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20 févr. 2023 · 19 min

Pascaline : comment la gravité faisait passer les retenues ?

Dans cet épisode, suivez un nombre à travers la première calculatrice de Pascal, des cadrans au sautoir qui transmet les retenues grâce à la gravité.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. On a passé au crible une montagne d'archives historiques, des correspondances d'époque et des schémas techniques vraiment époustouflants pour cette nouvelle exploration.

  2. Intervenant 2

    Des documents fascinants, vraiment. Et pour bien commencer, on va demander à ceux qui nous écoutent de faire un petit saut mental avec nous.

  3. Intervenant 1

    C'est ça. Parce qu'aujourd'hui, la moindre calculatrice est devenue complètement invisible.

  4. Intervenant 2

    Complètement. C'est niché au cœur d'un téléphone, c'est juste une icône sur un écran.

  5. Intervenant 1

    Voilà, un minuscule algorithme silencieux. On effleure le verre et paf, le résultat apparaît instantanément.

  6. Intervenant 2

    C'est presque magique pour nous aujourd'hui.

  7. Intervenant 1

    Grave. Mais si on remonte le temps et qu'on se projette en 1642, attention, 1642, l'idée même de mécaniser la pensée arithmétique, de forcer des bouts de laiton et de bois à, entre guillemets, faire des mathématiques, C'était de la

  8. Intervenant 2

    pure science-fiction à l'époque.

  9. Intervenant 1

    Mais totalement ! Et le truc le plus dingue dans les sources qu'on a examinées, c'est que cette rupture technologique majeure, bah c'est pas l'œuvre d'un ingénieur vieillissant avec sa barbe blanche entouré d'une académie de savants.

  10. Intervenant 2

    Ah non, pas du tout. C'est l'œuvre d'un gamin, enfin un adolescent, de 19 ans.

  11. Intervenant 1

    Blaise Pascal, un génie absolu.

  12. Intervenant 2

    Exactement. Et d'ailleurs, pour prendre toute la mesure de ce saut conceptuel, il faut vraiment plonger dans le contexte matériel de l'époque. On ne se lève pas un matin au XVIIe siècle en se disant « tiens, je vais construire l'ancêtre mécanique de l'ordinateur juste par caprice ».

  13. Intervenant 1

    Tu m'étonnes, il y avait une motivation très très pragmatique derrière tout ça.

  14. Intervenant 2

    Tout part d'une contrainte administrative qui est, franchement, extrêmement lourde. En gros, l'histoire s'enclenche en 1642. À ce moment-là, le cardinal de Richelieu nomme le père de Blaise Pascal au poste de surintendant de la Haute Normandie.

  15. Intervenant 1

    Donc une fonction qui implique de gérer la fiscalité, des impôts, de toute une région pour le roi, et ça sans l'ombre d'une calculatrice ou d'un fichier Excel.

  16. Intervenant 2

    L'enfer absolu.

  17. Intervenant 1

    C'est le cauchemar du comptable.

  18. Intervenant 2

    En lisant les récits, on perçoit bien la pénibilité. C'est des montagnes de registres gigantesques, des colonnes de chiffres interminables qu'il faut additionner et soustraire à la plume.

  19. Intervenant 1

    À la bougie, en plus.

  20. Intervenant 2

    Ouais, à la lueur de la bougie, avec le froid.

  21. Intervenant 1

    Et la fatigue mentale entraîne inévitablement des erreurs. Donc qu'est-ce qui se passe ? Faut tout refaire depuis le début.

  22. Intervenant 2

    Et c'est là que Blaise Pascal entre en scène. Il observe son père s'épuiser littéralement à la tâche. Et il a cette illumination fulgurante. Il veut mécaniser cette souffrance en fait.

  23. Intervenant 1

    Transférer la charge cognitive de l'humain vers la machine.

  24. Intervenant 2

    C'est ça. Mais l'ambition est démesurée. Les archives techniques montrent bien que la réalisation a été un véritable parcours du combattant.

  25. Intervenant 1

    C'est pas juste faire trois dessins sur un parchemin et hop on assemble le truc en un mois.

