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20 févr. 2023 · 22 min

Pascal face au vide : l’enquête des tubes au puy de Dôme

Dans cet épisode, suivez les expériences de Pascal, les objections qu’elles suscitent et les mesures qui révèlent le rôle de la pression de l’air.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente, le grand rendez-vous des esprits curieux. Je suis ravie de vous retrouver pour une nouvelle exploration approfondie.

  2. Intervenant 2

    Bonjour tout le monde, et je suis vraiment passionné par ce qu'on va aborder aujourd'hui.

  3. Intervenant 1

    Ah ça c'est sûr. Parce que, imaginons un instant, et si le simple fait d'éliminer toute résistance autour de nous permettait, mathématiquement parlant, d'être à deux endroits en même temps ?

  4. Intervenant 2

    Se téléporter, purement et simplement, juste parce qu'on a fait le vide.

  5. Intervenant 1

    C'est ça. C'est une idée qui frise l'absurdité absolue. Mais pour notre public d'aujourd'hui, c'est exactement ce paradoxe ahurissant qui va guider notre émission.

  6. Intervenant 2

    C'est une porte d'entrée parfaite en fait. Ce paradoxe apparent, ça n'a vraiment rien d'une petite blague de philosophe. C'est le nœud gordien d'un des plus grands problèmes de l'histoire des sciences.

  7. Intervenant 1

    Et notre mission du jour, à travers les formidables sources qu'on a rassemblées, c'est de faire un véritable voyage dans le temps. Retour au XVIIe siècle.

  8. Intervenant 2

    Tout à fait. L'objectif, c'est vraiment de décortiquer comment un seul homme, armé d'une rigueur expérimentale implacable, a réussi à pulvériser un dogme.

  9. Intervenant 1

    Un dogme qui bloquait la science depuis des millénaires. Cette fameuse petite phrase que tous les savants répétaient mécaniquement.

  10. Intervenant 2

    La nature a horreur du vide.

  11. Intervenant 1

    Voilà. Et cet homme qui a tout changé, c'est Blaise Pascal.

  12. Intervenant 2

    Blaise Pascal, oui. Et pour mesurer l'immensité de la bataille intellectuelle qu'il va mener, il est indispensable de poser le cadre.

  13. Intervenant 1

    Ouais, il faut remonter loin là.

  14. Intervenant 2

    Ah bah jusqu'à l'Antiquité. Avant même de comprendre comment on a pu, disons, créer du vide en laboratoire, il faut saisir pourquoi c'était formellement interdit de seulement l'imaginer.

  15. Intervenant 1

    Pendant plus de 2000 ans, c'est là que le poids de l'histoire intervient. Aristote, avec toute son aura, avait complètement verrouillé la question.

  16. Intervenant 2

    Exactement.

  17. Intervenant 1

    Mais comment il justifiait cette impossibilité mathématiquement parlant ?

  18. Intervenant 2

    En fait, Aristote réglait la question du vide par une logique qui semble, au premier abord, d'une rigueur implacable. Ça concerne le mouvement.

  19. Intervenant 1

    D'accord.

  20. Intervenant 2

    Son postulat de base, il est assez intuitif. Il dit que la vitesse d'un corps en mouvement, elle dépend fondamentalement de la résistance du milieu qu'il traverse.

  21. Intervenant 1

    Bah oui, si on marche dans l'eau, on est fortement freiné.

  22. Intervenant 2

    C'est ça, et si on marche dans l'air, on va plus vite parce que l'air offre beaucoup moins de résistance.

  23. Intervenant 1

    Jusque là, c'est du bon sens, on le constate tous les jours, c'est la friction pure et simple.

  24. Intervenant 2

    Ouais, mais le génie d'Aristote, c'est de pousser cette logique jusqu'à son point de rupture. Il se demande, que se passerait-il dans le vide ?

  25. Intervenant 1

    Dans le vide absolu ?

  26. Intervenant 2

    Voilà. Par définition, le vide offre une résistance nulle, zéro. Or, selon sa théorie, si la résistance tombe à zéro, la vitesse du corps s'accroîtrait jusqu'à devenir infinie.

  27. Intervenant 1

    Infinie, ah ouais.

  28. Intervenant 2

    Et un corps avec une vitesse infinie, ça implique quoi ? Ça implique qu'il se trouve au point de départ et au point d'arrivée exactement à la même fraction de seconde.

  29. Intervenant 1

    Bon, décortiquons tout ça. Parce que l'idée d'une vitesse infinie, ça reste théorique. C'est un peu l'équivalent de diviser un chiffre par zéro sur une calculatrice.

  30. Intervenant 2

    Ça fait planter la machine.

