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18 mai 2022 · 20 min

Galois lycéen : ses copies dévoilent ses premiers raisonnements

Dans cet épisode, suivez les copies conservées du jeune Galois, des logarithmes aux nombres complexes, et découvrez l’habileté de ses raisonnements.

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  1. Intervenant 1

    Salut à toutes et à tous et bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Alors aujourd'hui, j'aimerais qu'on imagine une scène ensemble.

  2. Intervenant 2

    Ouais, vas-y, je t'écoute.

  3. Intervenant 1

    Fermez les yeux un instant. Imaginez un type en train de poser les fondations mathématiques de trucs hallucinants, genre des algorithmes de trading à haute fréquence ou de la géométrie algébrique quantique. Ah bah des trucs bien costauds. Grave. Mais le truc, c'est que tout ça s'est griffonné à la va-vite dans les marches toutes froissées d'un cahier d'écoliers. Et juste avant de se faire recaler par son lycée en plus.

  4. Intervenant 2

    C'est vrai que c'est un contraste hyper saisissant. Parce que d'habitude, l'histoire des sciences aime bien nous raconter les grandes découvertes, comme des espèces de révélations immaculées, tu vois.

  5. Intervenant 1

    Ouais, le G.I. faut râper par la

  6. Intervenant 2

    foudre, quoi. Voilà, on retient le théorème super bien encadré dans le manuel universitaire et on efface soigneusement toutes les ratures, les impasses, les brouillons.

  7. Intervenant 1

    Mais justement, pour cette nouvelle plongée au cœur de l'histoire des mathématiques, notre mission, ça va être de ramasser ces feuilles froissées. On va plonger dans les brouillons de Genèse d'une vraie légende. Évariste Galois.

  8. Intervenant 2

    Ah Galois, rien que le nom, ça évoque tout de suite un

  9. Intervenant 1

    mythe. C'est clair, on pense direct au génie foudroyant, au destin tragique, sa mort complètement absurde dans un duel au pistolet à même pas 20 ans.

  10. Intervenant 2

    Oui, on a vite fait d'en faire une icône romantique. Mais on oublie presque systématiquement qu'avant d'être cette légende, c'était d'abord un ado.

  11. Intervenant 1

    Mais oui, un lycéen en chair et en os, assis sur un banc, qui devait scolter des profs, des bulletins de notes et surtout des échecs cuisants.

  12. Intervenant 2

    Et c'est précisément ce matériel brut qui rend notre exploration du jour si fascinante. Parce que ses archives scolaires, elles ne nous montrent pas le mathématicien accompli, elles nous montrent un esprit en pleine ébullition.

  13. Intervenant 1

    En plein chantier même.

  14. Intervenant 2

    C'est ça. C'est une fenêtre, vraiment rarissime sur la mécanique interne d'un cerveau qui commence tout juste à capter que le cadre qu'on essaie de lui imposer est beaucoup beaucoup trop étroit pour lui.

  15. Intervenant 1

    Alors pour bien comprendre d'où sortent ces brouillons, il faut absolument qu'on plante le décor. Et ce décor, c'est la France du début du XIXe siècle, avec un système éducatif qui traverse une énorme crise d'identité.

  16. Intervenant 2

    Ouais, c'est le moins qu'on puisse dire. Le parcours du jeune Galois, c'est tout sauf une ligne droite vers la gloire.

  17. Intervenant 1

    On est en quelle année exactement ?

  18. Intervenant 2

    Alors nous sommes très précisément en janvier 1827. Galois, il est élève au fameux lycée Louis-le-Grand à Paris. Il vient d'entamer son année en classe de première.

  19. Intervenant 1

    Ce qu'on appelait la classe de rhétorique à l'époque, c'est

  20. Intervenant 2

    ça ? Exactement. Et là, c'est le drame. L'institution tranche et c'est sans appel. Ses résultats sont jugés insuffisants. On le trouve trop dispersé. Donc le corps enseignant décide tout bonnement de le rétrograder. Il est renvoyé en classe de seconde.

  21. Intervenant 1

    Attends, attends, le grand évariste galois, le mec dont les théorèmes font encore transpirer les étudiants en master de maths aujourd'hui, il s'est fait recaler au lycée ?

