tangenteAudio

23 août 2022 · 27 min

Cram, jeu de dominos : comment les nimbers révèlent l’issue

Dans cet épisode audio, partez des allumettes de Marienbad, puis suivez pas à pas comment les nimbers distinguent une position de Cram gagnante d’une perdante.

Premium
Collections de cet épisode (6)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Imaginez un instant, juste un instant, que poser des dominos sur une table de manière totalement chaotique, ça soit exactement la même chose, mathématiquement parlant en tout cas, que de retirer une simple petite allumette d'un tas.

  2. Intervenant 2

    Ouais, et ça paraît complètement absurde dit comme ça.

  3. Intervenant 1

    C'est clair. Mais aujourd'hui, on plonge dans une analyse vraiment fascinante qui démontre très exactement cela. L'objectif, il est vertigineux. On va explorer le monde impitoyable des jeux de stratégie pure et on va le faire en les regardant à travers le prisme de la rigueur mathématique.

  4. Intervenant 2

    Tout à fait. Et pour ceux qui nous écoutent, on a des sources solides pour ça.

  5. Intervenant 1

    Oui, absolument. Nos sources pour cette exploration, c'est une analyse ultra détaillée des mathématiques derrière le célèbre jeu des allumettes, couplée à une étude approfondie d'un jeu de placement de dominos qu'on appelle le jeu de cram.

  6. Intervenant 2

    Et c'est un terrain de jeu intellectuel absolument extraordinaire, parce que derrière ce qui ressemble à de simples petits passe-temps du dimanche, se cachent en réalité des structures logiques d'une pureté absolue. C'est

  7. Intervenant 1

    ça, on est loin du

  8. Intervenant 2

    Monopoly là. Ah oui, très loin. Dans les jeux que nous analysons aujourd'hui, il n'y a pas la moindre place pour le hasard. Aucun dé à lancer, pas de carte à piocher, aucune information cachée quoi. Ouais,

  9. Intervenant 1

    donc tout est sur la table.

  10. Intervenant 2

    C'est ça, juste de la stratégie pure. C'est ce qu'on appelle en mathématiques des jeux à information parfaite.

  11. Intervenant 1

    C'est vraiment ce qui rend la chose si captivante, l'idée que sous le désordre apparent d'un plateau de jeu super complexe se cache une équation implacable. Mais bon, pour comprendre comment on peut réduire un placement de dominos en deux dimensions à une simple ligne d'allumettes, il faut d'abord poser des bases solides.

  12. Intervenant 2

    Bien sûr, il faut comprendre la mécanique de base, le moteur de tout ça.

  13. Intervenant 1

    Exactement, d'où la nécessité de se pencher sur un classique intemporel de la théorie des jeux, le jeu de Nîmes. Et plus spécifiquement, sa variante la plus célèbre, le jeu de Mariambad.

  14. Intervenant 2

    Absolument, le jeu de Nîmes puise ses racines dans une histoire super ancienne. Mais cette variante précise, le Mariambad, a connu une popularité fulgurante. C'était en 1961, grâce aux films d'Alain Resney et Alain Robrier.

  15. Intervenant 1

    Ah oui, le fameux « l'année dernière » à Marianne Badd.

  16. Intervenant 2

    C'est ça ! Et les règles de ce jeu, elles sont d'une simplicité trompeuse. En gros, on dispose plusieurs lignes d'allumettes sur une table. Et à tour de rôle, un joueur choisit une seule de ces lignes et il retire le nombre d'allumettes qu'il veut.

  17. Intervenant 1

    Il y a une limite ou pas ?

  18. Intervenant 2

    La seule contrainte, c'est d'en retirer au moins une. Mais sinon, on peut même vider la ligne entière si on a envie.

  19. Intervenant 1

    D'accord. Et comment on gagne ?

  20. Intervenant 2

    Le but ultime, c'est d'être la dernière personne à pouvoir jouer.

  21. Intervenant 1

    Donc, le dernier joueur qui ramasse la ou les dernières allumettes remporte la partie. C'est tout bête.

  22. Intervenant 2

    En apparence, oui.

  23. Intervenant 1

    Mais quand on observe des joueurs autour d'une table avec ce jeu, on ressent un truc, une tension psychologique palpable, genre des bluffs, des regards assassins. Mais j'imagine que l'approche mathématique, elle balaye tout ça d'un revers de la main, non ?

  24. Intervenant 2

    Ah mais totalement ! L'aspect psychologique, ça n'aide prise que sur les novices en fait. En théorie des jeux combinatoires, on s'appuie sur un principe fondamental. Chaque état du jeu, c'est-à-dire chaque configuration précise d'allumettes restantes sur la table à un instant T, cet état y possède une nature intrinsèque.

  25. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  26. Intervenant 2

    C'est-à-dire qu'un état est mathématiquement soit gagnant, soit perdant pour la personne dont c'est le tour de jouer.

  27. Intervenant 1

    D'accord, décortiquons un peu tout ça parce que c'est fort comme concept. Ça veut dire que si je m'assois à la table, peu importe ce que je ressens ou ce que je pense faire, la configuration des allumettes devant moi, elle a déjà scellé mon destin.

  28. Intervenant 2

    Ouais, c'est exactement ça.

  29. Intervenant 1

    Genre, si c'est un état perdant et que mon adversaire joue de manière optimale, je ne peux absolument rien faire pour échapper à la défaite.

  30. Intervenant 2

    Rien du tout. C'est inéluctable. C'est l'idée, oui. Mais la question centrale, la vraie question, c'est de savoir comment on identifie cette nature.

  31. Intervenant 1

    Ouais, comment on sait si on a la victoire entre les mains, quoi.

