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24 août 2024 · 20 min

Presse mathématique : des premiers journaux aux revues spécialisées

Dans cet épisode audio, suivez les premiers journaux du XIXe siècle, leur partage entre recherche et enseignement, puis leur spécialisation.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Alors aujourd'hui, on va s'attaquer à un mythe qui a la peau super dure.

  2. Intervenant 2

    Ah oui, le fameux mythe du mathématicien génial.

  3. Intervenant 1

    Exactement. On imagine souvent le grand mathématicien comme un génie complètement reclus, tu vois.

  4. Intervenant 2

    Ouais, le gars tout seul à la lueur d'une bougie.

  5. Intervenant 1

    C'est ça, qui griffonne des équations sur un bout de parchemin en attendant une espèce d'illumination divine.

  6. Intervenant 2

    Spoiler alert, c'est faux.

  7. Intervenant 1

    Mais totalement faux, parce que notre immersion dans nos sources historiques d'aujourd'hui, elle prouve exactement le contraire. En fait, au 19ème siècle, la recherche mathématique, ça ressemblait beaucoup plus à notre fil d'actualité moderne.

  8. Intervenant 2

    C'est clair, une vraie course frénétique à la publication.

  9. Intervenant 1

    Avec son lot de batailles d'égo, de faillites éditoriales, et même, et ça c'est fou, d'un nationalisme intellectuel hyper féroce. La création du savoir, c'était vraiment pas un long fleuve tranquille.

  10. Intervenant 2

    Oh que non ! C'était un véritable champ de bataille social et technologique. Et tout ça en plein cœur de Paris.

  11. Intervenant 1

    Ouais. Et pour bien comprendre, il faut vraiment poser le décor.

  12. Intervenant 2

    Le contexte est absolument essentiel pour saisir l'ampleur de ce séisme en fait. Nous sommes dans la première moitié du XIXe siècle. Et c'est une période qui est complètement dominée par une figure tutélaire.

  13. Intervenant 1

    Augustin Louis Cauchy.

  14. Intervenant 2

    Exactement. Le grand Cauchy. Et autour de lui, tout s'accélère à une vitesse folle.

  15. Intervenant 1

    Surtout d'un point de vue technologique, non ?

  16. Intervenant 2

    Tout à fait. L'imprimerie se modernise massivement, on voit l'arrivée des presses mécaniques, ce qui fait que le volume des découvertes scientifiques explose complètement.

  17. Intervenant 1

    C'est une vraie révolution industrielle de la pensée, quoi.

  18. Intervenant 2

    C'est ça. Et face à ça, les mathématiques se retrouvent devant un défi super inédit. Elles doivent s'inventer un espace de débat public régulier. Un truc capable de suivre le rythme des cerveaux de l'époque, en fait.

  19. Intervenant 1

    Et justement, avant d'entrer dans les détails techniques de ces théorèmes et de ces revues, nos sources proposent de décentrer un peu notre regard.

  20. Intervenant 2

    Ah oui, le point de vue du touriste, c'est génial ça !

  21. Intervenant 1

    Moi j'adore cette partie. Pour bien capter le choc de l'imprimé dans la société, on va adopter la perspective d'un certain Rifat Tartawi.

  22. Intervenant 2

    Qui est un jeune égyptien, c'est bien ça ?

  23. Intervenant 1

    Oui, c'est ça. Il est envoyé en France par le Pacha d'Égypte entre 1826 et 1831 avec pour mission d'observer et d'apprendre. Et de ce séjour, il tire un bouquin qui s'appelle « L'or de Paris ». C'est une sorte de rapport d'étonnement.

  24. Intervenant 2

    C'est un peu le premier vlogueur choc culturel de l'histoire, non ?

  25. Intervenant 1

    Mais c'est exactement ça. C'est l'influenceur du 19e siècle qui ferait une série genre « Un égyptien découvre Paris ». Parce que bon, il découvre les Lumières, le soulèvement de 1830, la démocratie, mais il s'émerveille aussi sur des trucs du quotidien.

  26. Intervenant 2

    Genre les fourchettes ?

  27. Intervenant 1

    Ouais, les fourchettes, les cafés, les miroirs. Mais ce qui frappe vraiment à la lecture de ce document, ce n'est pas tant sa découverte des institutions, mais c'est sa sidération face à la matérialité de l'information.

  28. Intervenant 2

    La presse.

  29. Intervenant 1

    Voilà.

