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18 févr. 2021 · 24 min

Tomographie : comment le scanner reconstruit l’intérieur du corps

Dans cet épisode, suivez le passage des mesures sous plusieurs angles à l’image reconstruite, puis découvrez les deux grandes familles de méthodes.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Quel plaisir de retrouver notre audience aujourd'hui pour une nouvelle exploration qui va très littéralement nous faire voir à l'intérieur des choses.

  2. Intervenant 2

    Bonjour et oui, je suis ravi d'être là pour parler de ça. C'est un sujet vraiment vertigineux.

  3. Intervenant 1

    Totalement. Pour commencer, il faut s'imaginer face à un objet solide, complètement opaque, complètement scellé, un gros bloc de pierre, une pièce de métal forgée ou même le corps humain. La grande question, le mystère absolu depuis des siècles, c'est de savoir comment on peut observer précisément ce qui se cache au cœur de cette matière.

  4. Intervenant 2

    Sans jamais l'ouvrir.

  5. Intervenant 1

    Exactement, sans l'ouvrir, sans la briser et sans la découper. C'est presque un fantasme de science-fiction, une sorte de vision à rayons X digne des bandes dessinées. Mais le truc fou, c'est que ça existe dans la réalité de tous nos hôpitaux.

  6. Intervenant 2

    C'est clair. Et le plus surprenant secret-clé de ce pouvoir de super-héros, on va dire, elle ne réside pas seulement dans des capteurs ultra-sophistiqués.

  7. Intervenant 1

    Ah non ?

  8. Intervenant 2

    Mais non. C'est avant tout un défi mathématique absolument monumental. Un casse-tête de géométrie et de calcul qui a mis plus d'un siècle à être résolu en fait.

  9. Intervenant 1

    Et c'est exactement ce qui rend le sujet si captivant. Donc pour cette plongée d'aujourd'hui, on s'appuie sur un article passionnant de Tangente qui traite de ce qu'on appelle la reconstruction tomographique.

  10. Intervenant 2

    Tout à fait.

  11. Intervenant 1

    L'objectif pour nous, c'est de comprendre l'incroyable mécanique intellectuelle, ce moteur mathématique qui tourne à plein régime là, en ce moment même, à l'intérieur de chaque IRM et de chaque scanner médical dans le monde.

  12. Intervenant 2

    C'est un sacré programme.

  13. Intervenant 1

    Je suis prête. Pour bien visualiser l'ampleur du défi, j'aimerais proposer une image mentale à toutes les personnes qui nous écoutent. Imaginons un objet mystère, disons une sculpture avec des formes hyper complexes qui est suspendue au milieu d'une pièce vide.

  14. Intervenant 2

    Ok, je la vois.

  15. Intervenant 1

    On a interdiction absolue de la regarder directement. La seule chose qu'on a le droit de faire, c'est d'allumer des lampes de poche tout autour d'elle, sous des dizaines d'angles différents. Et ensuite, on observe uniquement les ombres chinoises qu'elles projettent sur les murs de la pièce. Et le but du jeu, c'est de deviner la forme exacte en 3D, avec tous les détails à l'intérieur, en ne regardant que ces ombres totalement aplaties. C'est un peu l'idée de départ, non ?

  16. Intervenant 2

    Alors, l'analogie des ombres projetées, elle est super, elle pose très bien le problème. Mais il faut la pousser un cran plus loin pour vraiment toucher à la réalité physique.

  17. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  18. Intervenant 2

    Avec une lampe de poche, la lumière s'arrête à la surface de l'objet. L'ombre ne donne que les contours extérieurs. En tomographie, la lumière classique, ça ne suffit pas du tout. Ah oui, forcément. D'ailleurs, le mot lui-même raconte sa propre histoire. L'étymologie repose sur deux racines grecques. On a « tomo » qui vient de « tomos » et qui signifie « la tranche » ou « la coupe ».

  19. Intervenant 1

    D'accord.

  20. Intervenant 2

    Et « graphie » de « graphia » qui est « l'écriture » ou « la représentation ».

  21. Intervenant 1

    Donc c'est l'art de dessiner une tranche en fait.

  22. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Et pour voir dans la tranche, on n'utilise pas des faisceaux lumineux basiques, mais des rayonnements physiques qui sont capables de traverser la matière de part en part.

  23. Intervenant 1

    D'accord. Donc là, on parle des fameux rayons X qu'on connaît bien quand on va faire, je ne sais pas, une radio classique aux urgences.

  24. Intervenant 2

    C'est l'exemple le plus courant, oui. Mais l'article source précise bien que le principe mathématique derrière, il est totalement universel.

  25. Intervenant 1

    Ce n'est pas limité aux rayons

  26. Intervenant 2

    X. Pas du tout. On peut utiliser des rayons gamma, des flux de muons cosmiques ou même, et ça c'est dingue, des ondes sismiques qui traversent la croûte terrestre.

