
15 oct. 2020 · 14 min
Maths et physique : comment expliquer leur étonnant accord ?
Cet épisode audio suit le physicien Eugene Wigner, de la gravitation au quantique, pour éclairer l’étonnante efficacité des mathématiques.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis vraiment ravie de vous retrouver pour ce nouveau décryptage avec une énergie débordante aujourd'hui.
Intervenant 2
Salut !
Intervenant 1
Ouais, il en faut pour le sujet qu'on va aborder.
Intervenant 2
C'est clair.
Intervenant 1
D'habitude, quand on y pense, un outil, c'est purement utilitaire. L'humain invente le marteau pour planter un clou. Voilà,
Intervenant 2
on invente la roue pour se déplacer
Intervenant 1
plus vite. Exactement. Le besoin précède l'invention. La logique est implacable. Mais, et si, et c'est là que ça donne littéralement le vertige, et si les mathématiques n'étaient pas qu'un simple outil inventé par notre cerveau ? Et si, en réalité, c'était le code source même de l'univers ? Bon, décortiquons tout ça. Parce que ce paradoxe, il est fascinant. L'univers semble écrit dans un langage que nous avons peut-être inventé.
Intervenant 2
C'est effectivement l'un des mystères les plus profonds de la science moderne. Et pour poser les bases, il faut remonter à un texte vraiment crucial. Un article publié en 1960.
Intervenant 1
Par le physicien Eugene Wigner, c'est ça ?
Intervenant 2
Exactement. Wigner, prix Nobel de physique, qui publie un article avec un titre brillamment provocateur. La déraisonnable efficacité des mathématiques dans les sciences de la nature.
Intervenant 1
Rien que le titre, ça pose le
Intervenant 2
décor. Complètement. Et d'ailleurs, c'est une réflexion qui a été magnifiquement reprise par la mathématicienne Ingrid Dobeschi.
Intervenant 1
Oui, lors de sa conférence à la BNF en 2019. Voilà. Et
Intervenant 2
l'idée centrale, c'est ce constat d'une adéquation presque magique entre nos abstractions mathématiques, qui sont de pure construction mentale, et la réalité physique du monde.
Intervenant 1
C'est exactement la mission de notre décryptage d'aujourd'hui. Analyser sa mystérieuse adéquation à travers les trois grandes théories de la physique moderne. La gravitation, la mécanique quantique et l'électrodynamique quantique.
Intervenant 2
Un beau programme !
Intervenant 1
Mais avant de plonger dans les étoiles ou l'atome, il faut comprendre le choc intellectuel de Wignard. Observez comment les maths ont cette fâcheuse tendance à surgir là où on ne les attend pas du tout.
Intervenant 2
C'est la première étape du raisonnement. Wignard est troublé par une sorte de connexion causale cachée. Des concepts inventés dans un domaine abstrait réapparaissent soudain dans des situations physiques qui n'ont en apparence aucun rapport.
Intervenant 1
Et le meilleur exemple pour illustrer ça pour notre audience, c'est un nombre qu'on connaît depuis le collège, le fameux nombre Pi.
Intervenant 2
Ah, l'incontournable Pi.
Intervenant 1
On est dans la géométrie.
Intervenant 2
Ouais, sauf que là où ça devient surréaliste, c'est quand on quitte complètement les cercles. On entre dans l'arithmétique pure, l'étude des nombres pour eux-mêmes. D'accord. Wigner prend un exemple précis. Imaginons tous les nombres impairs. 1, 3, 5, 7 et ainsi de suite. Ok, je te suis. On élève chacun de ces nombres impairs au carré. Ensuite, on prend l'inverse de ces carrés pour faire des fractions. Et on additionne toutes ces fractions jusqu'à l'infini.
Intervenant 1
Et c'est là que ça devient vraiment intéressant. Parce qu'honnêtement, on s'attendrait à ce que cette somme infinie donne un chiffre complètement chaotique, non ? Ou sans signification.
Intervenant 2
Bah oui. Pourtant, cette somme converge vers un résultat super élégant. Pi au carré divisé par 8.
Intervenant 1
Pi s'est invité dans une somme de fractions arides.
Intervenant 2
Exactement. Et dans cette suite de nombres, il n'y a rigoureusement aucun cercle, aucune courbure géométrique.
Intervenant 1
C'est dingue. C'est troublant de voir une constante de géométrie dicter sa loi à des fractions arithmétiques. C'est un peu comme si on étudiait les vaguelettes sur un étang et qu'on réalisait que ce même calcul dicte les embouteillages d'une métropole.
Intervenant 2
C'est une super métaphore. En fait, les vaguelettes et les embouteillages partagent des principes de mécanique des fluides. Et c'est cette structure cachée qui amène Wigner à poser deux questions existentielles.
Intervenant 1
Lesquelles ?
Intervenant 2
La première, comment un même concept mathématique peut s'appliquer à des situations qui n'ont aucun lien évident, avec une telle précision ?
Intervenant 1
Et la seconde ?
Intervenant 2
Est-ce que cette efficacité troublante trouve qu'il existe une correspondance unique, intime, entre nos théories et la réalité du monde ?
Intervenant 1
D'accord, alors pour tester cette hypothèse, il faut confronter les maths au monde physique réel. Historiquement, c'est Galilée qui disait que les lois de la nature sont écrites en langage mathématique.
Intervenant 2
C'est ça, il ouvre le bal avec la chute des corps.
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