  32. Intervenant 2

    Voilà. Et la méthode pour résoudre ce jeu de Marianne Badd, elle a été formulée en 1901 par le mathématicien américain Charles Leonard Bouton. Son coup de génie, ça a été d'utiliser la décomposition binaire.

  33. Intervenant 1

    Du binaire, comme en informatique, etc. ?

  34. Intervenant 2

    Exactement. Il a utilisé ça avec une opération bien précise, la somme exclusive, qu'il a joliment baptisée la somme sans retenue.

  35. Intervenant 1

    Et c'est là que l'analyse devient vraiment brillante. Parce qu'au lieu de regarder le jeu comme un sculpteur regarderait du bois, avec les formes et tout, Bouton, il le regarde comme un informaticien regarde des données.

  36. Intervenant 2

    C'est une super façon de le dire.

  37. Intervenant 1

    C'est comme s'il mettait des lunettes à rayons X. Prenons un exemple précis de nos sources. Imaginons qu'il reste trois lignes sur la table. Une ligne de 1 allumette, une ligne de 3 allumettes et une ligne de 4 allumettes.

  38. Intervenant 2

    Ok, on visualise bien.

  39. Intervenant 1

    Étant donné que le public de Tangente maîtrise parfaitement la base 2, on peut directement convertir ça. Le 1, ça reste 1. Le 3, en binaire, ça s'écrit 11. Et le 4, il s'écrit 100. On a donc nos trois nombres binaires 1, 11 et 100.

  40. Intervenant 2

    Exactement. Et c'est ici qu'intervient l'opération clé de bouton. L'addition sans retenue. On la note souvent avec le symbole « plus » entouré d'un cercle en mathématiques, le fameux XOR de la logique.

  41. Intervenant 1

    Et comment on fait cette addition concrètement ?

  42. Intervenant 2

    On va additionner ces nombres binaires colonne par colonne, comme à l'école. Mais on s'interdit formellement de reporter la moindre retenue sur la colonne suivante. D'accord,

  43. Intervenant 1

    aucune retenue.

  44. Intervenant 2

    Voilà. Concrètement, si une colonne contient un nombre pair de 1, le résultat de cette colonne est 0. Et si elle contient un nombre impair de 1, le résultat est 1.

  45. Intervenant 1

    Ah, c'est presque trop simple. Faisons le calcul de tête, du coup, pour notre état 1, 3, 4.

  46. Intervenant 2

    Vas-y.

  47. Intervenant 1

    Donc, on a lignes 1, 11 et 100. Pour la colonne de droite, celle des unités, on a un 1, un autre 1 et un 0. Ça fait deux fois le chiffre 1, c'est pair, donc on pose 0.

  48. Intervenant 2

    C'est ça.

  49. Intervenant 1

    Ensuite, pour la colonne du milieu, celle des deux N. On a un 1 dans le nombre 11, et c'est trou. C'est impair, donc on pose 1.

  50. Intervenant 2

    Toujours bon.

  51. Intervenant 1

    Et enfin, pour la colonne de gauche, la colonne des quatre N, on a seulement le 1 du nombre 100, on pose 1. Donc, le résultat final de cette somme sans retenue, c'est 110 en binaire.

  52. Intervenant 2

    Parfait. Ton calcul est nickel. Et puisque ce résultat final, 110, est différent de 0, le théorème de bouton est formel.

  53. Intervenant 1

    Il dit quoi ?

  54. Intervenant 2

    Il dit que l'état 1, 3, 4 est un état gagnant. Le joueur qui doit jouer à cet instant précis peut forcer la victoire. C'est garanti.

  55. Intervenant 1

    Mais alors, quel est le mécanisme sous-jacent derrière ça ? Par quelle magie le fait de ramener cette somme abstraite à zéro permet-il de gagner concrètement sur la table avec de vraies allumettes ?

  56. Intervenant 2

    Ce n'est pas de la magie en fait. C'est un piège mathématique inéluctable qui est basé sur la notion de clôture.

  57. Intervenant 1

    De clôture ?

  58. Intervenant 2

    Oui. Le but de la stratégie optimale, c'est de toujours, toujours donner à l'adversaire un plateau dont la somme sans retenue est nulle.

  59. Intervenant 1

    Ok, mais pourquoi ça marche si bien ?

  60. Intervenant 2

    Parce que les mathématiques dictent que toute modification, je dis bien toute modification, apportée à un état dont la somme est zéro, va nécessairement rompre cet

  61. Intervenant 1

    équilibre.

  62. Intervenant 2

    Si on enlève que Zélui-Mepa est un état nul, on crée obligatoirement un état dont la somme est non nulle. Du coup, l'adversaire, il est forcé de recevoir un état déséquilibré.

  63. Intervenant 1

    Ouais, c'est super vicieux. Et à l'inverse, si moi je suis face à un état non nul, comme notre fameux 11-0 de tout à l'heure.

  64. Intervenant 2

    Eh bien, il existe toujours, toujours au moins un coup possible qui permet de rétablir l'équilibre et donc de ramener la somme exacte à zéro.

  65. Intervenant 1

    C'est une tenaille en fait.

  66. Intervenant 2

    C'est exactement le mot. Depuis un état zéro, on ne peut aller que vers un état non zéro. Et depuis un état non zéro, on peut toujours retourner à un état zéro.

  67. Intervenant 1

    D'accord. Donc si je comprends bien l'analogie, c'est un peu comme maintenir en équilibre une balance extrêmement complexe.

  68. Intervenant 2

    Ouais, j'aime bien cette image.

La suite de la transcription est réservée aux abonnés.

S’abonner

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.