pas seulement mathématicien, mais aussi physicien, ingénieur, astronome et même philosophe.

  11. Intervenant 1

    C'est une richesse intellectuelle qui semble presque irréelle aujourd'hui en fait. Surtout à l'heure où la science est vachement hyper spécialisée.

  12. Intervenant 2

    Complètement. C'est très rare de nos jours d'avoir une telle vue d'ensemble.

  13. Intervenant 1

    Et c'est justement ça qui rend notre exploration si captivante. On parle de quelqu'un qui a anticipé la théorie du chaos bien avant l'heure, qui a préparé le terrain pour la relativité d'Einstein, qui a inventé une branche entière de la géométrie.

  14. Intervenant 2

    Rien que ça.

  15. Intervenant 1

    Oui, et qui a même joué un rôle hyper important basé uniquement sur la rigueur mathématique dans l'affaire Dreyfus. Mais bon, avant d'arriver à ces moments historiques, je pense qu'il faut qu'on comprenne sa méthode. Comment est-ce que l'esprit d'un tel génie fonctionne face à un mur mathématique totalement insurmontable ?

  16. Intervenant 2

    C'est une super question. Et ce qui est fascinant avec Poincaré, c'est sa manière de refuser le mur en fait.

  17. Intervenant 1

    Comment ça il le refuse ?

  18. Intervenant 2

    Pour comprendre ça, il faut regarder un peu sa formation. Il naît à Nancy en 1854 et c'est vraiment le pur produit de l'excellence académique française. Il sort major de polytechnique, il intègre l'école des mines et il bosse même comme ingénieur pendant qu'il rédige sa thèse.

  19. Intervenant 1

    D'accord, un parcours sans faute quoi.

  20. Intervenant 2

    Exactement. Et cette thèse qu'il soutient en 1879, c'est là qu'il pose la première grosse pierre de son édifice intellectuel. Il lance ce qu'on appelle la théorie qualitative des équations différentielles.

  21. Intervenant 1

    Alors attends, qualitatif et équation dans la même phrase, ça sonne presque comme un paradoxe non ? Parce que d'habitude on perçoit les maths comme la science ultime du calcul exact, de la quantité très précise.

  22. Intervenant 2

    Ouais, c'est vrai que ça surprend.

  23. Intervenant 1

    Du coup, ça veut dire quoi une approche qualitative dans ce contexte ?

  24. Intervenant 2

    En fait, jusqu'à l'arrivée de Poincaré, quand les mathématiciens faisaient face à une équation différentielle donc, un outil pour décrire l'évolution d'un système dans le temps, genre un pendule qui balance ou une température qui baisse, leur but ultime c'était de la résoudre de manière analytique et exacte. Voilà, il fallait trouver la formule qui te donne la position exacte à n'importe quel instant t. Sauf que Poincaré se rend compte super vite que pour la grande majorité des équations un peu complexes, c'est mathématiquement impossible de trouver cette solution exacte.

  25. Intervenant 1

    Ah ouais, donc il s'acharnette au rien en fait.

  26. Intervenant 2

    C'est un peu ça. Du coup, au lieu de s'obstiner vainement, il change de paradigme. Il se dit, OK, on ne peut pas calculer la position exacte, alors on va étudier au comportement global des solutions.

  27. Intervenant 1

    Ah, je vois. Essayons de visualiser le truc. Si on dit que l'équation représente l'écoulement d'une rivière super tumultueuse, l'approche classique, ce serait de calculer la trajectoire exacte d'une seule goutte d'eau qui rebondit sur chaque rocher, ce qui est impossible.

  28. Intervenant 2

    Ouais, totalement impossible.

  29. Intervenant 1

    Alors, que la méthode de Poincaré, ce serait plutôt de s'élever en hélicoptère, de regarder la forme globale de la vallée et dire bon, peu importe le chemin exact de cette goutte, au millimètre près, je suis sûr que l'eau finira dans l'océan. C'est ça l'idée.

  30. Intervenant 2

    L'image est vraiment très bonne. Mais il faut quand même la préciser pour voir à quel point c'est puissant mathématiquement. Parce que Poincaré, il ne se contente pas de dire que l'eau finit dans l'océan.

  31. Intervenant 1

    Il fait quoi de plus ?

  32. Intervenant 2

    Il invente littéralement des outils pour cartographier les courants invisibles de cette rivière. Il identifie mathématiquement des zones qu'il appelle des nœuds, des cols, des foyers.

  33. Intervenant 1

    D'accord, donc il repère un peu les tourbillons et les courants dominants quoi.

  34. Intervenant 2

    Exactement. Il repère ce qui attire le flux et ce qu'il repousse. En fait, il trace la géométrie du mouvement global. Et c'est cette capacité dingue à voir des structures géométriques, là où les autres ne voyaient que des lignes de calcul interminables, qui va l'amener à une autre découverte vertigineuse.

  35. Intervenant 1

    Laquelle ?

  36. Intervenant 2

    Les fonctions fuchsiennes.

  37. Intervenant 1

    Oula, les fonctions fuchsiennes, ça, ça sonne incroyablement pointu comme terme. C'est quoi concrètement et pourquoi c'est si important ?

  38. Intervenant 2

    Alors aujourd'hui, on les appelle plutôt les fonctions automorphes. Mais pour faire simple, imagine une fonction mathématique qui a un niveau de symétrie extraordinaire.

  39. Intervenant 1

    D'accord, comme un flocon de neige.

  40. Intervenant 2

    Encore plus complexe. Si tu lui appliques une transformation super tordue, elle retombe pile poil sur elle-même. C'est un peu comme, tu vois les motifs répétitifs dans un kaléidoscope ?

  41. Intervenant 1

    Ah oui, avec les miroirs à l'infini.

  42. Intervenant 2

    Voilà. Ou encore mieux, les fameuses gravures de M.C. Escher. Tu sais, celles avec des anges et des démons qui s'emboîtent parfaitement et qui deviennent de plus en plus petits au fur et à mesure qu'on s'approche du bord d'un disque.

  43. Intervenant 1

    Ah oui, je vois tout à fait ces images. Les motifs qui se multiplient à l'infini en rapetissant vers les bords, ça donne un peu le vertige.

  44. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Eh ben, ces pavages visuels, c'est la représentation de ce que Poincaré a formalisé avec ses maths. Mais son éclair de génie ne s'arrête pas là.

  45. Intervenant 1

    Il a trouvé autre chose quand

  46. Intervenant 2

    même. Ouais. Il réalise que ces symétries infinies, elles ne rentrent pas du tout de façon logique dans notre géométrie classique. La géométrie euclidienne, tu sais, celle des plans bien plats qu'on apprend tous à l'école.

  47. Intervenant 1

    Ouais, Pythagore et compagnie.

  48. Intervenant 2

    C'est ça. Par contre, il découvre qu'elle s'intègre à la perfection dans une géométrie courbe.

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