tangenteAudio

18 mai 2021 · 21 min

GeoGebra : du mémoire étudiant au logiciel mondial

Cet épisode suit GeoGebra, du mémoire de master au logiciel mondial porté par l’open source, puis éclaire ses usages et ses limites en classe.

Premium
Collections de cet épisode (6)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.

  2. Intervenant 2

    Bonjour et ravie d'être

  3. Intervenant 1

    là. Aujourd'hui, on va voir comment le cruel manque d'ordinateurs dans les écoles les plus les plus pauvres du monde a accidentellement transformé les smartphones de millions d'adolescents en laboratoires de mathématiques ultra puissants.

  4. Intervenant 2

    C'est vraiment un paradoxe fascinant, ouais.

  5. Intervenant 1

    Et le plus fou, c'est que tout a commencé de la manière la plus modeste qui soit, enfin, avec un étudiant qui voulait simplement valider son diplôme universitaire.

  6. Intervenant 2

    Exactement, loin des grandes firmes technologiques.

  7. Intervenant 1

    Parce que d'habitude, la géométrie, ça évoque une image mentale très figée. Un grand tableau noir couvert de craies, des figures tracées à la règle, au compas. C'est précis, c'est très rigoureux, mais c'est immobile. Complètement

  8. Intervenant 2

    immobile, oui.

  9. Intervenant 1

    Mais notre exploration du jour va plonger dans un univers qui vient complètement bouleverser cette immobilité. On va voir comment rendre les maths vivantes, malléables, interactives. On va décortiquer les rouages d'un outil tentaculaire que des millions de personnes connaissent, GeoGebra.

  10. Intervenant 2

    Alors, pour poser calmement les bases de notre discussion, il est très utile de revenir sur ce nom. GeoGebra. En fait, c'est un mot valise assez astucieux qui fusionne l'anglais « géométrie »

  11. Intervenant 1

    Donc la géométrie.

  12. Intervenant 2

    C'est ça. Et algebra, l'algèbre. Et cette fusion, ce n'est pas juste un choix marketing pour faire joli. C'est vraiment l'essence même du logiciel.

  13. Intervenant 1

    Oui, parce que historiquement, on a toujours un peu séparé les deux.

  14. Intervenant 2

    Absolument. L'enseignement a souvent scindé la représentation spatiale et visuelle d'un côté et la formulation symbolique, les équations, de l'autre. Le but de l'interface de GeoGebra, c'est de lier les deux, en temps réel.

  15. Intervenant 1

    C'est de la géométrie d'imamip en fait.

  16. Intervenant 2

    Voilà. Et aujourd'hui, le logiciel a largement, mais alors très largement dépassé le stade de la simple géométrie plane en 2D.

  17. Intervenant 1

    Ah oui, c'est devenu un monstre.

  18. Intervenant 2

    C'est un véritable écosystème, les GeoGebra. Ça intègre de la 3D, un graffeur pour faire de l'étude de fonctions très poussées, un tableur et même des modules de calculs formels.

  19. Intervenant 1

    Alors, décortiquons tout ça. Parce que quand on observe une machine pédagogique d'une telle ampleur aujourd'hui, avec des millions d'utilisateurs tous les jours, la logique voudrait qu'elle ait été pensée dans une salle de conférence de la Silicon Valley, non ?

  20. Intervenant 2

    Bah oui, on s'attend à ça !

  21. Intervenant 1

    Avec des énormes levées de fonds, une armée de développeurs surpayés. Mais pourtant, l'origine de ce standard mondial, elle se trouve en Autriche, en 2002.

  22. Intervenant 2

    C'est ça l'histoire folle. Tout part de Marcus Owen-Whorter, qui est alors étudiant à l'université Johannes Kepler de Linz.

  23. Intervenant 1

    Il suit un cursus de quoi à ce moment-là ?

  24. Intervenant 2

    Un double cursus, en informatique et en mathématiques. Et son objectif à lui est super clair, il veut juste devenir professeur. Rien de plus ! Mais il lui faut un sujet pour son mémoire de fin de master.

  25. Intervenant 1

    Attends, donc le mec a inventé GeoGebra juste pour un devoir de fin d'études ?

  26. Intervenant 2

    Littéralement, c'est ce qui rend la jeunesse du projet si particulière. Ce n'était pas du tout une démarche d'entrepreneur qui voulait disrupter le marché de l'éducation. Il s'agissait juste de valider des crédits universitaires.

  27. Intervenant 1

    C'est incroyable. C'est un peu comme si, je sais pas, comme si on créait un petit tableau Excel vite fait pour faire ses comptes perso à la maison et qu'on finissait par inventer un standard mondial pour la finance.

