
15 déc. 2021 · 17 min
Comment les maths entrent-elles dans les bandes dessinées ?
Dans cet épisode audio, suivez les maths des sujets aux intrigues, puis à la forme des albums, entre symétries, choix de lecture et combinatoire.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. On est vraiment ravis d'accueillir quiconque nous écoute aujourd'hui.
Intervenant 2
Absolument. Bonjour à tout le monde.
Intervenant 1
Alors, pour commencer, essayez d'imaginer un truc. Vous lisez une bande dessinée. Et là, le personnage principal lève les yeux. Il regarde ce qui se passe dans la case imprimée juste au-dessus de lui.
Intervenant 2
Oh, le fameux bris du quatrième mur, mais en mode vertical, quoi.
Intervenant 1
C'est ça. Il passe carénant le bras à travers la fine bande blanche qui sépare les dessins et hop, il pique l'arme du méchant avant même que ce dernier n'ait eu le temps de la dégainer.
Intervenant 2
C'est génial.
Intervenant 1
Ouais. Et le truc, c'est que le super pouvoir de ce héros, il n'a rien de magique. En fait, c'est purement de la géométrie non euclidienne appliquée à une feuille de patier.
Intervenant 2
Exactement.
Intervenant 1
Du coup, aujourd'hui, on plonge dans une association qui pourrait sembler complètement contre-intuitive. Le mariage intime et parfois littéralement structurel entre les mathématiques et le 9e art. Bon, décortiquons tout ça. L'idée, c'est pas juste de chercher des équations vaguement dessinées sur un tableau noir au fond d'une case, on est d'accord.
Intervenant 2
Ah bah non, loin de là. En fait, quand on observe un peu l'évolution de la bande dessinée et des maths ensemble, on capte vite qu'elle partage un ADN commun qui est hyper puissant.
Intervenant 1
Lequel ?
Intervenant 2
La conceptualisation de l'espace, tout simplement. Alors oui, bien sûr, il y a l'application géométrique classique, ça on connaît.
Intervenant 1
Oui, les décors, l'architecture.
Intervenant 2
Tout à fait. Il faut d'ailleurs absolument saluer la rigueur architecturale qui est presque maniaque pour le coup d'Edgar Payne Jacobs.
Intervenant 1
Ah oui, dans les planches de Blake et Mortimier.
Intervenant 2
Voilà. Ou alors, dans un style complètement différent, t'as les constructions vertigineuses, tu sais, hyper fractales et audacieuses de Philippe Druyer.
Intervenant 1
Avec sa trilogie Salambeau, bien sûr.
Intervenant 2
C'est ça. Mais bon, ces œuvres utilisent surtout la géométrie pour créer des décors grandioses. Notre exploration d'aujourd'hui va plus loin. On veut comprendre comment la logique, l'algèbre ou même la combinatoire fusionnent vraiment avec la trame narrative elle-même.
Intervenant 1
D'accord, ça pose les bases. Mais avant d'attaquer les structures hyper complexes de la page, j'aimerais bien qu'on commence par la surface.
Intervenant 2
Ok, la couche visible.
Intervenant 1
Ouais, parce que c'est souvent la porte d'entrée la plus marrante. Les auteurs de BD adorent parsemer leurs albums de petits clins d'œil, tu vois. C'est presque une tradition de laisser des messages codés pour les lecteurs attentifs.
Intervenant 2
Ce qui est fascinant ici, c'est vraiment la façon dont ces auteurs arrivent à transformer un vocabulaire scolaire, qui est parfois perçu comme ultra-aride, en un vrai ressort comique.
Intervenant 1
Mais oui ! Et le meilleur exemple de ça, c'est Astérix.
Intervenant 2
Oh, inévitable !
Intervenant 1
Goscinny et Uderzo, c'était des orfèvres du calembour crypté. Pour eux, l'Empire romain, c'était juste le terrain de jeu parfait pour recycler nos vieux cauchemars de profs de maths.
Intervenant 2
C'est clair, on pense tout de suite aux stupides légionnaires A plus B Galix.
Intervenant 1
Dans le combat des chefs.
Intervenant 2
Et dans le tour de Gaulle, le traître absolu, il s'appelle comment ?
Intervenant 1
Catréoducix.
Intervenant 2
Ah oui, énorme. Il y a aussi l'agent double 006 dans l'Odyssée d'Astérix.
Intervenant 1
Et bien sûr, le fameux architecte Anglaïgus dans Le Domaine des Dieux. Franchement, c'est brillant. Ça crée tout de suite une connivence avec n'importe qui ayant déjà transpiré sur un théorème géométrique.
Intervenant 2
Et Claudia Chiffre, la fameuse prof de calcul aux courbes généreuses dans Le Petit Spirou.
Intervenant 1
Ah, Claudia Chiffre, classique.
Intervenant 2
Ouais, mais tu sais, ces clins d'œil peuvent aussi dépasser la simple black potash. Ça peut devenir une vraie déclaration d'intention.
Intervenant 1
C'est-à-dire ?
Intervenant 2
Prends Jean Giraud, l'un des piliers mondiaux de la science-fiction graphique, le créateur de Blueberry.
Intervenant 1
Oui, un monstre sacré.
Intervenant 2
Eh bien, il a choisi de signer ses œuvres les plus avant-gardistes sous un pseudonyme. Mobius.
Intervenant 1
Ah, mais oui, en référence à Auguste Mobius, le mathématicien allemand.
Intervenant 2
Exactement. Le découvreur de la fameuse surface, le ruban à une seule face.
Intervenant 1
L'anneau de Meubus. Tu prends une bande de papier, tu fais un demi-tour, tu colles les bouts.
Intervenant 2
Et boum, l'intérieur devient l'extérieur, dans une boucle infinie. Et ce choix de nom, il est tout sauf anodin pour Giraud.
Intervenant 1
Il annonce la couleur en fait.
Intervenant 2
C'est ça. Il s'approprie cette anomalie topologique pour dire que son art va tordre la réalité. Il revendique carrément une approche narrative qui casse la perception tridimensionnelle classique.
Intervenant 1
D'accord, je vois très bien.
Intervenant 2
Et cette porosité, elle permet aussi à la BD de se transmettre un vrai savoir. Le côté pédagogique explose en ce moment. Au Japon, t'as littéralement des mangas conçus juste pour t'apprendre l'algèbre linéaire.
Intervenant 1
Ah ouais ? Sérieux ?
Intervenant 2
Oui. Et en France, dans la fiction éducative, t'as Nicolas Clément qui a fait les aventures des Psyllones et Maëlys. Là, les concepts mathématiques, c'est carrément le carburant pour voyager dans le temps et l'espace.
Intervenant 1
Ça, c'est une super transition vers un autre aspect, la façon dont la bande dessinée documente l'histoire des mathématiques. Et là-dessus, le roman graphique, c'est un format en or.
Intervenant 2
Oh, complètement. Mais pourquoi, à ton avis ?
Intervenant 1
Bah, raconter la vie d'un chercheur, c'est pas juste dessiner un gars assis à un bureau qui gratte du papier. Il faut rendre visible une vraie tempête intérieure.
Intervenant 2
C'est très juste.
Intervenant 1
Je pense tout de suite au monumental Logicomics, scénarisé par Apostolos Doxiadis. C'est un pavé de plus de 350 pages consacré à Bertrand Ressel.
Intervenant 2
Oh, Logicomix, quel chef-d'œuvre !
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