
16 nov. 2021 · 16 min
Lagrange : quand les équations conduisent vers les groupes
Suivez le parcours de Lagrange : du degré 4 aux permutations des racines, puis à l’obstacle du degré 5 et aux groupes de substitutions.
Collections de cet épisode (9)
Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?
Transcription
Afficher la transcriptionMasquer la transcription
Transcription automatique
Intervenant 1
Bienvenue dans cette nouvelle exploration en profondeur, le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on plonge dans un truc, enfin, un mystère mathématique qui a plus de 250 ans.
Intervenant 2
Salut Sam.
Intervenant 1
Oui, un vrai thriller intellectuel, carrément.
Intervenant 2
C'est vraiment ça. Imaginez un peu le scénario. On découvre un passe-partout forgé avec une telle perfection qu'il ouvre sans aucun effort les quatre premières serrures d'un vieux coffre-fort.
Intervenant 1
Ouais, le rêve.
Intervenant 2
Sauf que, au moment d'insérer cette même clé parfaite dans la cinquième serrure, elle se bloque. Et pire encore, elle modifie instantanément toute la mécanique de la porte pour la rendre encore plus complexe.
Intervenant 1
C'est une excellente métaphore. Et le mot casse-tête est même un peu faible pour décrire ce qui s'est
Intervenant 2
passé. Cette histoire, ça rassemble une énigme de plusieurs siècles, une logique implacable et surtout un dénouement tellement inattendu qu'il a littéralement redessiné tout le paysage des mathématiques modernes.
Intervenant 1
Et c'est là que ça devient fascinant pour notre audience. Notre point de départ aujourd'hui, c'est un document historique monumental.
Intervenant 2
Le mémoire de Joseph-Louis Lagrange.
Intervenant 1
Exactement. Présenté en 1770, élu à l'Académie des sciences l'année suivante. Ça s'intitule « Réflexions sur la résolution algébrique des équations ».
Intervenant 2
Un titre très
Intervenant 1
sobre. Très sobre. Mais on va voir comment la volonté obstinée de résoudre une simple équation a, presque par accident, donné naissance à l'un des concepts les plus puissants de la science d'aujourd'hui.
Intervenant 2
C'est ça. Et pour vraiment mesurer l'onde de choc de ce mémoire, il faut faire un petit pas en arrière. Il faut bien voir le mur gigantesque devant lequel les scientifiques de l'époque se trouvaient.
Intervenant 1
Le contexte historique quoi.
Intervenant 2
Voilà. Au XVIIIe siècle, les mathématiciens vivaient un peu dans l'ombre d'un héritage énorme. Depuis le XVIe siècle, grâce à des savants italiens brillants, des gens comme Cardan ou Tartaglia, on savait résoudre les équations de degré 3 et de degré 4.
Intervenant 1
Attends, juste pour être clair, quand on dit résoudre, on parle bien de trouver une formule générale.
Intervenant 2
Exactement.
Intervenant 1
Une sorte de recette universelle où on prend nos coefficients de départ, on fait des additions, des multiplications, on extrait des racines carrées ou cubiques et paf, on a nos solutions.
Intervenant 2
C'est tout à fait ça, c'est ce qu'on appelle la résolution par radicaux. Le problème, c'est que depuis cette époque dorée de la Renaissance, c'était le silence radio total.
Intervenant 1
Plus rien.
Intervenant 2
Plus rien du tout. Pendant plus de 200 ans, tous les esprits les plus brillants d'Europe se cassaient les dents sur le degré 5. Et le malaise, ce n'était pas seulement cet échec.
Intervenant 1
Ah bon ? Et c'était quoi d'autre ?
Intervenant 2
Ça venait de la nature même des méthodes qu'on connaissait pour les degrés 3 et 4. Lagrange le dit de manière hyper transparente dans son introduction.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Les méthodes de Cardan, elles avaient un problème.
Intervenant 1
Bah, elles tenaient presque du miracle calculatoire en fait.
Intervenant 2
Genre du bricolage génial.
Intervenant 1
Carrément. On posait des changements de variables très astucieux, on substituait des trucs, et par une succession de coïncidences heureuses, l'équation finissait par se simplifier. Ok, ça marchait, mais on savait pas du tout pourquoi cette magie opérait, c'est ça.
Intervenant 2
C'est exactement ça.
Intervenant 1
C'est un peu comme si Cardan avait trouvé comment forcer une serrure juste en la secouant dans le bon angle quoi. Et Lagrange y débarque en disant non, j'arrête de secouer des portes au hasard.
Intervenant 2
Voilà.
Intervenant 1
Il veut démonter le mécanisme, examiner tous les engrenages et comprendre l'ingénierie interne de toutes les serrures de l'univers en gros.
Intervenant 2
C'est une super façon de le formuler. Son ambition dépasse largement le degré 5. Il cherche vraiment à unifier les mathématiques. Il veut réduire à des principes généraux toutes ces petites astuces du passé.
Intervenant 1
Donc il cherche le pourquoi et non plus juste le comment. C'est d'une modernité folle quand on y pense.
Intervenant 2
Absolument. Et pour faire ça, il va adopter un angle d'attaque complètement inédit. Plutôt que de regarder l'équation de face, il va se concentrer sur le comportement de ses racines.
Intervenant 1
Les racines, donc les solutions cachées qu'on cherche à trouver.
Intervenant 2
Oui. Et son principe de base est vertigineux. Il se dit que se passe-t-il si je prends ces racines, même si je ne les connais pas encore, et que je commence à les manipuler ?
Intervenant 1
Attends, il manipule des trucs qu'il ne connaît pas ?
Intervenant 2
Exactement. Il les additionne, il les multiplie entre elles selon des motifs très très précis pour construire de nouvelles expressions mathématiques.
Intervenant 1
Et le but final de tout ça, c'est de trouver ce qu'on appelle une équation résolvante, c'est bien ça ?
Intervenant 2
Tout à fait.
Intervenant 1
Donc l'idée, c'est de créer une nouvelle équation, fabriquée avec les pièces de l'ancienne, mais d'un degré inférieur. Genre, pour résoudre le degré 4, j'essaye de fabriquer un problème équivalent, mais de degré 3.
Intervenant 2
C'est la stratégie parfaite, puisqu'on connaît déjà la méthode infaillible pour le degré 3, le tour est joué.
Intervenant 1
D'accord, mais la grande question du coup, c'est comment on force une équation de degré 4 à accoucher d'une équation de degré 3 ?
Intervenant 2
Et c'est là que Lagrange fait intervenir la notion clé de tout ce mémoire, le concept de permutation.
Intervenant 1
Ok, là il faut qu'on décortique un peu la mécanique.
La suite de la transcription est réservée aux abonnés.
S’abonnerÀ écouter ensuite
Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.

17 nov. 2021 · 16 min

18 mai 2022 · 16 min

19 mai 2022 · 26 min

19 févr. 2024 · 21 min

21 févr. 2024 · 5 min

14 mai 2019 · 11 min