
27 juil. 2026 · 26 min
Le cahier d’Émile Borel restitue un cours sur les quanta
Dans cet épisode audio, suivez les notes du mathématicien Émile Borel, qui restituent le cours non publié de Paul Langevin sur les quanta naissants.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est un immense plaisir d'accueillir quiconque nous écoute pour cette nouvelle exploration.
Intervenant 2
Bonjour tout le monde. Très heureuse d'être là pour fouiller dans ces archives.
Intervenant 1
Il y a de quoi faire. Pour commencer, il faut faire un petit saut dans le temps et planter le décours.
Intervenant 2
D'accord. On voyage où ?
Intervenant 1
Imaginons un instant la Seine. On est à l'hiver de l'année 1912.
Intervenant 2
Ouf, il devait faire froid.
Intervenant 1
C'est sûr. On est en plein cœur de Paris, dans l'une des salles boisées, un peu froides et super solennelles du Collège de France.
Intervenant 2
L'ambiance bien classique,
Intervenant 1
quoi. Exactement. Et face au tableau, un orateur brillant, mais réputé pour son exigence presque maladive, noircit la craie avec des équations complexes.
Intervenant 2
Paul Langevin, n'est-ce
Intervenant 1
pas ? Lui-même. Et dans l'assistance, silencieux, extrêmement concentré, quelqu'un prend des notes avec une ferveur méthodique.
Intervenant 2
Et on s'en doute, c'est pas n'importe qui.
Intervenant 1
Non, voilà. Ce membre du public n'est pas un jeune étudiant venu charger ses crédits. C'est Émile Borel. Ah oui, quand même. Bah oui, l'un des mathématiciens français les plus importants et les plus respectés de sa génération, quoi. Il s'est assis là volontairement au rang des simples élèves.
Intervenant 2
C'est fascinant d'imaginer un chercheur de ce calibre faire la démarche de redevenir étudiant.
Intervenant 1
Complètement. Et le fruit de cette écoute, l'objet qui va nous intéresser aujourd'hui, c'est un objet du quotidien. Un modeste petit carnet de notes à la couverture sombre.
Intervenant 2
Rempli à l'encre, j'imagine.
Intervenant 1
C'est ça. Rempli à l'encre et mesurant très exactement 17 cm sur 11.
Intervenant 2
Un objet en apparence presque banal, en fait.
Intervenant 1
Ouais, un petit bout de carton.
Intervenant 2
Sur un moment de bascule monumental.
Intervenant 1
La naissance des théories quantiques.
Intervenant 2
Exactement. La naissance et la structuration de ces théories.
Intervenant 1
Du coup, notre mission aujourd'hui, au cours de cette plongée dans les archives, va consister à comprendre
Intervenant 2
ça. Vaste programme.
Intervenant 1
Oui.
Intervenant 2
Comprendre comment les notes manuscrites de ce grand mathématicien, assistant sagement au cours du physicien Paul Langevin, ont réussi à capturer toute l'effervescence scientifique autour des mystérieux quantas.
Intervenant 1
C'est vraiment un témoignage absolu de l'importance de la transmission orale dans l'histoire des sciences. Bon, décortiquons ça. Comment se fait-il que l'une des périodes les plus complexes de la physique moderne ait été sauvegardée et transmise, non pas par des publications officielles, mais par le bloc-note d'un auditeur ?
Intervenant 2
Eh bien, pour saisir toute la saveur de ce paradoxe, il faut plonger dans l'atmosphère intellectuelle singulière du tout début du XXe siècle.
Intervenant 1
On parle d'un vrai séisme, là !
Intervenant 2
C'est une période de séisme, oui. Ni plus ni moins. Pour comprendre la rupture, il faut regarder en arrière.
Intervenant 1
Vers le XIXe siècle.
Intervenant 2
Voilà. Tout le XIXe siècle avait été dominé par un grand courant de pensée qu'on appelait le courant énergétiste.
Intervenant 1
Énergétiste, d'accord.
Intervenant 2
C'était porté par les succès indéniables de la thermodynamique. Et ce courant percevait la matière et l'énergie de manière parfaitement continue.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
On refusait totalement l'idée du vide ou du grain.
Intervenant 1
Donc pour visualiser la chose, selon cette ancienne théorie énergétiste, la matière ressemblait un peu à un fluide parfait.
Intervenant 2
C'est la bonne métaphore, oui.
Intervenant 1
Si l'on zoome à l'infini sur n'importe quel objet, ou même sur la lumière, on trouverait toujours une substance lisse, continue, sans jamais tomber sur une brique fondamentale qui serait indivisible.
Intervenant 2
C'est tout à fait cela. L'énergie devait s'écouler de manière continue, un peu comme l'eau d'une rivière tranquille.
Intervenant 1
D'accord, je vois bien l'image.
Intervenant 2
Mais à l'aube du XXe siècle, la théorie de l'atomisme vient dynamiter cette vision rassurante.
Intervenant 1
Le fameux atome entre en scène.
Intervenant 2
Absolument, des voix commencent à s'élever, avec des preuves de plus en plus lourdes, pour postuler que la matière est en réalité discontinue.
Intervenant 1
Donc composé de petits grains isolés et
Intervenant 2
invisibles ? C'est ça. Dès 1897, en Angleterre, le physicien J.J. Thomson réussit à mettre en évidence l'électron, par exemple.
Intervenant 1
Et en France, on a aussi des figures importantes à ce moment-là ?
Intervenant 2
Oui, il y a la figure centrale de Jean Perrin, un physico-chimiste français redoutable qui, soit dit en passant, se trouve être un ami très proche de notre fameux mathématicien Émile Borel.
Intervenant 1
Ah, le monde est petit !
Intervenant 2
Très petit. Et vers 1908, Jean Perrin étudie en détail ce qu'on appelle le mouvement brownien.
Intervenant 1
Ah oui, le mouvement brownien. C'est ce phénomène étrange où des particules microscopiques, comme des grains de pollen en suspension dans un liquide, semblent danser de façon totalement chaotique, non ?
Intervenant 2
Exactement ça. Quand on les observe au microscope, on les voit s'agiter sans qu'aucune force apparente ne vienne les perturber.
Intervenant 1
Et Perrin prouve l'explication.
Intervenant 2
Par un travail expérimental acharné, oui, il prouve que cette danse aléatoire et saccadée n'est pas magique. Elle est causée par les chocs invisibles et incessants des molécules d'eau contre les grains de pollen.
Intervenant 1
Donc l'eau n'est pas un fluide parfait et continue non plus.
Intervenant 2
Voilà, il démontre ce qu'il nomme la réalité moléculaire.
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