  26. Intervenant 2

    Non, il y consacre trois années entières. Faut bien comprendre qu'à cette époque, la métallurgie de précision, ça n'existe pas. Tu peux pas aller sur internet et commander des engrenages standardisés. Ah bah

  27. Intervenant 1

    non, l'impression 3D c'était pas pour tout de suite.

  28. Intervenant 2

    Exactement. Donc Pascal doit s'entourer d'artisans, notamment des horlogers de la ville de Rouen, et il doit forger, tailler et limer chaque pièce à la main.

  29. Intervenant 1

    Et les documents historiques parlent d'une cinquantaine de prototypes, c'est bien ça ?

  30. Intervenant 2

    Cinquante itérations, de la taille du bois jusqu'au laiton, tout soit pour vaincre les frottements, les blocages, avant d'arriver enfin, en 1645, à une machine fiable pour additionner et soustraire.

  31. Intervenant 1

    Et c'est là, dans nos recherches, on est tombé sur un événement dans les correspondances qui résonne mais Tellement avec notre époque moderne, c'est hallucinant.

  32. Intervenant 2

    L'histoire de la contrefaçon.

  33. Intervenant 1

    Ouais. En 1649, Pascal a une version qui marche super bien, donc il veut passer à la vitesse supérieure, lancer une vraie production pour amortir les coûts qui étaient faramineux. Et là, qu'est-ce qui se passe ?

  34. Intervenant 2

    Un coup bas, classique.

  35. Intervenant 1

    Eh oui. Un horloger de Rouen, qui a probablement eu accès aux plans ou aux prototypes pendant la phase de test, comprend le potentiel du truc. Et le gars décide tout bonnement de fabriquer et de vendre une contrefaçon de la Pascaline.

  36. Intervenant 2

    C'est fou, l'espionnage industriel, le vol de propriétés intellectuelles. On pense que c'est né avec les startups de la Silicon

  37. Intervenant 1

    Valley. Pas du tout. C'était déjà une réalité brutale au XVIIe siècle.

  38. Intervenant 2

    Et la réaction de Pascal face à ce piratage, elle est fascinante sur le plan stratégique. Il ne va pas juste pleurer dans son coin ou protester dans le vide.

  39. Intervenant 1

    Qu'est-ce qu'il fait ?

  40. Intervenant 2

    Il prend une initiative politique majeure. Il offre un exemplaire de sa machine au chancelier Séguier. Ah,

  41. Intervenant 1

    le coup de maître diplomatique !

  42. Intervenant 2

    Totalement. En s'assurant le soutien au plus haut niveau de l'État, il obtient ce qu'on appelle un privilège royal. C'est l'ancêtre direct de notre brevet moderne.

  43. Intervenant 1

    Mais avec le poids de la monarchie, un de celui derrière quoi !

  44. Intervenant 2

    C'est ça. Ce privilège lui garantit l'exclusivité de la fabrication. Personne d'autre n'a le droit de copier le mécanisme sous peine de lourdes amendes et de confiscations.

  45. Intervenant 1

    Une protection juridique en béton armé. Mais paradoxalement, et c'est un peu triste, cette victoire légale, elle ne s'est jamais transformée en succès commercial.

  46. Intervenant 2

    Non, ça coûtait beaucoup trop cher à produire.

  47. Intervenant 1

    Et l'ironie, c'est que si cette machine coûtait si cher, c'est précisément parce que Pascal a refusé de faire le moindre compromis sur l'expérience utilisateur. C'était un perfectionniste. En épluchant les schémas de l'époque de la Pascaline, on découvre un design qui anticipe des principes d'ergonomie qu'on a théorisés genre des siècles plus tard quoi.

  48. Intervenant 2

    Ulix design avant l'heure quoi.

  49. Intervenant 1

    Mais carrément, c'est frappant visuellement. Les descriptions nous montrent un superbe boîtier rectangulaire en laiton d'environ 30 cm de long.

  50. Intervenant 2

    Et l'expérience utilisateur est la clé de voûte de l'objet, parce que Pascal concevait ça pour son père, faut pas oublier ça.

  51. Intervenant 1

    Voilà, pas une énigme pour ingénieur, un outil pratique. Et la trouvaille majeure, c'est que toute l'interaction se déroule sur une seule et même surface, la face supérieure.

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