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6 mai 2024 · 24 min

Corps quadratiques : une racine, un nouveau monde

Dans cet épisode, suivez l’ajout de √2 aux rationnels, la stabilité de la forme q + r√2, puis ce qui change avec une autre racine.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bonjour à toutes et à tous et bienvenue chaleureusement dans le podcast du magazine Tangente. Alors, dans notre réalité habituelle, les mathématiques, c'est un peu le refuge ultime des certitudes. C'est

  2. Intervenant 2

    le moins qu'on puisse

  3. Intervenant 1

    dire. Mais oui, si on affirme par exemple que le nombre 6, c'est tout simplement 2 multiplié par 3, c'est considéré comme une vérité absolue, inébranlable. C'est vraiment le fondement même de notre compréhension des nombres.

  4. Intervenant 2

    Totalement. C'est gravé dans le marbre.

  5. Intervenant 1

    Voilà. Jusqu'à ce qu'on décide, de manière tout à fait délibérée, d'altérer le code source de l'univers mathématique. Et c'est ce qu'on va voir dans notre exploration du jour. Aujourd'hui, on ne va pas se contenter de lire une carte qui est déjà tracée.

  6. Intervenant 2

    Non, on va faire beaucoup plus audacieux.

  7. Intervenant 1

    C'est ça. On va carrément explorer la création de mondes parallèles, des dimensions fascinantes où les lois les plus fondamentales de l'arithmétique se fracturent littéralement sous nos yeux. Je suis ravi de partager ce moment de découverte aujourd'hui.

  8. Intervenant 2

    Et moi, je suis ravie d'être là pour guider cette aventure, parce que c'est exactement le cœur du sujet. L'abstraction mathématique, en fait, elle nous permet de ne pas accepter l'univers numérique juste tel qu'il nous est donné, mais de le modeler.

  9. Intervenant 1

    De jouer avec, en quelque sorte.

  10. Intervenant 2

    Exactement. On a tous l'habitude de travailler avec les entiers ou les fractions, ce qu'on appelle les nombres rationnels. C'est un ensemble que l'on note en général avec la lettre Q.

  11. Intervenant 1

    Ouais, le fameux grand Q de nos cours de lycée.

  12. Intervenant 2

    C'est ça. Et Q, c'est un terrain de jeu très complet. Mais notre dossier explore une démarche beaucoup plus expérimentale. Que se passe-t-il si l'on prend ce socle très familier et qu'on y introduit, disons, une seule perturbation très ciblée ?

  13. Intervenant 1

    Genre un petit grain de sable ?

  14. Intervenant 2

    Un grain de sable bien spécifique, oui. Une unique racine carrée qui vient de l'extérieur du système.

  15. Intervenant 1

    D'accord. Et la promesse de cette expérience, pour ceux qui nous écoutent, c'est de voir naître ce que les mathématiciens appellent des corps quadratiques. On va vraiment décortiquer comment la beauté et la structure peuvent émerger de cette petite perturbation.

  16. Intervenant 2

    Avec une belle dose de rebondissement.

  17. Intervenant 1

    Ah oui, il faut prévenir notre audience. Cette plongée, elle va nous mener vers un retournement de situation qui remet carrément en question la notion même d'unicité en mathématiques.

  18. Intervenant 2

    C'est assez vertigineux, on verra

  19. Intervenant 1

    ça. Bon, commençons par le commencement, l'étincelle initiale. On part de Q, l'ensemble des rationnels. Donc toutes les fractions possibles, qu'elles soient positives, négatives, gigantesques ou microscopiques. C'est déjà un ensemble infini.

  20. Intervenant 2

    Oui, il y a de quoi faire.

  21. Intervenant 1

    Du coup, pourquoi vouloir y ajouter autre chose ? Et surtout, pourquoi spécifiquement la racine carrée de 2 ?

  22. Intervenant 2

    Alors, pour comprendre ça, il faut remonter un peu dans le temps. En fait, la découverte de la racine carrée de 2, ça a été un véritable traumatisme pour l'école de Pythagore dans l'Antiquité.

  23. Intervenant 1

    Un traumatisme ?

  24. Intervenant 2

    Carrément.

  25. Intervenant 1

    Ah oui.

  26. Intervenant 2

    Eux, ils pensaient que tout dans l'univers pouvait s'exprimer sous forme de fraction. C'était leur dogme, en fait. Or, la géométrie de base nous dit que si on prend la diagonale d'un carré de côté 1, elle mesure la racine carrée de 2.

  27. Intervenant 1

    Le fameux théorème de Pythagore, justement.

  28. Intervenant 2

    Exactement. Et le problème, c'est qu'il est mathématiquement impossible d'écrire cette valeur-là sous la forme d'une fraction exacte. C'est ce qu'on appelle un nombre irrationnel. Il échappe totalement au monde de Q.

  29. Intervenant 1

    Pendant très longtemps, ces nombres-là étaient vus comme des espèces d'anomalies un peu encombrantes.

  30. Intervenant 2

    Tout à fait. Mais ici, au lieu de rejeter ces anomalies ou, disons, de mélanger tous les nombres irrationnels existants dans un immense chaudron un peu chaotique, on choisit une approche très chirurgicale.