  22. Intervenant 2

    Eh oui, c'est l'ironie absolue. Mais en fait, cette rétrogradation, ça va être le point de bascule de sa vie.

  23. Intervenant 1

    Ah bon ? Comment ça ?

  24. Intervenant 2

    Parce qu'en retournant en seconde, il a la possibilité de s'inscrire à une toute nouvelle option qui vient de faire son apparition au programme. Ça s'appelle la mathématique préparatoire.

  25. Intervenant 1

    Une option ? Attends, les maths, c'était juste une option ?

  26. Intervenant 2

    Ouais, il faut bien comprendre le contact politique de l'époque. Sous la Révolution Française, et après sous l'Empire avec Napoléon, les sciences exactes, c'était la priorité absolue. L'État avait un besoin viscéral d'ingénieurs, d'artillers pour l'armée, de stratages.

  27. Intervenant 1

    Donc les maths étaient

  28. Intervenant 2

    reines, quoi. Voilà. Sauf qu'en 1827, Napoléon n'est plus là. On est en pleine restauration.

  29. Intervenant 1

    Ah oui, le retour des rois, le régime monarchique reprend les reines.

  30. Intervenant 2

    Tout à fait, et avec ce changement de régime, les priorités éducatives basculent complètement. On remet les humanités sur un piédestal, le latin, le grec, la littérature classique, ça redevient le cœur de la formation de l'élite.

  31. Intervenant 1

    Et les sciences dans tout ça ?

  32. Intervenant 2

    Relégués au second plan, les maths sont perçues presque comme une discipline bassement technique, un truc utilitariste, donc un enseignement périphérique.

  33. Intervenant 1

    C'est fou, et c'est donc dans cette petite classe périphérique qu'ils croisent la route d'un prof, un certain Hippolyte Vernier. Et à partir de là, quand on rit les textes d'époque, on assiste à une transformation radicale du gamin.

  34. Intervenant 2

    Ah oui, c'est un véritable choc. Ce n'est pas juste un petit intérêt qui s'éveille, c'est une obsession totale.

  35. Intervenant 1

    Il y a une de nos sources qui utilise une expression que je trouve magnifique pour décrire son état en 1827. Ils disent « c'est la fureur des mathématiques qui le domine ».

  36. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Il arrête littéralement de bosser dans toutes les autres matières. Le latin, l'histoire, la fameuse rhétorique, tout passe à la trappe.

  37. Intervenant 1

    Du coup, c'est un peu comme si le futur Mozart se faisait recaler au conservatoire parce qu'il refusait catégoriquement de jouer les gammes classiques qu'on lui imposait.

  38. Intervenant 2

    C'est une super analogie. Cette focalisation exclusive, elle produit une accélération dingue de ses capacités en maths, mais en même temps, elle détruit complètement son profil d'élève modèle.

  39. Intervenant 1

    Forcément.

  40. Intervenant 2

    Et lui, il est tellement convaincu de son niveau qu'il décide de griller toutes les étapes. Il se présente au concours d'entrée de la célébrissime École Polytechnique sans même avoir fait la préparation classique.

  41. Intervenant 1

    Oh le culot ! Et j'imagine que ça passe ou ça casse ? Galois

  42. Intervenant 2

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  43. Intervenant 1

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  44. Intervenant 2

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  45. Intervenant 1

    Bon, je vais me faire l'avotat du diable une seconde. Parce que, tu vois, quand on lit ce genre de récits historiques, on a vite tendance à romantiser la rébellion.

  46. Intervenant 2

    C'est vrai, oui.

  47. Intervenant 1

    Du coup, je me demande, est-ce qu'on est vraiment face à un génie incompris par un système complètement aveugle ? Ou est-ce que c'était juste un ado profondément arrogant qui refusait d'apprendre les bases avant de vouloir courir le marathon ? Enfin, s'il était si doué, pourquoi il rate un concours de maths ?

  48. Intervenant 2

    C'est une excellente question. Et c'est vraiment tout le cœur du décalage cognitif de Galois. Le truc, c'est pas du tout qu'il ignore les bases, c'est qu'il refuse la méthode d'évaluation.

  49. Intervenant 1

    Ah genre il veut pas jouer le jeu ?

  50. Intervenant 2

    Voilà. Son échec à l'oral, ce n'est pas un échec de compréhension mathématique, c'est un échec de conformité.

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