tangenteAudio

22 août 2022 · 20 min

Maths et existence : le réel leur échappe-t-il ?

Dans cet épisode, suivez de Galilée à Whitehead une question : comment les maths éclairent-elles l’existence sans se confondre avec le réel ?

Premium
Collections de cet épisode (5)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on va faire une plongée vraiment vertigineuse. Oh

  2. Intervenant 2

    oui, préparez-vous, ce qui nous écoute, ça va secouer nos certitudes.

  3. Intervenant 1

    Complètement. Alors, imaginons une seule seconde que les mathématiques n'aient jamais été conçues pour révéler la beauté cachée de l'univers. Qu'elle soit née d'une toute autre implosion,

  4. Intervenant 2

    Une impulsion viscérale.

  5. Intervenant 1

    Voilà, une impulsion primale quoi, la pure terreur. Parce qu'on a l'habitude de voir les mathématiques comme le domaine de la certitude absolue. C'est pur, c'est abstrait, une équation n'a pas d'état d'âme.

  6. Intervenant 2

    C'est propre, c'est net.

  7. Intervenant 1

    C'est ça. Et pourtant, quand on regarde l'existence, la vraie vie, c'est tout le contraire. Le réel déborde, il est désordonné, imprévisible. Exister, par définition, c'est déjouer les prévisions.

  8. Intervenant 2

    La nature est tout sauf une feuille de papier millimétrée.

  9. Intervenant 1

    Exactement. Et donc, l'exploration d'aujourd'hui s'attaque à ce gouffre insondable. Comment la science la plus détachée du monde sensible, les maths, peut-elle prétendre exprimer la singularité chaotique de ce qui est ?

  10. Intervenant 2

    Pour entrer dans le vif de ce paradoxe, le plus efficace, c'est de convoquer une intuition foudroyante du philosophe Friedrich Nietzsche.

  11. Intervenant 1

    À Nietzsche, carrément. On ne l'attend pas forcément sur les mathématiques.

  12. Intervenant 2

    C'est vrai, mais il propose une lecture presque psychologique, voire biologique de notre rapport au nombre. Son hypothèse, et elle est fascinante, c'est que l'esprit humain, confronté à l'immensité d'une nature imprévisible, féroce et fondamentalement incalculable, a subi un choc.

  13. Intervenant 1

    Un traumatisme face au chaos.

  14. Intervenant 2

    Tout à fait. Face à ce chaos, inventer les nombres, c'était une question de survie mentale. Il fallait répertorier, classifier, pour ne pas sombrer dans la folie.

  15. Intervenant 1

    Attends, donc si je comprends bien, l'outil mathématique ne serait pas du tout un miracle tombé du ciel des idées, ce serait un mécanisme de défense.

  16. Intervenant 2

    C'est exactement ça, un bouclier cognitif.

  17. Intervenant 1

    Au lieu d'être la lampe naturelle de la matrice, ce serait une camisole de force qu'on a imposée au réel juste pour se rassurer.

  18. Intervenant 2

    Voilà l'enjeu.

  19. Intervenant 1

    Eh bien, notre mission pour cette discussion est vertigineuse. On va décortiquer les textes pour déterminer si les mathématiques sont réellement la structure intime du cosmos ou si elles ne sont qu'une paire de lunettes très élaborées fabriquées par des primates effrayés pour structurer un environnement indomptable.

  20. Intervenant 2

    Je suis prêt.

  21. Intervenant 1

    Parfait. Pour trancher, remontons au XVIIe siècle, face à la déclaration la plus retentissante jamais faite sur ce sujet.

  22. Intervenant 2

    Le fameux projet galiléen.

  23. Intervenant 1

    Galilée, oui.

  24. Intervenant 2

    C'est le moment de bascule épistémologique absolue, quoi. Galilée écrit dans l'Essailleur que l'univers est un immense livre continuellement ouvert devant nos yeux. Mais, et c'est un grand mais, qu'on ne peut pas le lire si on n'en apprend pas d'abord la langue.

  25. Intervenant 1

    Et cette langue, évidemment, affirme-t-il, c'est la langue mathématique.

  26. Intervenant 2

    Ses caractères sont des triangles, des cercles et d'autres figures géométriques.

