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18 mai 2022 · 16 min

Avant Galois, qu’avait préparé Cauchy pour les groupes ?

Cet épisode audio remonte des permutations aux substitutions pour révéler, étape après étape, la contribution sous-estimée de Cauchy aux groupes.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Pour commencer aujourd'hui, le postulat de départ est vraiment digne d'un roman de mystère.

  2. Intervenant 2

    Ah oui, un vrai thriller mathématique.

  3. Intervenant 1

    C'est ça. Imaginons un instant qu'on possède le plan exact, la clé mathématique absolue, pour résoudre une énigme vieille de plusieurs millénaires. Un truc sur lequel les plus grands esprits se cassent les dents.

  4. Intervenant 2

    Le genre de problème qui rend fou.

  5. Intervenant 1

    Exactement. Et là, on dépose la preuve décisive sur un bureau, on demande formellement une évaluation, et la réaction, c'est un silence total. Le document est purement et simplement ignoré.

  6. Intervenant 2

    C'est juste insensé quand on y pense.

  7. Intervenant 1

    Totalement insensé. Eh bien aujourd'hui, notre exploration plonge au cœur de ce paradoxe, avec le cas d'Augustin-Louis Cauchy. L'objectif, en fait, c'est de réhabiliter ce génie absolu. C'est l'un des mathématiciens les plus prolifiques de l'histoire, mais paradoxalement, c'est le grand oublié quand on parle de la théorie des groupes.

  8. Intervenant 2

    Ouais, et la mission de notre discussion aujourd'hui repose sur un point hyper fascinant qui ressort vraiment de toutes nos sources. En fait, Cauchy a forgé les outils qui ont carrément révolutionné l'algèbre moderne. Mais, et c'est ça le truc dingue, il l'a fait en tournant sciemment le dos au problème mathématique star de son époque.

  9. Intervenant 1

    Le fameux problème de la résolution des équations algébriques, c'est ça ?

  10. Intervenant 2

    Ouais, exactement. C'est une trajectoire invraisemblable. On va y croiser des fulgurances théoriques, un exil politique totalement ubuesque, une indifférence glaciale envers la nouvelle génération et, in fine, un basculement total de la manière dont on conçoit les maths.

  11. Intervenant 1

    Et pour bien saisir l'ampleur de ce décalage, je pense qu'il faut replanter un peu le décor. On est dans les années 1770. Et là, la communauté mathématique est face à un mur énorme. Un très gros mur, oui. Parce que, depuis la Renaissance, on sait résoudre les équations du troisième et du quatrième degré. Tu sais, avec ces formules hyper compliquées qui impliquent des racines. Ouais, des trucs interminables à écrire ! C'est ça. Mais l'équation du cinquième degré, la fameuse équation quintique, elle résiste à tout le monde. C'est un peu le Pierrot, quoi. Et pour tenter d'y voir clair, des figures comme Edward Waring, Alexandre Théophile Vandermonde et surtout Joseph-Louis Lagrange commencent à regarder un truc nouveau.

  12. Intervenant 2

    Ils regardent comment les solutions potentielles de ces équations peuvent être réarrangées entre elles, non ?

  13. Intervenant 1

    Tout à fait. Ils étudient ce qu'on appelle les permutations.

  14. Intervenant 2

    Et d'ailleurs, la logique de Lagrange est brillante pour l'époque. Il comprend que la clé ne se trouve pas dans le calcul brut, mais vraiment dans la symétrie.

  15. Intervenant 1

    D'accord, la symétrie, c'est-à-dire ?

  16. Intervenant 2

    En gros, la question, c'est comment l'équation réagit. Lagrange pressent que c'est en étudiant l'architecture de ces permutations qu'on pourra trouver la formule générale de résolution.

  17. Intervenant 1

    Ah, donc il pose un peu les toutes premières briques de cet édifice conceptuel.

  18. Intervenant 2

    Voilà, c'est majeur. Mais le chantier stagne complètement.

  19. Intervenant 1

    Jusqu'en 1799, c'est ça ?

  20. Intervenant 2

    Avec Paolo Ruffini.

  21. Intervenant 1

    Ouais, un médecin et mathématicien italien. Lui, il tente un renversement total. Au lieu de chercher la formule pour le cinquième degré, il essaie de prouver qu'elle n'existe tout simplement pas. Que c'est impossible de résoudre ça avec les méthodes classiques.

  22. Intervenant 2

    C'est osé comme approche.

  23. Intervenant 1

    Très osé.

  24. Intervenant 2

    Et sa démarche préfigure véritablement la notion abstraite de groupe. Il s'appuie sur les propriétés de ce qu'il appelle l'ensemble des permutations.

  25. Intervenant 1

    Mais alors, pourquoi Ruffini n'a pas raflé toute la mise ?

  26. Intervenant 2

    Le problème, c'est que sa démonstration s'étend sur des centaines de pages qui sont particulièrement obscures. Aïe. Et surtout, elle est fondamentalement incomplète. Tu vois, il veut prouver une impossibilité. Ce qui exige de démontrer qu'aucune formule imaginable ne peut fonctionner.

  27. Intervenant 1

    C'est le genre de preuve le plus dur à faire en maths.

  28. Intervenant 2

    Exactement. Or, il présuppose sans le prouver que les expressions mathématiques intermédiaires doivent forcément s'écrire comme des fractions rationnelles des racines. Du coup, la communauté de l'époque sent bien qu'il manque un maillon logique. L'outil mathématique pour analyser ces permutations manque de tranchants.

  29. Intervenant 1

    Et c'est précisément là que l'histoire devient fascinante. Parce que pendant que tout le monde s'acharne sur ces équations polynomiales, Cauchy entre dans l'arène, mais attention, par une porte dérobée. Mais pour des questions de théorie des nombres. Il étudie comment les fonctions se comportent quand on en mélange les variables. Vraiment pour la beauté pure de la structure, quoi.

  30. Intervenant 2

    Ouais, ça ne l'intéresse pas de résoudre le problème de tout le monde.

  31. Intervenant 1

    Voilà. En fait, si on cherche une analogie, c'est l'équivalent d'un ingénieur qui met au point le moteur d'une Formule 1 ultra sophistiquée, alors que son but initial, c'était juste d'améliorer une tondeuse à gazon. C'est

  32. Intervenant 2

    une

  33. Intervenant 1

    excellente métaphore.

  34. Intervenant 2

    Il conçoit l'outil parfait pour un problème qui ne l'intéresse même pas, en fait.

  35. Intervenant 1

    C'est complètement fou.

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