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22 janv. 2019 · 12 min

Léonard de Vinci : pourquoi voyait-il le monde en géomètre ?

Dans ce podcast, suivez son parcours de la peinture à l’ingénierie, puis découvrez la place des proportions, de la perspective et de l’expérience.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue à toutes les personnes qui nous écoutent aujourd'hui pour cette nouvelle exploration au cœur du podcast du magazine Tangente. Alors, quand on se retrouve face à un chef-d'œuvre de la peinture classique, au hasard dans les couloirs du Louvre, on cherche instinctivement une émotion. On espère y trouver une scène figée dans le temps, une harmonie, une sorte de poésie qui nous frapperait directement. Et on a tendance à penser que l'art, surtout à la Renaissance, relève du divin ou d'une intuition pure, enfin quelque chose de presque inexplicable.

  2. Intervenant 2

    C'est l'approche la plus naturelle en fait. On est vraiment programmé pour réagir aux résultats esthétiques finales bien avant d'essayer de déchiffrer la mécanique qui a permis de créer cette illusion. La frontière entre le domaine de l'art et celui des sciences dures est très ancrée dans notre culture.

  3. Intervenant 1

    Et pourtant, imaginez une seconde qu'on puisse superposer un filtre virtuel sur ces tableaux. Soudainement, la peau, les paysages, tout disparaît. Et à la place, il ne reste qu'un réseau complexe de triangles, de cercles calculés au millimètre, des algorithmes de lumière et des lignes de fuite tracées avec la froideur d'un scalpel. C'est une image frappante. L'illusion poétique s'effondre pour révéler sa vraie nature. On ne regarde plus un tableau, on lit un plan d'ingénierie mathématique. Et aujourd'hui, notre plongée va s'attaquer au plus grand mythe de l'histoire de l'art grâce à un article captivant intitulé l'artiste géomètre.

  4. Intervenant 2

    Tout à fait. C'est un article qui permet vraiment de déconstruire l'image d'Epinal qu'on a tous en tête.

  5. Intervenant 1

    Exactement. Oubliez la Joconde sur son mur hyper sécurisé. Oubliez le vieux sage à la barbe blanche qui invente des hélicoptères au Clos Lucet. La mission de cette analyse, c'est de comprendre comment Lébloir de Vinci, un homme sortant du Moyen Âge, a saisi, bien avant René Descartes, que la démarche scientifique et les mathématiques étaient les clés pour décoder le monde.

  6. Intervenant 2

    Et pour ça, il faut retourner à ses racines italiennes.

  7. Intervenant 1

    Alors, décortiquons un peu tout ça. Pour comprendre cette mécanique, il faut commencer par les frustrations d'un jeune homme en Toscane, en 1452.

  8. Intervenant 2

    Oui, cette date du 15 avril 1452 est fondatrice, mais pas pour les raisons qu'on croit. Il naît près du mont Albano, d'une relation illégitime entre un notaire de bonne famille et une paysanne.

  9. Intervenant 1

    Et j'imagine qu'à l'époque, ce n'est pas un détail sans importance.

  10. Intervenant 2

    Ah non, pas du tout. Être un enfant illégitime au XVème siècle, c'est une barrière infranchissable. La loi lui interdit d'hériter de la profession de son père. Les portes de l'université, l'étude du latin, du droit ou même de la médecine, tout ça lui est purement et simplement fermé.

  11. Intervenant 1

    Donc ce qui aurait pu être un désastre personnel devient, par la force des choses, le point de départ de son génie.

  12. Intervenant 2

    Exactement, puisqu'il ne peut pas apprendre la théorie abstraite dans les livres, et bien il est condamné à observer le monde réel avec ses propres yeux. Il atterrit donc dans l'atelier florentin du Verrocchio, le sculpteur de Laurent le Magnifique. Et

  13. Intervenant 1

    cet atelier c'est pas juste de la peinture si je comprends

  14. Intervenant 2

    bien ? Non, Verrocchio est sculpteur, orfèvre, ils font le bronze, c'est un technicien de la matière. Quand Léonard quitte cet atelier en 1478, c'est un artiste confirmant, mais il porte déjà un regard de savant sur son art.

  15. Intervenant 1

    Un regard de savant, c'est-à-dire ?

  16. Intervenant 2

    Eh bien, prenons le clair-obscur, le chiaroscuro ou le fameux fumato, cet effet embrumé. La plupart des peintres copiaient ça par intuition. Léonard, lui, aborde le problème sous l'angle de la physique. Il se demande ce qu'est vraiment la lumière.

  17. Intervenant 1

    Attendez, il fait de la physique avec ses pinceaux ?

  18. Intervenant 2

    Ouais, il étudie la diffusion de la lumière dans l'atmosphère. Il comprend que l'air n'est pas vide, qu'il est chargé d'humidité et de poussière. C'est ça qui rend les objets lointains flous. Il va même jusqu'à disséquer des yeux de bœuf pour comprendre comment la rétine perçoit tout ça.

  19. Intervenant 1

    Ah oui, c'est fou.

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