  27. Intervenant 1

    Et tu vois, c'est précisément là que la mécanique se grippe si on prend du recul.

  28. Intervenant 2

    Comment ça ?

  29. Intervenant 1

    C'est une image splendide, cette histoire de grand livre. Mais confrontons-la à l'expérience. Si on se promène sur une côte bretonne déchiquetée, ou qu'on observe la turbulence de l'eau dans un torrent, on est face à une géométrie fractale, chaotique...

  30. Intervenant 2

    C'est clair.

  31. Intervenant 1

    Rien n'y est lisse, aucun rocher n'est un triangle isocèle parfait. Soutenir que l'univers est fait de géométrie, ça voudrait dire qu'il faut remplacer mentalement chaque rocher biscornu par un polygone parfait pour avoir l'illusion de le comprendre. C'est absurde, non ?

  32. Intervenant 2

    Alors c'est vrai, mais le texte de Galilée contient d'ailleurs une nuance fondamentale qui est très souvent oubliée.

  33. Intervenant 1

    Ah bon ? Laquelle ?

  34. Intervenant 2

    Il ajoute que sans ces figures géométriques, il est, je cite, « humainement impossible d'en comprendre un mot ».

  35. Intervenant 1

    Humainement impossible ?

  36. Intervenant 2

    L'expression contient tout le problème. Soit on considère que l'univers a son propre code source, géométrique, et qu'il est impossible pour nous de le comprendre sans ce code. Soit, de manière beaucoup plus radicale, on réalise que ce vocabulaire spatial, géométrique, est tout simplement le seul que notre petit cerveau humain est capable de manipuler.

  37. Intervenant 1

    Waouh ! Ce qui renverse complètement la perspective. Le triangle, c'est pas la vérité intime du rocher.

  38. Intervenant 2

    Non.

  39. Intervenant 1

    Le triangle, c'est la limite de notre propre cerveau qui essaye de digérer l'existence du rocher.

  40. Intervenant 2

    C'est exactement ça.

  41. Intervenant 1

    Mais, historiquement, l'humanité a mis beaucoup de temps à admettre cette limite, non ? Parce que, bien avant Galilée, l'Antiquité nous offre une vision diamétralement opposée avec les Pythagoriciens.

  42. Intervenant 2

    Ah Pythagore ! Eux, ils ne considéraient pas du tout les mathématiques comme un simple filtre humain.

  43. Intervenant 1

    Pour eux, l'ontologie, c'est-à-dire l'essence même de l'être, c'était mathématique.

  44. Intervenant 2

    Absolument. Ils allaient jusqu'à prêter une vertu qualitative au nombre. Prenons l'exemple de la musique, qui a été fondatrice pour leur pensée.

  45. Intervenant 1

    Ah oui, les fameux rapports de cordes.

  46. Intervenant 2

    C'est ça. En découvrant que des rapports mathématiques simples dictaient les harmonies musicales, une corde réduite de moitié donne l'octave, réduite au deux tiers donne la quinte.

  47. Intervenant 1

    C'est fascinant quand on y pense.

  48. Intervenant 2

    Ils en ont conclu que le nombre n'était pas juste un outil de mesure. Le nombre est l'harmonie cachée du monde. Ils vénéraient ce qu'ils appelaient la tétrade.

  49. Intervenant 1

    La tétrade, c'est la somme des quatre premiers nombres, c'est ça ? 1 plus 2 plus 3 plus 4 qui donne 10.

  50. Intervenant 2

    Exactement. Et pour eux, cette construction contenait l'univers entier. Le point, la ligne, la surface et le volume.

  51. Intervenant 1

    Donc c'est une fusion mystique totale entre le quantitatif et le qualitatif. Le chiffre ne fait pas que compter, il donne son âme à la chose.

  52. Intervenant 2

    Mais cette vision quasi magique, qui va irriguer tout le platonisme pendant des siècles, va se heurter à un mur conceptuel bien plus tard.

  53. Intervenant 1

    Un gros mur même. Hegel, le grand philosophe allemand, va s'atteler à détruire cette ambiguïté.

  54. Intervenant 2

    Ah, ça oui, il n'y va pas de main morte.

La suite de la transcription est réservée aux abonnés.

S’abonner

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.