  28. Intervenant 2

    Exactement la même dynamique. Marcus voulait simplement concevoir un petit outil logiciel en combinant ses deux compétences en maths et en infos.

  29. Intervenant 1

    Pour son futur métier de prof, du coup.

  30. Intervenant 2

    Exactement. Et d'ailleurs, une fois son diplôme en poche, il a tout naturellement commencé à enseigner.

  31. Intervenant 1

    Il a pris un poste normal, quoi.

  32. Intervenant 2

    Oui, et honnêtement, si la trajectoire s'était arrêtée là, ce petit programme serait resté à prendre la poussière numérique sur le vieux serveur de son université autricienne.

  33. Intervenant 1

    Mais voilà, écrire quelques lignes de code pour valider un diplôme, ça propulse pas un logiciel sur les écrans du monde entier. D'habitude pour ça, il faut une force de frappe commerciale énorme.

  34. Intervenant 2

    C'est vrai.

  35. Intervenant 1

    Il y a donc eu un point de bascule. Nos sources pour cette exploration pointent vers l'influence de son tuteur de l'époque et vers un prix suédois, le... le European Academic Software Award.

  36. Intervenant 2

    Oui, un prix prestigieux.

  37. Intervenant 1

    Mais comment, au début des années 2000, face à des grosses institutions qui avaient de vrais budgets de recherche pour les logiciels éducatifs, comment ce simple devoir de master a-t-il pu rivaliser à ce niveau ?

  38. Intervenant 2

    Ce qui est fascinant ici, c'est vraiment le mécanisme de l'internationalisation forcée.

  39. Intervenant 1

    Forcée ? Comment ça ?

  40. Intervenant 2

    En fait, c'est l'ancien tuteur universitaire de Marcus qui a insisté lourdement pour qu'il soumette son travail à ce fameux concours suédois. Le problème, c'est que l'interface et toute la documentation technique étaient exclusivement en allemand.

  41. Intervenant 1

    Ah bah oui, logique pour un étudiant autrichien.

  42. Intervenant 2

    Du coup, pour que le jury international puisse seulement évaluer le logiciel, Marcus a été obligé de tout traduire vers l'anglais.

  43. Intervenant 1

    Oh, le coup de génie involontaire !

  44. Intervenant 2

    Mais oui, cette simple contrainte académique s'est transformée en un effet de levier monumental. L'anglais a fait sauter la barrière régionale d'un seul coup.

  45. Intervenant 1

    Et donc il gagne ce prix européen.

  46. Intervenant 2

    Il le gagne, et ça lui apporte une validation institutionnelle super forte. Ça a créé un tel pic de visibilité que ça l'a convaincu de ne pas abandonner le développement.

  47. Intervenant 1

    D'accord, donc... La notoriété arrive grâce au prix. Ça explique la tension initiale, mais ça explique toujours pas la distribution mondiale sans argent derrière.

  48. Intervenant 2

    Non, ça c'est l'étape d'après.

  49. Intervenant 1

    C'est là que la trajectoire bifurque vers un modèle totalement différent, le hasard absolu de l'open source. Parce qu'il faut se rappeler qu'en 2004 ou 2005, la philosophie du logiciel libre, c'était pas du tout aussi évident et omniprésent qu'aujourd'hui.

  50. Intervenant 2

    Pas du tout. À l'époque, les grands éditeurs verrouillaient leurs codes à double tour.

  51. Intervenant 1

    Et de ce que disaient les sources, Marcus lui-même admet qu'il n'y connaissait absolument rien à l'open source.

  52. Intervenant 2

    Bah non, rien. L'adoption de ce modèle s'est faite par une rencontre purement fortuite. C'est pas du tout une idéologie qu'il avait au départ. En fait, il y aura collègues basés dans une université au Luxembourg qui découvrent la version anglophone du logiciel. Ok. Et ce collègue contacte Marcus parce qu'il a un besoin très précis. Il veut adapter l'outil pour un public d'école primaire.

  53. Intervenant 1

    Donc pour des enfants plus jeunes.

  54. Intervenant 2

    C'est ça. Et c'est ce fameux collègue luxembourgeois qui va véritablement éduquer Marcus au principe du logiciel livre. Il lui explique que s'il publie son code source ouvertement, n'importe quel chercheur ou prof dans le monde pourra contribuer, sans aucune friction juridique ou financière.

  55. Intervenant 1

    C'est dingue, mais comment ça s'organise techniquement à ce moment-là ?

La suite de la transcription est réservée aux abonnés.

S’abonner

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.