  31. Intervenant 1

    On isole le phénomène.

  32. Intervenant 2

    C'est ça. On crée une extension. On prend l'ensemble classique des rationnels, ce fameux Q, et on lui adjoint uniquement cette racine carrée de 2, ainsi que tous les nouveaux nombres qui vont naître quand on applique nos opérations habituelles. Et on note cet univers étendu, Q entre parenthèses, racine de 2.

  33. Intervenant 1

    D'accord, j'essaie de visualiser un peu le concept. C'est un peu comme si on prépare une recette de base, disons une pâte classique. Ça, c'est nos fractions. Et là, on décide d'y ajouter un seul ingrédient exotique et inédit, genre du piment d'Espelette.

  34. Intervenant 2

    Ah, j'aime bien l'idée du piment d'Espelette, ouais.

  35. Intervenant 1

    Bah oui, on découvre toutes les nouvelles saveurs qu'on peut créer en mélangeant tout ça. Ou alors, si je prends une image plus géométrique, l'ensemble des fractions habituelles, ça formerait une immense ligne de chemin de fer infinie.

  36. Intervenant 2

    Oui, un axe horizontal, tout simplement,

  37. Intervenant 1

    Voilà. On peut avancer, reculer, le long de cet axe, en ajoutant ou en multipliant des fractions. Mais on reste toujours confiné sur cette même ligne unique.

  38. Intervenant 2

    Totalement bloqué en une seule dimension.

  39. Intervenant 1

    Et du coup, ajouter la racine de 2, c'est pas juste faire une petite marque de plus sur cette ligne, puisqu'elle n'y a pas sa place de toute façon. C'est carrément ouvrir une nouvelle dimension.

  40. Intervenant 2

    C'est ça, on crée un nouvel axe.

  41. Intervenant 1

    Un axe perpendiculaire, un axe nord-sud. Soudain, on n'est plus limité à un mouvement linéaire. On peut naviguer sur toute une grille en deux dimensions.

  42. Intervenant 2

    C'est une excellente représentation géométrique. Et ce qui est vraiment fascinant ici, c'est la façon dont cette nouvelle grille s'organise.

  43. Intervenant 1

    Comment ça ?

  44. Intervenant 2

    Intuitivement, on pourrait s'attendre à ce qu'en multipliant, en divisant et en additionnant des fractions avec des racines carrées, on finisse par générer des formules monstrueuses, genre des racines de racines, des fractions à 15 étages. Ouais,

  45. Intervenant 1

    un chaos total.

  46. Intervenant 2

    Voilà. Mais le document met en évidence un phénomène remarquable. Le système s'auto-régule complètement. Tout nombre dans cet univers finit invariablement par adopter ce qu'on appelle une forme simple.

  47. Intervenant 1

    Ok, alors comment on la définit cette forme simple, sur notre fameuse grille bidimensionnelle ?

  48. Intervenant 2

    Et bien chaque point, chaque habitant de ce nouvel univers en fait, peut toujours s'écrire sous l'apparence stricte d'un nombre rationnel, plus un autre nombre rationnel multiplié par la racine carrée de 2.

  49. Intervenant 1

    Attends, donc en notation algébrique, ça donnerait un truc du genre Q plus R racine de 2, c'est ça ?

  50. Intervenant 2

    Exactement, c'est la forme standard absolue.

  51. Intervenant 1

    D'accord. Si je reprends mon analogie de la grille spatiale, c'est d'une logique implacable. Le petit q, c'est notre coordonnée sur l'axe horizontal classique des fractions, et le petit r, c'est notre coordonnée sur le nouvel axe vertical de la racine de 2.

  52. Intervenant 2

    C'est tout à fait ça. Ça donne une sorte d'adresse GPS très claire à chaque nombre.

  53. Intervenant 1

    Oui, une adresse propre. Mais ce que je trouve intéressant à analyser maintenant, c'est la robustesse de cette adresse. Parce que bon, en mathématiques, il ne suffit pas de définir une jolie structure sur le papier.

  54. Intervenant 2

    Non, il faut la tester, il faut la secouer un peu.

  55. Intervenant 1

    Voilà, il faut la soumettre à un crash test. Est-ce que cette forme simple, elle survit quand on force ces nombres hybrides à interagir entre eux ?

  56. Intervenant 2

    Et c'est exactement le test que le système doit passer pour mériter l'appellation de corps mathématique. En maths, un corps doit être clos. Ça veut dire que les opérations ne doivent jamais, au grand jamais, nous expulser de cette forme simple.

  57. Intervenant 1

    Ok, alors faisons le test. Commençons par l'addition. Intuitivement, je me dis que ça doit ressembler à l'addition de vecteurs en physique, non ?

  58. Intervenant 2

    C'est exactement le même principe, oui.

  59. Intervenant 1

    Si on prend une première adresse, disons q plus r racine de 2, et qu'on l'additionne à une deuxième, disons q prime plus r prime racine de 2.

  60. Intervenant 2

    Comment tu ferais, du coup ?

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