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20 déc. 2021 · 19 min

Marc-Antoine Mathieu : quand les maths font rêver la BD

Dans cet épisode, suivez le parcours qui mène des lectures scientifiques aux jeux de perspective, d’infini et de dimensions dans ses bandes dessinées.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.

  2. Intervenant 2

    Salut Sam !

  3. Intervenant 1

    Aujourd'hui, on a une exploration vraiment, vraiment hors du commun. Imagine un instant, tu as un personnage de bande dessinée tracé à l'encre noire, qui court. Il court pour souver sa peau.

  4. Intervenant 2

    Ouais, un scénario classique quoi.

  5. Intervenant 1

    Voilà, très classique. Sauf que soudain, il trébauche sur une anomalie terrifiante. Et ce n'est pas un monstre, ce n'est pas un mur, c'est un trou.

  6. Intervenant 2

    Ah oui, mais pas un trou dessiné.

  7. Intervenant 1

    Exactement, un vrai trou, physique, littéralement découpé dans le papier de sa propre page. Il tombe à travers ce vide, il traverse toute l'épaisseur du livre et bam, il atterrit violemment dans son propre passé. Deux pages plutôt.

  8. Intervenant 2

    C'est juste incroyable. Et ce héros tragique, un peu kafkaïen qui subit tout ça, c'est Julius Corentin à Québec. Notre mission avec cette exploration aujourd'hui, c'est vraiment de décortiquer l'esprit de son créateur, l'artiste polymorphe Marc-Antoine Mathieu.

  9. Intervenant 1

    Tout à fait. Et ce qui rend cette plongée complètement vertigineuse, c'est le paradoxe qui est au cœur même de son œuvre.

  10. Intervenant 2

    C'est le moins qu'on puisse dire parce qu'on va manipuler des concepts super pointus, la géométrie non euclidienne, la topologie, la mécanique quantique. Mais on le fait avec un auteur qui, de son propre aveu, n'était absolument pas un bon élève en

  11. Intervenant 1

    mathématiques. D'un blocage scolaire total face aux équations à une œuvre qui plie littéralement l'espace-temps.

  12. Intervenant 2

    C'est fascinant.

  13. Intervenant 1

    Pour quiconque nous écoute en ce moment et qui a peut-être aussi transpiré sur les théorèmes au lycée, il faut vraiment préciser sa démarche. Marc-Antoine Mathieu n'utilise pas la mathématique. D'ailleurs, il adore utiliser ce mot au cinglier.

  14. Intervenant 2

    Oui, la mathématique.

  15. Intervenant 1

    Voilà. Il ne l'utilise pas comme un outil de calcul froid. Il ne cherche pas, je ne sais pas, à calculer l'hypoténuse d'un triangle, tu vois.

  16. Intervenant 2

    Non, loin de là. En fait, la mathématique, pour lui, c'est un matériau narratif brut. Un peu comme un sculpteur qui utilise de l'argile, tu

  17. Intervenant 1

    vois. Ouais, je

  18. Intervenant 2

    vois l'idée. Mathieu, lui, il utilise le noix de la physique et les théorèmes comme argile. C'est devenu son langage poétique pour tordre la réalité du récit et même, et c'est ça le plus fou, pour tordre la structure matérielle du livre que le public tient entre ses mains.

  19. Intervenant 1

    C'est brillant. Et pour bien comprendre comment il en est arrivé là, on a regardé un peu son parcours. Il a été formé au Beaux-Arts d'Angers.

  20. Intervenant 2

    Tout à fait.

  21. Intervenant 1

    Mais surtout, à la base, il est scénographe de métier.

  22. Intervenant 2

    Et ça change tout ?

  23. Intervenant 1

    Ben

  24. Intervenant 2

    oui. Il a l'habitude de penser l'espace, de penser les volumes, la place des corps et des objets. Donc quand il débarque dans la bande dessinée et qu'il gagne carrément l'Alpharte coup de cœur à Angoulême, c'était en 91 pour l'origine.

