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24 août 2023 · 20 min

Cauchy-Schwarz : comment des sommes ont-elles mené aux vecteurs ?

Comment une inégalité sur des sommes devient-elle une borne du produit scalaire ? Cet épisode audio suit Cauchy, Bouniakowsky et Schwarz.

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  1. Intervenant 1

    Imaginez inventer un outil mathématique hyper puissant, genre un truc qui est utilisé aujourd'hui dans l'intelligence artificielle, la physique quantique, l'analyse de

  2. Intervenant 2

    données. Un outil incontournable quoi.

  3. Intervenant 1

    C'est ça. Et puis paf, être complètement effacé de l'histoire internationale, juste parce qu'on a oublié de justifier ses calculs.

  4. Intervenant 2

    C'est un peu le cauchemar de tout scientifique.

  5. Intervenant 1

    Absolument. Eh bien, bienvenue dans le podcast du magazine Tangente et je suis ravie d'accueillir tous ceux qui nous font le plaisir d'écouter cette exploration. Aujourd'hui, on plonge dans le scandale et les intuitions géniales qui se cachent derrière la célèbre inégalité de Cauchy-Schwarz.

  6. Intervenant 2

    Ah, la fameuse !

  7. Intervenant 1

    Oui. Notre mission pour cette session, c'est vraiment de décortiquer comment cette formule a mis près d'un siècle à prendre sa forme définitive.

  8. Intervenant 2

    Franchement, c'est une épopée absolument fascinante. Parce qu'on a souvent tendance à croire qu'une formule mathématique, ça sort du cerveau d'un génie, parfaite, achevée en un claquement de doigts.

  9. Intervenant 1

    Alors que pas du tout.

  10. Intervenant 2

    Bah non, la réalité historique est beaucoup plus chaotique. Et surtout, beaucoup plus humaine.

  11. Intervenant 1

    C'est un point super important. En fait, on pourrait presque comparer les théorèmes mathématiques à des plats de très haute gastronomie.

  12. Intervenant 2

    J'aime bien cette idée.

  13. Intervenant 1

    Bah oui, quand on sert l'inégalité de Cauchy-Schwarz à l'université, on admire l'assiette parfaitement dressée. C'est immaculé, la logique est irréprochable. Mais aujourd'hui, le but, c'est de pousser la porte des cuisines pour notre audience.

  14. Intervenant 2

    On va aller voir en coulisses quoi.

  15. Intervenant 1

    Exactement, voir comment plusieurs générations de chefs ont bataillé avec les ingrédients, comment certains ont carrément trébuché, et comment la recette a dû évoluer face à de nouveaux défis.

  16. Intervenant 2

    D'autant plus que, et c'est là qu'est le vrai twist, le nom même du plat, Cauchy-Schwarz, occulte une injustice historique majeure.

  17. Intervenant 1

    Ah oui, le fameux scandale.

  18. Intervenant 2

    C'est ça. L'histoire de cette inégalité, elle est parsemée de sceaux logiques incroyables, de lacunes monumentales et surtout d'un mathématicien russe brillant qui a littéralement été rayé des manuels occidentaux.

  19. Intervenant 1

    C'est fou ! Voilà exactement le genre de mystère qui mérite qu'on s'y attarde. Du coup, reprenons depuis le début, là où la première étincelle s'allume. On est en France, en 1821.

  20. Intervenant 2

    Le décor est planté à l'école polytechnique, c'est le tout début du XIXe siècle. Et là, le mathématicien Augustin-Louis Cauchy est en train de révolutionner la rigueur mathématique.

  21. Intervenant 1

    Rien que ça.

  22. Intervenant 2

    Oui, il publie une note issue de son cours qui s'intitule « analyse géométrique ». Et c'est dans un chapitre très spécifique, sur les formules liées aux signes plus grand que ou plus petit que, qu'il va poser la première pierre.

  23. Intervenant 1

    Prenons juste un instant pour contextualiser pour ceux qui nous écoutent. Avant Cauchy, ce type d'inégalité, c'était pas vraiment un sujet d'étude en soi, si ?

  24. Intervenant 2

    Pas du tout. C'était plutôt une petite astuce de brouillon, un raccourci qu'on utilisait pour passer d'une ligne de calcul à une autre sans trop se poser de questions.