  27. Intervenant 1

    Ah ouais, carrément la

  28. Intervenant 2

    croûte terrestre. Oui. La nature du rayon importe peu, au final. Ce qui compte, c'est que le rayonnement perd de l'énergie en traversant la matière. On capte ce qui ressort de l'autre côté et on mesure cette perte d'énergie pour en déduire la densité de ce qui se trouve à l'intérieur.

  29. Intervenant 1

    Bon, décortiquons un peu tout ça. Si je saisis bien la logique, c'est une gymnastique intellectuelle qui marche complètement à l'envers par rapport à notre intuition quotidienne.

  30. Intervenant 2

    C'est-à-dire ?

  31. Intervenant 1

    Ben, dans la vie de tous les jours, la cause crée la conséquence. On a un objet physique, la lumière tape dessus et boum, ça crée une ombre. L'ombre, c'est la conséquence.

  32. Intervenant 2

    C'est ça.

  33. Intervenant 1

    Mais là, l'équation nous demande de faire le chemin rigoureusement inverse. On ne possède que l'ombre et on doit recréer l'objet qui l'a causé.

  34. Intervenant 2

    C'est ça.

  35. Intervenant 1

    C'est comme si, imaginez, on demandait à un grand critique culinaire de deviner la recette exacte d'un gâteau au chocolat au gramme de farine près, à la pincée de sel près et même le temps de cuisson à la seconde

  36. Intervenant 2

    près.

  37. Intervenant 1

    Et tout ça uniquement en goûtant une seule toute petite miette une fois que le gâteau est cuit. Ça paraît mathématiquement instable ou même carrément impossible.

  38. Intervenant 2

    Ce qui est fascinant ici, c'est que cette sensation d'impossibilité, ce vertige face au manque de données initiales, ça porte un nom très officiel en mathématiques.

  39. Intervenant 1

    Ah bon ?

  40. Intervenant 2

    Oui, c'est ce qu'on appelle un problème inverse.

  41. Intervenant 1

    Un problème inverse, ok.

  42. Intervenant 2

    Dans le monde des mathématiques appliquées et de la physique, un problème inverse consiste très précisément à déterminer les causes d'un phénomène à partir de l'observation expérimentale de ses effets. Et c'est effectivement le cœur du réacteur de cette reconstruction tomographique.

  43. Intervenant 1

    Sauf qu'en médecine, j'imagine qu'on peut pas se contenter de deviner à peu près la recette du gâteau. Ah

  44. Intervenant 2

    non, ce mot pas !

  45. Intervenant 1

    Quand on parle d'une image médicale où le moindre pixel qui serait erroné pourrait cacher une tumeur ou à l'inverse inventer une anomalie qui existe même pas, il faut une certitude absolue. Comment les maths transforment ce problème inverse en une vraie certitude clinique ?

  46. Intervenant 2

    Et sur une modélisation mathématique très, très stricte de l'acquisition. Pour vulgariser un peu le schéma qui est présenté dans notre source, il faut imaginer la machine en action.

  47. Intervenant 1

    D'accord, je visualise.

  48. Intervenant 2

    Une source émet un rayonnement et un capteur en face le reçoit. On fait une première mesure externe, à travers le corps. Mathématiquement, on note cette mesure avec la fonction P .

  49. Intervenant 1

    Attendez, ne me perdez pas avec l'équation. Le P, j'imagine que c'est pour projection, l'ombre chinoise dont on parlait tout à l'heure.

  50. Intervenant 2

    C'est bien

  51. Intervenant 1

    ça. Mais que représentent ces symboles grecs Theta et Sigma ?

  52. Intervenant 2

    Alors, le Theta, ça représente simplement l'angle de la prise de vue, l'angle sous lequel la machine regarde le corps à un instant

  53. Intervenant 1

    T. D'accord.

  54. Intervenant 2

    Et la variable Sigma, elle, elle représente la position le long du capteur. Donc la fonction P de Theta et Sigma vous donne le profil d'absorption, l'ombre dense ou claire si vous voulez, pour un angle bien spécifique.

  55. Intervenant 1

    D'accord, je visualise très bien. C'est une seule photo sous un seul angle. Mais on a dit tout à l'heure que ça ne suffisait pas du tout pour régler notre problème inverse.

  56. Intervenant 2

    Absolument pas. Imaginez que vous avez un point très dense au milieu de l'organe, d'accord ? Sur une seule projection, vous savez qu'il est situé sur cette ligne-là, mais vous ne savez pas du tout à quelle profondeur. Ah bah oui, forcément. Il faut donc faire tourner la machine, on modifie l'angle θ, on prend une nouvelle mesure, on tourne d'un petit degré, on reprend une mesure. Et on recommence des centaines de fois.

  57. Intervenant 1

    Et ensuite, on fait quoi de toutes ces photos ?

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