  30. Intervenant 2

    Dans son récit, la description de la presse est vraiment centrale. En fait, Tataoui découvre une ville qui est littéralement saturée de papiers imprimés.

  31. Intervenant 1

    C'est le choc technologique.

  32. Intervenant 2

    Complètement. Il faut s'imaginer l'ambiance. Le bruit des rotatives en arrière-plan, les crieurs de journaux dans les rues qui hurlent les titres, les cabinets de lecture où les gens s'entassent pour lire les toutes dernières nouvelles, non ?

  33. Intervenant 1

    L'information n'est plus du tout un privilège de cour.

  34. Intervenant 2

    Non, voilà, elle circule à très grande échelle. La presse devient le système nerveux de la société parisienne. Et ça, ça impose un tout nouveau rythme.

  35. Intervenant 1

    Un rythme quotidien ou au moins hebdomadaire.

  36. Intervenant 2

    C'est ça, un rythme hyper rapide appliqué directement à la pensée.

  37. Intervenant 1

    Mais du coup, en lisant nos sources, il y a un truc qui m'a fait tiquer. Il y a un petit problème de chronologie dans cette histoire, non ? Qu'est-ce que

  38. Intervenant 2

    tu as repéré ?

  39. Intervenant 1

    Tataoui, ces merveilles de l'apparition des journaux en 1826. Or, si on regarde l'écosystème purement scientifique, on voit que les mathématiciens, eux, ils n'ont pas du tout attendu l'explosion de la presse grand public pour s'organiser.

  40. Intervenant 2

    Ah oui, je vois ce que tu veux

  41. Intervenant 1

    dire. Le tout premier journal dédié exclusivement aux mathématiques, il existait en fait bien avant son arrivée, 16 ans plus tôt pour être précis.

  42. Intervenant 2

    Effectivement. Et ça prouve que les mathématiques étaient vraiment en avant sur leurs dents. Dès 1810, tu as Joseph-Diès-Gergone qui fonde les Annales de Mathématiques Pures et

  43. Intervenant 1

    Appliquées. 1810 ! C'est fou d'être aussi précurseur.

  44. Intervenant 2

    C'est une véritable rupture épistémologique. Parce qu'avant ça, comment on diffusait les maths ?

  45. Intervenant 1

    On écrivait de gros livres, non ?

  46. Intervenant 2

    Voilà. Soit on publiait de gros traités massifs qui prenaient des années à être rédigés puis imprimés, soit on passait par les mémoires des Académies royales.

  47. Intervenant 1

    Et ça, j'imagine que c'était pas rapide.

  48. Intervenant 2

    Oh là là, non ! C'était de gros volumes institutionnels, très, très lents à paraître. T'avais le temps d'oublier ta découverte avant qu'elle soit publiée. Mais avec les annales de Gère Jaune, on passe enfin à une périodicité rapide.

  49. Intervenant 1

    Et on avait aussi le journal de l'école polytechnique avant ça, qui était très prisé par Cochy d'ailleurs.

  50. Intervenant 2

    Absolument. Et avec la revue de Gère Jaune, ça devient même un espace interactif.

  51. Intervenant 1

    Interactif, c'est-à-dire ?

  52. Intervenant 2

    Eh bien, on y pose des problèmes et les lecteurs envoient leurs solutions par courrier. C'est un vrai dialogue.

  53. Intervenant 1

    Oh waouh, c'est les commentaires d'un blog avant l'heure. Le modèle de la revue scientifique moderne était donc déjà totalement en germe en France.

  54. Intervenant 2

    Exactement.

  55. Intervenant 1

    Mais alors si la France avait une telle avance avec Gérgène ou avec l'école polytechnique, comment on explique le séisme qui se produit en 1826 ? Ah, 1826, l'année charnière. Ben oui, parce que nos documents indiquent que c'est cette année-là que naît le standard absolu de la publication mathématique mondiale. Et ça ne se passe pas du tout à Paris. Non, la

  56. Intervenant 2

    surprise vient de l'Est.

  57. Intervenant 1

    Berlin entre dans la danse. C'est hyper contre-intuitif pour ceux qui nous écoutent. Pourquoi la Prusse alors que Paris est censée être la capitale mondiale incontestée des mathématiques à cette époque ?

  58. Intervenant 2

    Eh bien, le responsable de ce tour de force, il a un nom. August Léopold Krell.

  59. Intervenant 1

    Krell, et son fameux journal, n'est-ce pas ?

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