  25. Intervenant 1

    Donc un truc super banal.

  26. Intervenant 2

    Exactement. Et c'est là que réside la grande prouesse de Cauchy. Il prend cet outil de l'ombre et paf, il en fait un théorème à part entière.

  27. Intervenant 1

    Et concrètement, il dit quoi ce théorème ?

  28. Intervenant 2

    Eh bien, il démontre formellement que si on prend deux listes de nombres, la somme de leur multiplication terme à terme sera toujours inférieure ou au maximum égale au produit des racines de la somme de leurs carrés.

  29. Intervenant 1

    Attendez, là il faut qu'on décortique un peu la mécanique parce que dit comme ça, ça peut sembler un peu abstrait.

  30. Intervenant 2

    Oui c'est vrai, c'est un peu dense.

  31. Intervenant 1

    Imaginons deux listes très simples. Une liste représente des quantités de fruits qu'on achète et l'autre liste représente les prix de ces fruits. D'accord, je visualise. Cauchy nous dit en gros que si on multiplie chaque quantité par son prix et qu'on additionne tout ça, le résultat sera toujours contraint, limité par une autre opération.

  32. Intervenant 2

    Une opération qui consisterait à mettre d'abord toutes les quantités et tous les prix au carré, c'est bien ça ?

  33. Intervenant 1

    Voilà, mais comment il arrive à prouver ça de manière indiscutable en 1821 ?

  34. Intervenant 2

    Sa méthode, elle est d'une rigueur implacable, basée sur l'algèbre pur. Son idée de génie, c'est de partir d'une évidence basique, un nombre au carré est toujours positif.

  35. Intervenant 1

    D'accord.

  36. Intervenant 2

    Donc, il prend la quantité qu'il veut évaluer et il lui ajoute intelligemment une autre somme gigantesque constituée uniquement de termes au carré.

  37. Intervenant 1

    Ah, je vois. Mathématiquement, ajouter des carrés, c'est forcément ajouter du positif. Donc on fait inévitablement grossir le résultat total.

  38. Intervenant 2

    Absolument. Et par un jeu d'équilibrage algébrique, cette nouvelle quantité gonflée retombe parfaitement sur l'expression qu'il cherchait à atteindre de l'autre côté de son équation.

  39. Intervenant 1

    C'est super malin. Tous les termes s'annulent de manière spectaculaire, c'est ça l'idée ?

  40. Intervenant 2

    C'est ça. Il ne reste plus qu'à extraire les racines carrées pour retomber sur l'inégalité finale. C'est un puzzle parfait, franchement.

  41. Intervenant 1

    Le mécanisme est superbe, mais il y a un détail historique dans cette publication de 1821 qui m'a fait sourire.

  42. Intervenant 2

    Lequel ?

  43. Intervenant 1

    Quand on regarde le texte original de Cauchy, on réalise qu'il n'utilise pas les fameuses petites barres verticales pour désigner la valeur absolue.

  44. Intervenant 2

    Ah oui, c'est vrai. Ça n'existait tout simplement pas à l'époque.

  45. Intervenant 1

    C'est ouf. Il est obligé d'écrire l'expression entière val.num pour valeur numérique.

  46. Intervenant 2

    Oui, la notation moderne n'était pas encore standardisée. Ça rappelle à notre audience à quel point le langage même des mathématiques est une technologie humaine en perpétuelle évolution.

  47. Intervenant 1

    Complètement. Mais du coup, une question se pose. Si Cauchy a posé une base aussi solide avec une démonstration totalement indiscutable, l'histoire aurait dû s'arrêter là, non ?

  48. Intervenant 2

    On pourrait le croire, oui.

  49. Intervenant 1

    Bah oui, pourquoi on a d'autres noms attachés à cette formule aujourd'hui ? Pourquoi c'est pas juste resté l'inégalité de Cauchy-Buniac ?

  50. Intervenant 2

    Et bien parce que Cauchy a travaillé dans un cadre très précis. Le monde discret. Le monde du fini, quoi. Ses listes de nombres ont un début et une fin.

  51. Intervenant 1

    D'accord, c'est très carré.

  52. Intervenant 2

    Voilà. Mais les mathématiques du XIXe siècle sont en pleine ébullition. Les chercheurs s'aventurent de plus en plus profondément dans le domaine du continu, le domaine de l'infini.

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