
3 déc. 2020 · 13 min
De Pythagore aux axiomes : la révolution d’Euclide
Dans cet épisode, suivez une figure vieille de quatre mille ans jusqu’aux Éléments, où Euclide organise les preuves à partir d’axiomes.
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Intervenant 1
Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. C'est un vrai plaisir d'accueillir nos auditeurs aujourd'hui pour une nouvelle plongée fascinante au cœur des textes et des idées mathématiques. Je suis ravie de vous retrouver pour cette exploration.
Intervenant 2
Salut Ham, et ravi d'être là aussi, surtout avec le sujet qu'on a aujourd'hui qui est plutôt renversant.
Intervenant 1
Ah oui, totalement. En fait, aujourd'hui, notre mission, c'est vraiment de tordre le cou à une idée reçue massive. On s'imagine très souvent que la science mathématique a d'abord posé de grandes théories abstraites avec des règles strictes pour ensuite produire des théorèmes.
Intervenant 2
Oui, la fameuse image d'épinal du savant dans sa tour d'ivoire qui théorise tout avant de regarder le monde réel.
Intervenant 1
Exactement. Sauf que les textes historiques qu'on va décortiquer aujourd'hui montrent très exactement l'inverse. Ce sont des résultats profonds, des intuitions brutes comme le théorème de Pythagore qui existait bien avant. C'est ça qui a forcé l'humanité à inventer les mathématiques.
Intervenant 2
C'est clair. Et le vertige de cette évolution, on le prend en pleine figure quand on regarde l'échelle de temps. Parce que pour comprendre comment on en est arrivé à cette méthode scientifique si rigoureuse qu'on connaît, il faut faire un immense grand écart temporel.
Intervenant 1
Un bond de géant, ouais.
Intervenant 2
Voilà. D'un côté, on a l'architecture très froide, très clinique de la logique moderne. Et de l'autre, on a quoi ? Une toute petite tablette d'argile mésopotamienne qui a presque 4000 ans. Elle est conservée à Yale aujourd'hui et c'est un oblet hyper touchant en fait. Elle tient dans la paume de la main, les archéologues pensent que c'est juste un brouillon d'étudiants.
Intervenant 1
Un simple exercice d'école, gravé dans l'argile fraîche.
Intervenant 2
C'est ça. Dessus, on a un carré qui est divisé en quatre triangles rectangles isocèles par cette diagonale. Et cet étudiant a laissé des petits clous en cunéiforme des nombres.
Intervenant 1
Et c'est là que ça devient incroyable. Parce qu'en déchiffrant ces petits clous, on réalise que cet étudiant manipulait déjà la racine carrée de 2.
Intervenant 2
Avec une précision dingue en plus. Il savait que pour trouver la diagonale, il fallait multiplier le côté par cette racine. C'est le théorème de Pythagore, pur et dur.
Intervenant 1
Mais sans aucune théorie écrite. En préparant l'émission, ça m'a fait penser à la phase de tutoriel dans un très vieux jeu vidéo.
Intervenant 2
Ah oui, l'analogie est parfaite.
Intervenant 1
Bah oui, tu apprends les mécaniques en regardant des exemples très visuels, très spécifiques. Tu reproduis l'action pour passer le niveau, mais tu n'as absolument pas accès au manuel des règles générales du jeu. Tu constates juste que ça marche.
Intervenant 2
Exactement. On était vraiment dans l'ère de l'intuition spatiale. Et ce besoin de visualiser, on le retrouve bien plus tard, chez Platon par exemple, dans le Ménon.
Intervenant 1
Ah oui, la fameuse scène avec Socrate. C'est presque cinématographique cette histoire.
Intervenant 2
C'est vrai. Socrate veut prouver qu'un jeune esclave qui n'a aucune éducation possède la géométrie de façon innée. Et il ne fait pas de grand discours. Il se baisse et il trace une figure sur le sable.
Intervenant 1
Il dessine un carré incliné construit sur les hypoténuses de petits triangles. Et il lui demande juste de compter les triangles, c'est ça Sam ?
Intervenant 2
Voilà, on compte, on juxtapose et pouf, l'évidence apparaît. La surface du grand carré équivaut au double des petits. L'œil valide la preuve. D'ailleurs, l'Inde et la Chine utilisaient des méthodes très similaires à la même époque.
Intervenant 1
D'accord, mais c'est là qu'on arrive à un tournant. Dessiner sur le sable pour un triangle isocèle spécifique, ça va un temps. Mais comment on passe de ce cas particulier à une règle qui s'applique à tous les triangles rectangles de l'univers ?
Intervenant 2
C'est la grande question. Et avant d'arriver à la videur absolue, il y a eu une quête assez fascinante pour l'élégance visuelle. Et là, c'est un personnage inattendu qui entre en scène. Léonard de Vinci.
Intervenant 1
De Vinci ! Je veux dire, on le connaît pour la peinture, l'ingénierie, mais là il s'atoque à Pythagore !
Intervenant 2
Et avec quel génie ! Sa méthode est incroyable. Il imagine un triangle rectangle quelconque, pas forcément isocèle. Sur chaque côté, il la colle un carré. Donc on a le grand carré de l'hypoténuse et deux petits sur les autres côtés.
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