
31 juil. 2026 · 12 min
Leibniz : une langue pour mettre le raisonnement en calcul ?
Suivez les essais de Leibniz, des premiers codages imparfaits à un calcul logique abouti, puis découvrez les limites qu’il posait lui-même.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Aujourd'hui, on va parler d'un truc assez fascinant. Enfin, si on cherchait l'architecte originel de nos intelligences artificielles et de nos ordinateurs, on imaginerait sans doute, direct, un ingénieur contemporain de la Silicon Valley.
Intervenant 2
Oui, c'est clair, c'est le réflexe de base.
Intervenant 1
Mais en fait, dans l'imaginaire collectif, on couronne de plus en plus un philosophe allemand en perruque du XVIIe siècle, Gottfried Wilhelm Lamnitz. C'est
Intervenant 2
vrai que c'est une image très tenace aujourd'hui.
Intervenant 1
Ben oui, parce qu'on a cette habitude très humaine de vouloir trouver une origine hyper simple à notre monde complexe. On vit au quotidien avec des algorithmes partout, des réseaux de neurones, et on aimerait bien dénicher un vieux parchemin fondateur pour se dire que l'idée de départ était pure et absolue.
Intervenant 2
Tout à fait.
Intervenant 1
Et Leibniz, avec sa grande idée de caractéristiques universelles, il endosse souvent ce rôle de génial grand-père de la matrice.
Intervenant 2
Et on comprend pourquoi. C'est une filiation très, très tentante à faire. En fait, l'histoire des sciences est toujours beaucoup plus rassurante quand elle prend la forme d'une belle ligne droite bien évidente.
Intervenant 1
Ah oui, mais c'est sûr.
Intervenant 2
Mais bon, dès qu'on accepte de se plonger véritablement dans les textes historiques, cette ligne droite devient extrêmement sinueuse. Et le véritable but de notre exploration aujourd'hui, c'est justement de démystifier cette légende.
Intervenant 1
Génial. Comment on va procéder du coup ?
Intervenant 2
Eh bien, on va s'appuyer sur des textes historiques très précis. Je pense notamment à ceux qui ont été traduits dans le volume dirigé par Jean-Baptiste Rosy aux presses universitaires de France, et aussi sur la brillante analyse de David Rabouin. On va vraiment séparer le fantasme technologique de la réalité historique.
Intervenant 1
C'est exactement l'objectif.
Intervenant 2
Voilà. Et on va faire ça sans aucun jargon, mais avec une rigueur mathématique absolue. Le but, c'est de comprendre ce que ce penseur a réellement accompli sur le plan logique, et surtout, ce qui est peut-être encore plus instructif, ce qu'il a raté ou volontairement abandonné.
Intervenant 1
D'accord, décortiquons un peu tout ça. Parce que le mythe est coréas. Si on se projette au XVIIe siècle, quel est exactement ce rêve obsessionnel qui anime Leibniz ?
Intervenant 2
Le point de départ, c'est une ambition intellectuelle absolument démesurée qui va l'animer pendant des décennies. Son rêve, c'était de créer une langue universelle, mais une langue modélisée sur l'algèbre.
Intervenant 1
Comment ça, modélisée sur l'algèbre ? On a du mal à imaginer comment on concevait le traitement de l'information bien avant l'électricité.
Intervenant 2
En fait, contrairement à nos langues parlées qui sont bourrées d'exceptions, d'ambiguïtés et de faux sens, lui, il voulait forger un outil capable de répertorier et de mettre en ordre absolument toutes les notions humaines. Un véritable alphabet des notions primitives.
Intervenant 1
Ça me fait direct penser à ce texte incroyable qu'il écrit en français en 1677, La vraie méthode. Ah
Intervenant 2
oui, un texte majeur.
Intervenant 1
Oui, il y décrit une scène assez utopique. Il imagine une situation où deux personnes se retrouvent en désaccord total sur un sujet philosophique hyper complexe ou même sur une crise politique.
Intervenant 2
C'est
Intervenant 1
ça. Et au lieu de débattre pendant des heures ou de se hurler dessus, il pourrait simplement s'asseoir, prendre une plume et se dire « comptons, monsieur ».
Intervenant 2
Le fameux Calculémus. Oui, Calculon. C'est l'espoir un peu fou de l'époque. Une fois qu'on traduit les prémices d'un problème dans cette langue formelle parfaite, la conclusion s'imposerait d'elle-même mécaniquement. L'erreur humaine serait totalement éliminée par la vérification du calcul.
Intervenant 1
C'est vertigineux quand on y pense. C'est comme s'il avait théorisé un traducteur universel absolu. Mais un traducteur sans aucun mot. Pas de verbe, pas de conjugaison, juste des mathématiques pures. Mais concrètement, comment on passe d'une belle idée philosophique à une véritable structure logique ?
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