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18 mai 2022 · 19 min

Galois au concours : premier en maths, comment a-t-il fait ?

Dans cet épisode, suivez l’épreuve de 1829 et les deux méthodes employées par Galois pour encadrer les racines d’un polynôme.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis votre hôte pour cette émission. Et aujourd'hui, on oublie le mythe du génie tragique mort en duel à 20 ans, foudroyé en plein vol.

  2. Intervenant 2

    Ouais, le fameux rebelle romantique. Bonjour à toutes et à tous, je suis avec vous en tant qu'experte pour décortiquer cette histoire.

  3. Intervenant 1

    Salut Evelyne. Et oui, on va parler du jour où ce rebelle a décidé de s'asseoir, de se taire et de pulvériser le système institutionnel de l'intérieur pendant une épreuve de 6 heures.

  4. Intervenant 2

    C'est ça. Parce que quand on pense à une figure historique comme Évariste Galois, l'image d'Epinal qui surgit instantanément, c'est celle de l'incompris.

  5. Intervenant 1

    Le jeune prodige qui échoue au concours prestigieux parce que les examinateurs seraient prétendument incapables de saisir la portée de son génie, C'est la légende, non ?

  6. Intervenant 2

    C'est une narration qui est extrêmement séduisante. Je veux dire, on adore l'idée du génie maudit, trop brillant pour son époque. Sauf que les archives racontent parfois une histoire infiniment plus complexe.

  7. Intervenant 1

    Et à bien des égards, beaucoup plus impressionnante.

  8. Intervenant 2

    Absolument. Ce qui rend cette plongée d'aujourd'hui complètement fascinante, c'est qu'on va décortiquer une victoire totale, mais complètement oubliée de Galois. Son admission à l'école préparatoire en 1829.

  9. Intervenant 1

    En allant fouiller dans la vraie copie d'examen, c'est ça ?

  10. Intervenant 2

    Exactement, on va examiner sa véritable copie de mathématiques. C'est un document exceptionnel qui a été analysé avec une minutie incroyable par la chercheuse Caroline Erhart en 2008.

  11. Intervenant 1

    En fait, c'est un peu comme si on découvrait qu'une rockstar absolue, reconnue pour faire de la musique d'avant-garde très expérimentale et indéchiffrable, avait secrètement composé un truc avant de devenir célèbre.

  12. Intervenant 2

    Un tube pop parfait.

  13. Intervenant 1

    Ouais, voilà. Un tube pop classique hyper bien calibré. Un chef-d'œuvre académique produit uniquement pour prouver au monde entier que, oui, elle maîtrise absolument toutes les règles du jeu.

  14. Intervenant 2

    Et qu'elle choisit de les briser ensuite, mais en toute connaissance de cause. J'adore l'analogie.

  15. Intervenant 1

    Notre mission aujourd'hui, c'est de comprendre ce qui se passait dans la tête de ce jeune homme face à une épreuve aux conditions extrêmes. Et on va voir si notre époque peut encore comprendre ce type de virtuosité.

  16. Intervenant 2

    Alors pour bien saisir l'exploit, il faut vraiment poser le décor de l'année 1829. Ce n'était

  17. Intervenant 1

    pas vraiment le confort moderne j'imagine.

  18. Intervenant 2

    Ah non, pas du tout. On ne parle pas d'un examen passé dans un amphi moderne, calme, avec la clim. Le cadre institutionnel lui-même est d'une instabilité chronique.

  19. Intervenant 1

    Ça reflète un peu la France de l'époque qui n'aurait pas changé de régime politique.

  20. Intervenant 2

    Exactement. L'école que Galois tente d'intégrer, elle a une histoire super tumultueuse, un vrai yo-yo institutionnel.

  21. Intervenant 1

    Il faut imaginer la pression sur les candidats. J'ai lu que cette école, elle avait été fondée, puis dissoute, puis recréée. Et c'est ça, hein ?

  22. Intervenant 2

    C'est tout à fait ça. A l'origine, c'est l'école normale, créée en 1794 par la convention nationale, en pleine fièvre révolutionnaire.

