
19 sept. 2019 · 24 min
Poteries : comment bâtir une chronologie archéologique ?
Dans cet épisode audio, suivez la construction de cinq étapes céramiques, puis leurs datations probabilistes qui se chevauchent.
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Intervenant 1
Imaginons un instant qu'on creuse la terre, on donne un coup de pelle et là on tombe sur un vase en
Intervenant 2
argile.
Intervenant 1
Et bien sûr, rien n'est écrit dessus. Pas de date de péremption, pas de code-barres. Et à 50 cm près dans le sol, ce vase pourrait dater de l'Empire romain comme du Moyen Âge.
Intervenant 2
C'est tout le problème, oui.
Intervenant 1
Et pendant très longtemps, l'archéologie s'est vraiment battue avec cette question vertigineuse du temps. Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis ravi de vous retrouver pour cette nouvelle plongée au cœur de nos sources où l'on va explorer en fait comment les mathématiques viennent aujourd'hui au secours de l'histoire.
Intervenant 2
Bonjour ! Et oui, c'est une rencontre assez inattendue entre la poussière des fouilles et la rigueur des chiffres.
Intervenant 1
Complètement inattendu, l'article sur lequel on se penche aujourd'hui s'inticule très sobrement la chronologie. Et notre mission, ça va être de comprendre comment des statistiques très avancées transforment ces simples vestiges en une vraie ligne du temps rigoureuse. Bon, décortiquons tout ça.
Intervenant 2
Avec plaisir.
Intervenant 1
Commençons par le problème de base. Quand on déterre un objet ou disons les fondations d'un mur, l'enjeu immédiat, ce n'est pas forcément de savoir à quoi ça servait, mais d'abord de savoir quand est-ce que ça a existé.
Intervenant 2
C'est vraiment le nerf de la guerre. L'archéologie, en fait, c'est une tentative constante d'inscrire des fragments matériels dans un cadre chronologique. Et traditionnellement, la toute première étape face à un objet, c'est de regarder son contexte immédiat.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Eh bien, sa profondeur, les autres trouvailles qui l'entourent. C'est ce qu'on appelle le domaine de la chronologie relative. Le terrain va dicter une logique spatiale. En gros, si une couche de cendre recouvre les ruines d'une maison, l'incendie s'est forcément produit après la construction de la maison. C'est le principe de la stratigraphie.
Intervenant 1
Ah oui, c'est logique. On cherche donc à créer une sorte de suite, un ordre d'apparition. On ne sait pas en fait si la maison a été construite en l'an 100 ou en l'an 500, mais on sait avec certitude qu'elle est plus ancienne que la cendre.
Intervenant 2
Exactement. C'est une chronologie sans chiffres.
Intervenant 1
J'aime bien voir ça comme le visionnage d'une saga cinématographique. Vous
Intervenant 2
voyez. Oui, je vois tout à fait.
Intervenant 1
La chronologie relative, c'est comme essayer de déduire l'ordre des films de la saga uniquement en analysant l'intrigue ou les cicatrices des personnages ou la technologie qu'ils utilisent. Le tout sans jamais avoir accès aux dates de sortie en salle.
Intervenant 2
C'est une excellente analogie. Ça illustre parfaitement la frustration qui accompagne cette méthode. On a bien l'histoire, on comprend l'évolution, mais il nous manque totalement l'échelle temporelle.
Intervenant 1
Et donc, pour avoir cette échelle, on passe à l'autre méthode, c'est ça ?
Intervenant 2
Oui, l'autre versant, c'est évidemment la chronologie absolue. Pour filer votre métaphore du cinéma, ce serait simplement retourner le boîtier du DVD pour lire l'année de production au dos.
Intervenant 1
Ah, ce serait tellement plus simple en archéologie de juste retourner le caillot.
Intervenant 2
C'est clair. Parfois, on a une chance inouïe. On tombe sur une pièce de monnaie frappée d'une année précise ou une inscription. Mais le plus souvent, on s'en remet au laboratoire.
Intervenant 1
Le fameux carbone 14.
Intervenant 2
Voilà, le radiocarbone ou encore des techniques comme la thermoluminescence. Ce sont ces méthodes qui vont nous donner un temps quantifié des années réelles.
Intervenant 1
Sauf que, en lisant l'article, on comprend vite qu'il y a un hic. Ces analyses de labo, elles ont leurs propres limites, non ?
Intervenant 2
Tout à fait.
Intervenant 1
Le carbone 14, par exemple, ça donne pas une année exacte genre mardi 4 avril de l'an 400. Ça donne une fourchette, une estimation avec une grosse marge d'erreur. Et surtout, il faut de la matière organique, c'est ça ?
Intervenant 2
C'est la limite principale. Si on fouille un site qui ne contient que des morceaux de poterie cuite et absolument aucun ossement ou résidus de charbon, eh bien on a strictement rien à dater de manière absolue.
Intervenant 1
Rien du tout. Zéro chiffre.
Intervenant 2
Zéro. Et ça, c'est le grand vide auquel les chercheurs sont confrontés tous les jours sur le terrain.
Intervenant 1
Et comment ils faisaient, du coup, avant les mathématiques modernes dont on va parler ?
Intervenant 2
Ce qui est fascinant ici, c'est de voir comment ces deux approches, relatives et absolues, ont longtemps vécu en parallèle. Face à ce vide absolu, la tentation historique, ça a souvent été de procéder par analogie culturelle.
Intervenant 1
C'est-à-dire faire des comparaisons ?
Intervenant 2
Voilà, on observe un type de poterie. On se dit tiens, ça ressemble vaguement à ce que faisait une civilisation voisine dont on connaît mieux les dates. Et hop, on calque cette chronologie sur notre découverte.
Intervenant 1
Oula, ça paraît
Intervenant 2
un peu risqué. Très risqué. On s'en remet à des traditions de datation qui se transmettent de génération en génération de chercheurs. Et au final, ça crée un château de cartes extrêmement fragile parce qu'on déconnecte la datation des réalités physiques de notre terrain.
Intervenant 1
Donc, si je résume, on se retrouve avec deux systèmes imparcés. D'un côté, une chronologie relative très solide, très riche en contexte, mais complètement muette sur les dates chiffrées. Et de l'autre, des datations absolues qui donnent des chiffres, mais avec des incertitudes lourdes ou qui sont parfois juste impossibles à obtenir.
Intervenant 2
C'est exactement le tableau. Et pendant longtemps, ces deux mondes ne se parlaient pas vraiment.
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