
16 oct. 2023 · 5 min
Luca Pacioli : trois mystères d’un portrait de la Renaissance
Cet épisode audio suit trois questions sur le portrait du mathématicien de la Renaissance, présenté dans une exposition du Louvre achevée le 8 janvier 2024.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente pour cette nouvelle exploration. Je suis vraiment ravie de vous retrouver aujourd'hui pour...
Intervenant 2
Bonjour à tous, ravi d'être là aussi pour plonger dans cette enquête.
Intervenant 1
Et aujourd'hui, on va faire un petit exercice d'imagination. Imaginons un instant flâner tranquillement dans la grande galerie du Louvre.
Intervenant 2
Ah oui, la fameuse galerie à quelques pas seulement de la Joconde.
Intervenant 1
C'est ça. Et là, paf, on tombe nez à nez avec une toile de 1495. Alors, ce n'est pas un paysage, ce n'est pas du tout une scène religieuse. C'est un portrait très singulier. Le portrait de Luca Pacioli.
Intervenant 2
Un tableau vraiment fascinant.
Intervenant 1
Voilà, un tableau où les mathématiques côtoient des mystères que les historiens essaient de percer depuis cinq siècles, en fait.
Intervenant 2
Et c'est justement une rencontre rendue possible par la superbe exposition Naples à Paris.
Intervenant 1
Oui, le Louvre invite le musée de Capudimonti, c'est ça ?
Intervenant 2
Exactement. C'est ouvert jusqu'au 8 janvier 2024. Et cette toile précise, elle cristallise parfaitement cette fusion entre l'art et la science à la Renaissance.
Intervenant 1
C'est clair.
Intervenant 2
D'ailleurs, le Louvre en profite pour jeter un petit pavé dans la mare en questionnant publiquement l'identité même de l'artiste.
Intervenant 1
Parce que pendant des décennies, l'étiquette attribuait l'œuvre à Jacopo de Barbary, non ?
Intervenant 2
Oui, le fameux maître du caducé.
Intervenant 1
C'est ça. Mais aujourd'hui, cette certitude, elle s'effrite pas mal. Et si on ne sait plus exactement quelle main a tenu le pinceau, est-ce que ça ne pousse pas à chercher des indices directement dans les personnages représentés ?
Intervenant 2
C'est tout à fait la piste qui est suivie par beaucoup de chercheurs aujourd'hui.
Intervenant 1
Parce qu'il y a ce mathématicien, Luca Pacioli, bien sûr, mais surtout cet élève anonyme, debout juste derrière lui. C'est un peu comme...
Intervenant 2
Un mystère dans le mystère, quoi.
Intervenant 1
Exactement. Comme chercher un caméo caché dans un film.
Intervenant 2
C'est une super analogie. Alors, pour cet élève, le débat fait rage. Les commissaires de l'exposition, eux, pensent qu'il s'agit du fils du duc d'Urbino.
Intervenant 1
D'accord.
Intervenant 2
Mais en revanche, il y a une autre théorie qui avance, qu'il s'agirait du célèbre peintre et graveur allemand Albrecht Dürer.
Intervenant 1
Attendez, Dürer, le maître allemand, relégué au rôle de simple étudiant silencieux derrière un théoricien italien ?
Intervenant 2
Ça peut surprendre, oui.
Intervenant 1
Mais les dates et son statut à cette époque, ça rend cette hypothèse assez difficile à avaler, non ? Enfin, quel serait son intérêt de poser comme ça ?
Intervenant 2
Alors, historiquement, il faut se rappeler que Dürer a voyagé en Italie précisément à cette période. Et son but, c'était de percer les secrets de la perspective.
Intervenant 1
Ah, donc il se voyait pas juste comme un artisan de l'image ?
Intervenant 2
Pas du tout. Il voulait vraiment théoriser son art. Donc s'afficher aux côtés de Pacioli, qui était une vraie sommité des mathématiques, c'était affirmer publiquement que la grande peinture nécessitait une maîtrise absolue de la géométrie.
Intervenant 1
C'est une rencontre ultra symbolique en fait.
Intervenant 2
C'est exactement ça.
Intervenant 1
Donc s'il s'agit d'affirmer que la peinture est une science, ça éclaire complètement cet objet suspendu à gauche de la toile.
Intervenant 2
Ah, le fameux polyèdre !
Intervenant 1
Oui, ce polyèdre complexe, en verre, à moitié rempli d'eau, c'est pas juste un petit détail esthétique pour faire joli quoi.
Intervenant 2
Non, clairement
Intervenant 1
pas. On dirait presque une démo technique de jeu vidéo avant l'heure, placée là pour prouver tout ce que le moteur graphique de l'artiste avait dans le ventre.
Intervenant 2
C'est parfait comme image. Techniquement, ce solide, c'est un rhombicubo octaèdre.
Intervenant 1
Oula, faut le placer au scrabble, celui-là.
Intervenant 2
C'est clair. C'est une figure à 26 faces. Et dessiner ça avec une perspective géométrique aussi rigoureuse en 1495, c'est déjà une prouesse.
Intervenant 1
Surtout avec le niveau d'eau précis, non ?
Intervenant 2
Voilà. Ajouter de l'eau à mi-hauteur, ça multiplie la difficulté. L'artiste a dû calculer exactement la réfraction de la lumière.
Intervenant 1
À travers le verre et l'eau ?
Intervenant 2
Oui, pour déformer de manière hyper réaliste les arêtes qui sont situées à l'arrière-plan du solide.
Intervenant 1
Il ne s'est donc pas contenté de peindre un objet. Il a littéralement peint un théorème d'optique.
Intervenant 2
Tout à fait. Et ce qui nous ramène direct à notre mystère initial sur le peintre.
Intervenant 1
Ah oui, Jacobo de Barbary avait-il vraiment ce niveau vertigineux en géométrie pour calculer toutes ces déformations ?
Intervenant 2
C'est tout l'enjeu du débat actuel. Ce niveau de précision fait dire à certains spécialistes qu'il pourrait carrément s'agir de Léonard de Vinci.
Intervenant 1
Léonard de Vinci ?
Intervenant 2
Oui, un ami intime de Pacioli d'ailleurs. Et on sait qu'il était particulièrement obsédé par la représentation des fluides et des transparences.
Intervenant 1
Ah, ça se tient complètement. Ça prouve que les mathématiques, ce n'est pas qu'une discipline abstraite, ça nourrit vraiment l'histoire de l'art.
Intervenant 2
Totalement. L'article nous invite d'ailleurs vivement à profiter de ce prêt exceptionnel pour aller au Louvre et observer ses prouesses optiques de nos propres yeux.
Intervenant 1
C'est clair, rien ne remplace l'observation directe, et d'ailleurs, ça me laisse une dernière réflexion assez fascinante en tête.
Intervenant 2
Ah oui, je vous écoute.
Intervenant 1
Eh bien, si ce polyèdre agit physiquement comme une lentille, avec l'eau qui modifie la trajectoire de la lumière, se pourrait-il que l'artiste l'ait placé là pour murmurer un truc précis ?
Intervenant 2
Lequel ?
Intervenant 1
Que même la géométrie la plus stricte, ou la réalité mathématique la plus absolue, finit toujours par être courbée et déformée par le prisme de l'œil humain.
Intervenant 2
Oh ! C'est une superbe conclusion. À méditer, en effet.
Intervenant 1
Voilà de quoi faire réfléchir. Merci de nous avoir accompagnés dans cette enquête et à très bientôt pour une nouvelle exploration.
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