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4 déc. 2024 · 20 min

Même aire, autre polygone : le puzzle des découpes

Dans cet épisode, suivez les étapes qui transforment un polygone en un autre : triangles, rectangles et carrés deviennent les pièces du puzzle.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans cette nouvelle exploration, le podcast du magazine Tangente. C'est vraiment une joie de se retrouver pour une plongée mathématique qui va radicalement transformer notre façon d'appréhender le monde physique.

  2. Intervenant 2

    Bonjour Sam. Et oui, préparez-vous parce qu'on va manipuler l'espace aujourd'hui.

  3. Intervenant 1

    Absolument. Pour démarrer, imaginez 14 simples morceaux de géométrie découpés dans un vieux parchemin.

  4. Intervenant 2

    Ou un morceau d'os, comme on le faisait à l'époque.

  5. Intervenant 1

    Ouais, un morceau d'os, c'est ça. Avec ces 14 pièces qui forment le plus ancien puzzle connu de l'humanité, le stomation d'Archimède, on peut créer des milliers de formes différentes. C'est fou, hein ? C'est absolument vertigineux. On peut faire des silhouettes d'animaux, des objets géométriques, des profils humains. La créativité humaine qui explose à partir d'une contrainte aussi basique.

  6. Intervenant 2

    Mais aujourd'hui, on ne va pas faire

  7. Intervenant 1

    ça. Non, on ne va pas se contenter d'assembler ces pièces. On va prendre le problème exactement à l'envers. Notre grand fil rouge aujourd'hui, c'est la question inverse. Alors décortiquons tout ça.

  8. Intervenant 2

    Et c'est une interrogation redoutable qui a tenu en haleine les plus grands cerveaux de l'histoire. Au lieu de partir des pièces pour créer une forme, partons de deux formes complètement distinctes.

  9. Intervenant 1

    Genre un carré et un cercle ?

  10. Intervenant 2

    Plutôt un carré parfait d'un côté et, disons, une étoile à cinq branches de l'autre. À quelles conditions mathématiques et physiques exactes, ces deux polygones peuvent-ils être découpés pour former très exactement le même puzzle ?

  11. Intervenant 1

    C'est-à-dire comment être absolument certain qu'on peut cisailler la première forme en un nombre fini de morceaux et réarranger ces morceaux pour épouser les contours parfaits de la deuxième forme.

  12. Intervenant 2

    Voilà. Et ça, sans qu'il ne manque un seul millimètre carré et sans qu'aucune pièce ne dépasse.

  13. Intervenant 1

    Dit comme ça, ça ressemble beaucoup plus à un tour de magie qu'à de la science, pour le coup.

  14. Intervenant 2

    Ah, mais c'est toute la puissance de la géométrie. L'objectif aujourd'hui, c'est d'entreprendre un véritable voyage conceptuel. On va traverser les siècles, des théorèmes de 1790 jusqu'aux découvertes ultramodernes sur les origamis cinématiques. On va explorer la géométrie euclidienne de manière palpable, physique, mais avec une rigueur scientifique absolue. On va jouer avec la matière spatiale, mais on va le faire en respectant des lois très strictes.

  15. Intervenant 1

    Et justement, avant d'attraper nos ciseaux virtuels pour découper ces formes, il faut définir le terrain de jeu. La géométrie, ce n'est pas le royaume du chaos.

  16. Intervenant 2

    Loin de là, oui.

  17. Intervenant 1

    La toute première règle pour espérer qu'une forme puisse se métamorphoser en une autre, c'est d'avoir la même surface. C'est ce qu'on appelle être équivalent, c'est bien ça ?

  18. Intervenant 2

    C'est exactement ça. C'est la condition fondatrice. Sans cela, le problème est réglé d'avance.

  19. Intervenant 1

    C'est un peu comme se lancer dans la rénovation d'un parquet. Si on démonte le sol rectangulaire d'un salon pour paver un couloir en L, on peut réarranger les lattes à l'infini, faire des motifs en chevron, mais on ne peut pas créer de la matière à partir du néant.

