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9 sept. 2026 · 22 min

Euclide, mathématicien : des listes finies pour penser l’infini

Les nombres premiers n’ont pas de fin : suivez dans ce podcast les étapes du raisonnement et découvrez comment Euclide exprime ce résultat en restant dans les listes finies.

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est un véritable plaisir d'accueillir notre auditoire pour notre exploration du jour. Aujourd'hui, on va plonger dans une suite mathématique qui commence de façon extrêmement sage, très prévisible.

  2. Intervenant 2

    Oui, un peu trop sage même.

  3. Intervenant 1

    C'est ça, logique. On a 2, puis 3, ensuite 7, puis 43, et là ?

  4. Intervenant 2

    Et là, c'est le drame.

  5. Intervenant 1

    Voilà, la mécanique s'enraye complètement. Sans aucune raison apparente, la suite tombe brutalement à 13, ensuite elle rebondit à 53, elle s'effondre à nouveau sur un minuscule 5 avant de…

  6. Intervenant 2

    Avant d'exploser vers un chiffre délirant, genre plus de 6 millions quoi.

  7. Intervenant 1

    Plus de 6 millions, oui. Exactement, 6 221 671. Et le plus fou dans tout ça, pour ceux qui nous écoutent, c'est que cette séquence totalement chaotique qui donne encore des sueurs froides aux mathématiciens aujourd'hui, eh bien, elle a été programmée de façon totalement involontaire il y a plus de 2300 ans.

  8. Intervenant 2

    C'est fou quand on y pense, ça.

  9. Intervenant 1

    Ah, je suis ravie que tu dises ça, parce que oui, son créateur n'est autre qu'Euclide, le célèbre géomètre de la Grèce antique, qui essayait en fait simplement de résoudre un problème terrifiant pour l'époque, à savoir comment manipuler l'idée d'infini sans détruire toute la logique mathématique de son

  10. Intervenant 2

    temps. C'est vraiment toute l'ironie de l'histoire des sciences en fait. On regarde souvent les mathématiques comme un édifice très froid, intemporel, tu sais, un truc un peu détaché des émotions humaines.

  11. Intervenant 1

    C'est vrai que de l'extérieur, on voit juste des équations au tableau.

  12. Intervenant 2

    Exactement. Mais quand on se plonge vraiment dans les textes d'origine, on réalise que les démonstrations portent les cicatrices des grandes angoisses philosophiques de leur époque.

  13. Intervenant 1

    Des angoisses, carrément ?

  14. Intervenant 2

    Totalement. Dans l'Antiquité, l'infini, ce n'est pas juste un symbole en forme de huit couchers sur un carnet. C'est un concept qui retourne l'esprit, un truc qui génère des paradoxes insolubles.

  15. Intervenant 1

    Et pourtant, l'arithmétique finit par forcer un peu les mathématiciens à regarder ce gouffre en face.

  16. Intervenant 2

    C'est exactement ça. Ils ne pouvaient pas l'ignorer éternellement.

  17. Intervenant 1

    Surtout que l'arithmétique, la science des nombres entiers, elle permet de faire l'autruche pendant un bon moment.

  18. Intervenant 2

    Ah, ça, c'est

  19. Intervenant 1

    sûr. Oui, si on étudie juste l'addition, par exemple, on reste dans un périmètre très confortable. Pour prouver que, je ne sais pas, paires plus paires, ça donne toujours paires,

  20. Intervenant 2

    On n'a absolument pas besoin d'invoquer l'infini.

  21. Intervenant 1

    Voilà, on manipule des concepts fermés, rassurants, mais dès qu'on creuse la structure même de ces nombres, là on réveille le monstre.

  22. Intervenant 2

    Et le monstre, il se réveille précisément quand on touche aux nombres premiers.

  23. Intervenant 1

    Le fameux problème des nombres premiers.

  24. Intervenant 2

    Oui. On rappelle au passage pour notre auditoire qu'un nombre premier, c'est un nombre entier, strictement supérieur à 1 et qui n'est divisible que par 1 et par lui-même.

  25. Intervenant 1

    C'est la base, oui.

  26. Intervenant 2

    C'est une liste qui démarre très simplement 2, 3, 5, 7, 11, 13 et ainsi de suite. Mais au fur et à mesure que les Grecs raffinent le mathématique, cette fameuse liste devient le problème central.

  27. Intervenant 1

    Pour bien visualiser l'enjeu quand on écoute ceci, imaginons que tous les nombres entiers qu'on manipule au quotidien soient de la matière, des sortes de molécules complexes.

  28. Intervenant 2

    C'est une très bonne image.

  29. Intervenant 1

    Et dans cette comparaison, les nombres premiers, ce seraient les atomes. C'est la brique fondamentale de tout le reste.

  30. Intervenant 2

    Absolument n'importe quel nombre entier peut être disloqué, décomposé jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une simple multiplication de nombres premiers.

  31. Intervenant 1

    Par exemple, si on prend 15, c'est 3 x 5.

  32. Intervenant 2

    C'est ça. Les nombres 3 et 5, ce sont les atomes. Et la multiplication, c'est la liaison chimique qui les maintient ensemble, en quelque sorte.

  33. Intervenant 1

    Donc on a notre tableau périodique des éléments mathématiques.

  34. Intervenant 2

    La métaphore chimique, elle fonctionne super bien. Mais elle illustre aussi la grosse rupture entre le monde physique et le monde abstrait des nombres.

  35. Intervenant 1

    C'est-à-dire ?

  36. Intervenant 2

    Les chimistes travaillent avec un tableau périodique qui contient une bonne centaine d'éléments. C'est vaste, mais c'est fini. On peut physiquement en faire le tour.

  37. Intervenant 1

    Alors qu'en arithmétique ?

  38. Intervenant 2

    En arithmétique, cette réserve d'atomes, cette réserve de nombres premiers, elle ne s'épuise littéralement jamais. Et c'est là le cœur du problème d'Euclide.

  39. Intervenant 1

    Dans son œuvre, les éléments rédigés vers 300 avant notre ère.

  40. Intervenant 2

    Oeuvre qui, soit dit en passant, contient bien plus d'arithmétique que de géométrie.

  41. Intervenant 1

    C'est vrai qu'on l'oublie souvent. Et donc il veut prouver formellement qu'on ne sera jamais à court de ses nombres premiers, de ses atomes.

  42. Intervenant 2

    Voilà. Sauf que prouver qu'une liste est infinie, à une époque où l'infini est perçu comme une aberration logique, c'est un sacré casse-tête.

  43. Intervenant 1

    D'ailleurs, là-dessus, j'aimerais qu'on clarifie une chose. On lit souvent un peu partout que Clyde s'imposait une sorte de tableau lexical. Est-ce qu'il s'interdisait purement et simplement de prononcer ou d'écrire le mot « infini » par superstition ?

  44. Intervenant 2

    Alors ça, c'est un mythe tenace qu'il faut vraiment dissiper tout de suite. Donc c'est faux.

  45. Intervenant 1

    Complètement faux.

  46. Intervenant 2

    Le mot en lui-même n'était pas du tout banni, ce n'était pas une espèce d'incantation maléfique. Il l'utilisait. Mais alors, qu'est-ce qui le dérangeait tant ?

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