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17 févr. 2023 · 5 min

Le film méconnu où Rossellini raconte Blaise Pascal

Dans ce podcast, suivez Pascal de Rouen à Paris, entre dialogues souvent proches de ses écrits, débats sur le vide et jeune Pierre Arditi.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Si on proposait aujourd'hui à un grand studio de cinéma un film de plus de deux heures sur un mathématicien du XVIIe siècle, je pense que ce serait compliqué.

  2. Intervenant 2

    C'est sûr que sans explosion, ni grande romance épique, le rejet serait immédiat, oui.

  3. Intervenant 1

    Exactement. Surtout pour débattre de la géométrie des cônes. Mais en 1971, Roberto Rossellini l'a fait avec son film Blaise Pascal. Et c'est une œuvre vraiment fascinante à analyser.

  4. Intervenant 2

    Et d'une audace folle, il faut le dire. Le réalisateur applique la philosophie du néo-réalisme, donc filmer la réalité de manière brute, sans artifice, à la vie d'un génie scientifique.

  5. Intervenant 1

    Oui, on suit vraiment toute sa trajectoire. Depuis son arrivée à Rouen, quand son père devient commissaire pour la levée des impôts.

  6. Intervenant 2

    Jusqu'à sa mort à Paris, oui, il y a 39 ans seulement.

  7. Intervenant 1

    C'est ça. Alors, c'est un point de vue unique, mais je vais être franc, c'est aussi d'une austérité redoutable par moment.

  8. Intervenant 2

    Ah, tu

  9. Intervenant 1

    trouves ? Je pense à cette très longue manœuvre du carrosse dans la boue au tout début.

  10. Intervenant 2

    Ah oui, c'est vrai.

  11. Intervenant 1

    Ou même le procès en sorcellerie, c'est extrêmement lent. Même les scènes mondaines ont cette espèce de musique de fond super lancinante. Du coup, est-ce que ce parti pris rythmique ne risque pas d'endormir ceux qui voudraient juste découvrir le savance et les billes ?

  12. Intervenant 2

    Alors je ne suis pas du tout de cet avis. En fait, je suis même convaincue que cette lenteur n'est pas un défaut. C'est vraiment le dispositif central de l'œuvre.

  13. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  14. Intervenant 2

    Rossellini refuse le spectaculaire exprès pour imposer une vraie authenticité intellectuelle. Si les caméras bougeaient dans tous les sens, on perdrait totalement le fil de la pensée.

  15. Intervenant 1

    Ouais, je vois ce que tu veux dire. C'est un peu comme déchiffrer un vieux manuscrit en fait. Il faut faire un effort d'immersion.

  16. Intervenant 2

    Exactement. Cette concentration quasi monacale, c'est la condition sine qua non pour accéder à la profondeur des idées développées. L'austérité sert de caisse de résonance au concept.

  17. Intervenant 1

    D'accord. L'austérité comme écrin pour la pensée, je l'entends. Mais niveau contenu, il y a quand même de quoi être un peu frustré, non ?

  18. Intervenant 2

    Sur quel point tu veux dire ?

  19. Intervenant 1

    Ben, c'est un film sur Blaise Pascal, et le fameux triangle arithmétique n'est même pas mentionné, pas une seule fois. Oui, c'est vrai qu'il

  20. Intervenant 2

    manque.

  21. Intervenant 1

    Et la notion de probabilité est juste vaguement effleurée avec le pari. C'est pas un peu absurde d'éluder les concepts qui l'ont rendu si célèbre aujourd'hui ?

  22. Intervenant 2

    Un scientifique incroyable que le film choisit, lui, d'explorer en profondeur.

  23. Intervenant 1

    C'est pas juste un sommaire de manuels scolaires.

  24. Intervenant 2

    Voilà, le scénario plonge dans de vrais débats techniques. On assiste à de longues joutes oratoires très bien documentées, avec Descartes ou avec Le Père Etienne Noël ?

  25. Intervenant 1

    Ah oui, les fameux débats sur l'existence du vide. Ça prend une place énorme dans l'intrigue.

  26. Intervenant 2

    Tout à fait, et c'est crucial de comprendre pourquoi. À l'époque, la pensée dominante affirme que la nature a horreur du vide.

  27. Intervenant 1

    C'était le dogme absolu.

  28. Intervenant 2

    L'idée même que le vide puisse exister, c'est complètement inconcevable. Donc prouver son existence par l'expérience, c'est pas juste une petite avancée en physique.

  29. Intervenant 1

    C'est un vrai séisme philosophique.

  30. Intervenant 2

    Oui, ça remettait en cause des millénaires de croyances religieuses et scientifiques. Et le film prend vraiment le temps d'expliquer ce dérangement.

  31. Intervenant 1

    Et il fait pareil pour la Pascaline, la fameuse machine à calculer. On ne dit pas juste « il a inventé une calculatrice », on voit le mécanisme.

  32. Intervenant 2

    C'est ça, on comprend comment ça marche de l'intérieur.

  33. Intervenant 1

    On l'aperçoit presque comme l'ancêtre du microprocesseur, cette idée de matérialiser mécaniquement une abstraction mentale. On parle aussi de choses très pointues comme les coniques, la géométrie des roulettes.

  34. Intervenant 2

    Et les arguments font mouche parce qu'ils sont quasiment calqués sur les vrais écrits de Pascal.

  35. Intervenant 1

    Ce qui demande des acteurs sacrément solides pour porter une telle densité sans nous perdre en route.

  36. Intervenant 2

    Oh oui, il fallait un interprète capable de soutenir cette incandescence sans sombrer dans l'ennui.

  37. Intervenant 1

    Là, l'anecdote de casting est super savoureuse. Le savant est joué par un tout lion acteur qui décrochait là un de ses premiers grands rôles, Pierre Arditi.

  38. Intervenant 2

    C'est assez amusant de le voir là-dedans, c'est vrai.

  39. Intervenant 1

    Fascinant même. Voir cette figure incontournable du cinéma français prêter ses traits juvéniles à ce mathématicien en pleine ébullition, quel contraste avec l'image qu'on a de lui aujourd'hui ?

  40. Intervenant 2

    Mais cette fièvre était indispensable au rôle. Il fallait montrer que la recherche mathématique, ce n'est pas un processus purement clinique, c'est une passion dévorante.

  41. Intervenant 1

    C'est clair.

  42. Intervenant 2

    L'œuvre de Rossellini réussit ce mariage subtil, une rigueur documentaire absolue, couplée à l'incarnation d'une époque charnière.

  43. Intervenant 1

    Ce qui amène forcément une ultime réflexion. En 71, un cinéaste arrivait à captiver avec des débats très ardus sur la pression atmosphérique ou la géométrie.

  44. Intervenant 2

    En utilisant la seule puissance des idées, oui.

  45. Intervenant 1

    Voilà. Alors qu'aujourd'hui, les découvertes mathématiques évoluent dans des sphères infiniment plus abstraites. Du coup, comment le cinéma contemporain pourrait s'y prendre pour matérialiser ces concepts modernes à l'écran sans sacrifier cette formidable exigence documentaire ?

  46. Intervenant 2

    Vaste question. C'est un très beau défi visuel et intellectuel pour l'avenir du 7e art.

  47. Intervenant 1

    Un défi passionnant, en effet. Une belle pensée pour clôturer cette analyse.

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