  23. Intervenant 1

    Avec un but très idéologique, non ?

  24. Intervenant 2

    Oui, former les maîtres de la jeune république. Et quelques années plus tard, paf, Napoléon s'en empare et la refond en 1808 pour la verrouiller dans son université impériale.

  25. Intervenant 1

    Et j'imagine qu'avec la restauration et le retour de la monarchie, ça se gâte ?

  26. Intervenant 2

    Sérieusement oui. En 1822, le roi Louis XVIII en a marre et ferme purement et simplement l'école.

  27. Intervenant 1

    Attends, il ferme l'école d'un coup de stylo ?

  28. Intervenant 2

    Voilà. Les étudiants de l'époque étaient perçus comme beaucoup trop libéraux, trop dangereux pour l'ordre monarchique. Ils lisaient les Lumières, ils faisaient des maths, de la philo quoi.

  29. Intervenant 1

    Mais attends, si l'école est dissoute en 1822, dans quel cadre Galois compose-t-il sa copie en 1829 ? On a l'impression que c'est un examen clandestin ton truc ?

  30. Intervenant 2

    C'est presque ça. L'institution renaît de ses cendres, mais en catimini, sous un nom moins effrayant pour le pouvoir. Une ordonnance créée en 1826 qu'on appelle l'école préparatoire.

  31. Intervenant 1

    D'accord. Et c'est hébergé

  32. Intervenant 2

    où ? Dans les locaux du collège Louis-le-Grand à Paris. Et c'est là, dans cette ambiance politiquement très chargée, que Galois passe son concours. Et le niveau d'exigence, il est stratosphérique.

  33. Intervenant 1

    Parlons-en de cette exigence. Parce que les conditions matérielles de l'épreuve défient l'entendement. On enferme les candidats avec des plumes, de l'encre, du papier et ils ont six heures.

  34. Intervenant 2

    Six heures pour seulement deux questions ?

  35. Intervenant 1

    C'est dingue. Au premier abord, on se dit, génial, six heures pour deux questions, c'est une promenade de santé. On a le temps d'explorer, de rêvasser, de faire mille brouillons.

  36. Intervenant 2

    Sauf qu'une petite note lapidaire à la fin du sujet vient briser cette illusion de confort. Il est précisé que les candidats sont, et je cite les termes exacts, « privés du secours de tout ouvrage de mathématiques ».

  37. Intervenant 1

    Waouh, donc pas de table de logarithme, pas de manuel de formule, rien du tout.

  38. Intervenant 2

    Rien. Le candidat est absolument seul face à sa propre mémoire encyclopédique.

  39. Intervenant 1

    C'est de la survie en milieu hostile ce truc. Et quand on observe la copie originale de Galois, il y a un détail qui donne vraiment des frissons.

  40. Intervenant 2

    Tu penses à l'absence d'appréciation.

  41. Intervenant 1

    Ouais, il n'y a quasiment aucun appréciation du correcteur. Pas de notes dans la marge, pas de petit très bien ou de à revoir. Mais l'écriture de Galois, elle, elle est d'une régularité maniaque.

  42. Intervenant 2

    Presque inhumaine en fait. Pas une seule rature, pas une hésitation visible.

  43. Intervenant 1

    Mais pourquoi le système valorisait à ce point une restitution par cœur, super mécanique, plutôt que la créativité ? On cherchait à recruter des génies ou des photocopieuses humaines en fait ?

  44. Intervenant 2

    Bah, c'est une excellente réflexion. Ça touche au cœur même de la pédagogie du XIXe siècle. Le but de ce concours, c'est pas du tout détecter un potentiel inventif.

  45. Intervenant 1

    Ce n'est pas un laboratoire, c'est une douane.

  46. Intervenant 2

    Exactement. On veut s'assurer que le candidat possède des fondations en béton armé. On attend de lui qu'il connaisse tous les outils conceptuels développés depuis des siècles de mémoire.

  47. Intervenant 1

    Et qu'il puisse les appliquer sur des calculs monstrueux sans trébucher.

  48. Intervenant 2

    Voilà.

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