  31. Intervenant 1

    Exactement, ça crée un bug massif dans la réalité matérielle. Pour ceux qui nous écoutent, prenons une analogie. Imaginons une immense patinoire.

  32. Intervenant 2

    Très bien.

  33. Intervenant 1

    Si on pousse un patineur sur une glace qui n'oppose absolument aucune friction, la théorie d'Aristote nous dit que ce patineur ne va pas juste glisser très vite, il se téléporterait instantanément à l'autre bout de la piste.

  34. Intervenant 2

    Il serait sur la ligne de départ et collé contre le mur d'en face en même temps.

  35. Intervenant 1

    C'est dingue.

  36. Intervenant 2

    Ce qui est fascinant ici, c'est que c'est tout le problème pour Aristote. Il arrive à cette conclusion de l'omniprésence instantanée et il la déclare, à juste titre, physiquement absurde.

  37. Intervenant 1

    Forcément.

  38. Intervenant 2

    Et puisque la conséquence est absurde, la prémisse l'est tout autant. La conclusion tombe comme un coup près. Le vide n'existe pas.

  39. Intervenant 1

    Et bim.

  40. Intervenant 2

    Voilà. Et cette déduction logique a engendré cette maxime, la nature à horreur du vide. Un principe qui a littéralement bloqué toute la science jusqu'à la Renaissance.

  41. Intervenant 1

    C'est si béant, une seule déduction, aussi élégante soit-elle, tient en respect la communauté scientifique pendant deux millénaires. Personne n'a osé dire, attendez, et si on testait en vrai ?

  42. Intervenant 2

    Alors, il y a eu des voies dissidentes, bien sûr. Dans l'Antiquité, on a les philosophes atomistes, comme Démocrite ou Épicure.

  43. Intervenant 1

    Oui, les fameux atomes.

  44. Intervenant 2

    Eux, ils allaient postuler l'existence du vide. Pour eux, l'univers, c'était des atomes qui évoluaient dans un immense espace complètement vide.

  45. Intervenant 1

    Mais ça n'a pas pris.

  46. Intervenant 2

    Ah non, ces idées ont été violemment combattues. Il faut bien voir le contexte. Épicure a été mis au banc de la pensée, non seulement pour sa physique, mais surtout parce que sa philosophie était accusée d'athéisme.

  47. Intervenant 1

    Ah, l’argument massue !

  48. Intervenant 2

    Bah oui, et encore plus au Moyen Âge. Associer le vide à une hérésie supposée, ça rendait le sujet complètement intouchable. Le dogme d'Aristote s'était devenu une forteresse protégée à la fois par la philosophie et la théologie.

  49. Intervenant 1

    C'est donc un interdit scientifique avec une pression morale gigantesque derrière. Alors comment on fait pour briser un mur pareil ? J'imagine qu'on ne gagne pas en restant assis à débattre.

  50. Intervenant 2

    Absolument pas. Le changement de paradigme arrive quand la physique théorique va enfin se heurter à la matière.

  51. Intervenant 1

    Au réel quoi !

  52. Intervenant 2

    Exactement. Au XVIIe siècle, des savants comme Blaise Pascal mais aussi Marin Mersenne décident que la spéculation ça suffit. C'est l'expérimentation qui doit avoir le dernier mot.

  53. Intervenant 1

    Et nos sources mentionnent que c'est l'italien Evangelista Torricelli qui trouve la faille en premier en 1644. Oui,

  54. Intervenant 2

    avec cette fameuse expérience où il renverse un tube rempli de mercure dans un bassin.

  55. Intervenant 1

    Mais attendez, comment l'information circulait à cette époque ? Et surtout, fabriquer des instruments de laboratoire au XVIIe siècle, ça devait être une horreur. Le verre était super fragile.

  56. Intervenant 2

    C'était un cauchemar technique. Les savants s'envoyaient des lettres à travers toute l'Europe. En France, Marin Mersenne essaie de reproduire le montage de Torricelli en 1646. Et ça marche ? C'est un échec cuisant. La raison ? Ces tubes de verre sont de trop mauvaise qualité. Ils volent en éclats sous la pression faramineuse du mercure qui est, rappelons-le, un métal liquide extrêmement lourd.

  57. Intervenant 1

    Donc la théorie est bloquée par un simple problème d'artisanat, c'est fou.

  58. Intervenant 2

    Et c'est là que Pascal entre en scène. De manière très inattendue d'ailleurs.

  59. Intervenant 1

    Avec son père. Et Rouen, ce n'est pas un détail dans cette histoire.

  60. Intervenant 2

    Ah non. Rouen, à l'époque, c'est un centre névralgique de la verrerie d'excellence.

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