  20. Intervenant 2

    Non, la magie a ses limites.

  21. Intervenant 1

    Voilà. La surface de départ est une limite physique incontournable.

  22. Intervenant 2

    Mais une fois cette aire validée, une seconde règle bien plus stricte entre en jeu. La géométrie euclidienne fonctionne avec ce qu'on appelle des isométries.

  23. Intervenant 1

    Des isométries ?

  24. Intervenant 2

    Oui. Une isométrie, c'est un déplacement qui ne déforme pas la pièce, qui conserve parfaitement les longueurs et les angles.

  25. Intervenant 1

    Donc, on parle des mouvements basiques. On glisse la pièce sur la table, ce sont les translations, et on la fait tourner sur elle-même, les rotations. On a le droit de faire ça.

  26. Intervenant 2

    Parfaitement. On glisse et on tourne. Mais attention, ce qui est fascinant ici, c'est que l'on s'interdit formellement d'utiliser les symétries axiales.

  27. Intervenant 1

    L'effet miroir.

  28. Intervenant 2

    C'est ça, on s'interdit l'effet miroir.

  29. Intervenant 1

    Attendez, pourquoi ? Si je prends une pièce de puzzle en bois asymétrique, je peux techniquement la retourner pour utiliser l'autre face. Pourquoi la géométrie crie à la triche dans ce cas ?

  30. Intervenant 2

    Eh bien, parce que pour retourner cette pièce en bois sur la table de votre salon, qu'est-ce que vous faites ? Vous devez la soulever. Ah, oui. Le simple fait de la décoller de la table, c'est quitter notre plan en deux dimensions pour s'échapper dans la troisième dimension, l'espace, avant de revenir se poser. Et selon les règles de notre jeu purement plan, c'est illégal.

  31. Intervenant 1

    Je vois. Le dessus de la pièce doit toujours pointer vers le ciel.

  32. Intervenant 2

    Exactement. La forme ne doit jamais quitter le plan 2D.

  33. Intervenant 1

    Très clair. Le cadre est verrouillé, même surface, on glisse, on pivote, mais on ne soulève jamais rien. Maintenant, la question centrale. Est-ce qu'en respectant ces règles drastiques, absolument n'importe quelle paire de polygones de même surface peut se transformer l'un en l'autre ?

  34. Intervenant 2

    C'est la grande question.

  35. Intervenant 1

    Comment prouver que deux formes sont toujours équidécomposables ?

  36. Intervenant 2

    La réponse nous vient d'un théorème dont la construction est elle-même un travail collectif fascinant. C'est le théorème de Boliaï-Gerwin. Le problème a été posé en 1790 par un mathématicien hongrois, Farkas Boliaï. Puis des esprits brillants comme Laurie en 1814, Wallace en 1831, Bolliahi lui-même en 1832 et Gerwin en 1833. Ils ont tous convergé vers la même démonstration de manière indépendante.

  37. Intervenant 1

    Et c'est là que ça devient vraiment intéressant. Parce que ce théorème ne se contente pas d'affirmer vaguement que c'est possible. Il livre un algorithme concret.

  38. Intervenant 2

    Une méthode de découpe pas à pas, oui. C'est l'élégance suprême de ce théorème. Farkas Bolliahi a eu une intuition géniale.

  39. Intervenant 1

    Laquelle ?

  40. Intervenant 2

    Plutôt que d'essayer de chercher comment découper une étoile pour qu'elle s'emboîte directement dans un hexagone, ce qui serait un casse-tête infernal, il utilise une monnaie d'échange universelle.

  41. Intervenant 1

    Un intermédiaire géométrique.

  42. Intervenant 2

    Le carré parfait. Son algorithme montre comment découper n'importe quel polygone pour en faire un carré. Si la forme A devient un carré et que la forme B devient un carré de la même taille,

  43. Intervenant 1

    Il suffit de superposer les deux plans de coupe pour passer de A à B. Le fameux problème de la quadrature.

  44. Intervenant 2

    C'est ça.

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