  25. Intervenant 1

    Oui, le tout premier tome de sa série chez Delcourt. Voilà, il fera pas grand coup, son noir et blanc est magistral, mais il fait bien plus que juste dessiner. Si on décortique un peu ça, un auteur classique, il utilise la page comme une toile plate.

  26. Intervenant 2

    Exact.

  27. Intervenant 1

    Mathieu, lui, il utilise cette page comme un laboratoire de géométrie non euclidienne.

  28. Intervenant 2

    Oui, c'est vraiment le moment où la scénographie rencontre la topologie. Et pour rappel, pour notre auditoire, la topologie, en gros, c'est la branche des mathématiques qui étudie comment on peut déformer, étirer ou tordre des espaces sans les déchirer.

  29. Intervenant 1

    Sans les casser, quoi.

  30. Intervenant 2

    C'est ça. Dans la BD traditionnelle, la règle tacite, c'est la deux dimensions.

  31. Intervenant 1

    Le dessin est plat.

  32. Intervenant 2

    Et ça nous ramène direct à ce fameux trou dans l'origine dont je parlais au tout début. Quiconque a lu cet album s'en souvient forcément. Oh que oui, c'est marquant.

  33. Intervenant 1

    T'es en plein milieu d'une page et bam, y'a un carré vide, découpé à la machine dans le papier même de l'album. Et c'est pas juste un petit gadget visuel pour faire joli, n'est-ce pas ?

  34. Intervenant 2

    Ah non, pas du tout. Ce trou, c'est une anomalie topologique majeure qu'il a introduite dans un univers bidimensionnel. En découpant ce carré, Mathieu crée carrément l'équivalent d'un trou de verre astrophysique.

  35. Intervenant 1

    Un trou de verre ? Sérieux ?

  36. Intervenant 2

    Ouais, parce que le personnage regarde à travers ce trou et qu'est-ce qu'il voit ? Ce qui est imprimé sur la page suivante. Ah, bien sûr ! Donc, d'un point de vue géométrique, l'auteur connecte deux plans d'existence qui sont séparés par le temps. Puisque dans une BD, tourner une page, c'est avancer dans le temps du récit.

  37. Intervenant 1

    Bah oui, donc regarder à travers le trou, ça lui permet de voir le futur.

  38. Intervenant 2

    Exactement. Et si on regarde le verso du trou, on voit le passé. Le temps devient un espace physique mesurable par la simple épaisseur d'une feuille de papier.

  39. Intervenant 1

    Attends, attends, ça donne carrément le vertige. Il utilise l'acte physique de la lecture, le simple fait de tenir la page, pour prouver une théorie de la relativité.

  40. Intervenant 2

    C'est exactement ça.

  41. Intervenant 1

    Alors, j'ai une question qui me brûle les lèvres. S'il n'a pas une formation de scientifique, d'où il sort toutes ces fulgurances ? C'est quoi le régime intellectuel d'un cerveau qui pond ça ?

  42. Intervenant 2

    Les sources qu'on a épluchées détaillent beaucoup sa routine matinale. En fait, avant même de toucher une seule goutte d'encre de chine, Mathieu lit.

  43. Intervenant 1

    Il lit des trucs scientifiques ?

  44. Intervenant 2

    Ouais. Il se nourrit de concepts qui flirtent avec les limites de notre perception. Il lit sur les grands nombres, sur l'infini, l'infiniment petit.

  45. Intervenant 1

    L'espace-temps ?

  46. Intervenant 2

    Voilà, la vitesse de la lumière. Il laisse vraiment l'abstraction s'imposer à lui.

  47. Intervenant 1

    Il cherche ce qu'il appelle des germes d'imagination, c'est ça ?

  48. Intervenant 2

    Tout à fait, et il y a eu un déclic majeur pendant ces années d'études, c'est la découverte des livres de l'astrophysicien Hubert

  49. Intervenant 1

    Reeves.

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