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18 févr. 2021 · 6 min

Image : représentation, copie ou même fantôme ?

Dans cet épisode audio, suivez les sens de l’image, des représentations multiples aux copies de Platon et au fantôme nommé par Pline le Jeune.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Si je vous dis qu'une gigantesque feuille de calcul remplie de milliers de chiffres et le fantôme d'un empereur romain partagent exactement la même nature, vous allez probablement me prendre pour une folle. Oui,

  2. Intervenant 2

    c'est fort possible,

  3. Intervenant 1

    oui. Pourtant, mathématiquement et même philosophiquement, ces deux concepts se rejoignent sous un seul et même terme, une image.

  4. Intervenant 2

    C'est en fait le grand paradoxe que soulève l'article qu'on explore aujourd'hui. Il s'intitule « Dessine-moi une image » et l'auteur nous démontre qu'une image, c'est bien plus complexe et vaste qu'une simple peinture ou même une photographie encadrée.

  5. Intervenant 1

    D'où notre mission d'aujourd'hui, on va faire une petite exploration au cœur de notre article source pour décortiquer un peu cette définition de l'image. Et ça, depuis les textes de la Rome antique jusqu'aux algorithmes modernes. L'objectif, c'est vraiment de comprendre comment ce qui n'était au départ qu'un simple reflet, c'est devenu le véritable moteur de notre réalité.

  6. Intervenant 2

    C'est ça. Et pour bien comprendre, je pense qu'il faut commencer par déconstruire un peu nos habitudes. L'article cite par exemple l'exposition XYZ, les paysages abstraits. Ah

  7. Intervenant 1

    oui, j'en ai entendu parler.

  8. Intervenant 2

    Oui. Les visiteurs y marchent sur une espèce d'herbe numérique qui ondule à leur passage. Et évidemment, il n'y a pas un seul gramme de chlorophylle là-dedans.

  9. Intervenant 1

    Non, c'est juste de la lumière.

  10. Intervenant 2

    Voilà, ce sont uniquement des calculs en temps réel. Et l'auteur va même encore plus loin en évoquant le modèle numérique d'un système de particules.

  11. Intervenant 1

    Attendez, soyons concrets deux secondes. Une longue liste de coordonnées X, Y et Z dans la mémoire d'un ordinateur, mathématiquement, on considère ça comme une image. Eh

  12. Intervenant 2

    bien

  13. Intervenant 1

    oui. Mais comment on passe d'une liste de nombres à quelque chose qu'on peut appeler image alors qu'il n'y a rien à voir ?

  14. Intervenant 2

    C'est possible si l'on revient à la définition stricte. Une image, c'est la représentation structurée d'un phénomène. La liste des coordonnées de notre système de particules modélise les relations physiques entre chaque élément. Les mathématiques encodent la forme, la dynamique et le comportement de la matière. C'est une représentation mentale et algorithmique parfaite.

  15. Intervenant 1

    Donc on n'a plus du tout besoin que l'image soit un objet physique, ni même qu'elle soit visible ?

  16. Intervenant 2

    Non, pas du tout.

  17. Intervenant 1

    Donc le tableau Excel qui prédit la trajectoire d'une nuée d'oiseaux, par exemple, c'est déjà l'image de cet événement ?

  18. Intervenant 2

    Exactement. Le support se dématérialise totalement, la relation entre les points de données forme le motif. En fait, l'image devient un concept pur.

  19. Intervenant 1

    Ce glissement d'un objet physique vers un concept immatériel fait de données invisibles, ça m'amène à me demander comment on en est arrivé là. Parce que l'article remonte au latin « imagos », avec cette racine indo-européenne « im » qu'on retrouve dans le verbe « imiter ». Mais on n'imite pas une dynamique de particules avec un algorithme de la même manière qu'on peint un portrait.

  20. Intervenant 2

    Bah c'est parce que la définition elle a été très très fluctuante au fil de l'histoire. Au premier siècle avant notre ère, Cicéron utilisait imago de manière très classique pour désigner une copie fidèle d'une personne comme un bus ou un portrait super réaliste.

  21. Intervenant 1

    Ouais le sens habituel

  22. Intervenant 2

    quoi. Voilà. Mais à peine un siècle plus tard, Pline le Jeune écrit une lettre célèbre à un philosophe nommé Sura et il utilise exactement ce même terme pour décrire un fantôme.

  23. Intervenant 1

    C'est plutôt contre-intuitif. Enfin, je veux dire, si je dis imitation, je pense à une reproduction tangible. Comment on passe d'une copie fidèle chez Cicéron à une entité brumeuse chez Pline ?

  24. Intervenant 2

    Parce que le fantôme incarne philosophiquement l'essence de l'imitation. Il possède la forme, les traits, l'apparence de la personne d'origine, mais il en est vidé de sa substance matérielle.

  25. Intervenant 1

    Ah, je vois.

  26. Intervenant 2

    C'est une présence qui n'est faite que d'absence. Un fantôme, c'est l'image persistante de ce qui n'a plus de

  27. Intervenant 1

    corps.

  28. Intervenant 2

    Exactement comme le modèle numérique dont on parlait tout à l'heure. Il a toutes les caractéristiques physiques de la réalité, mais il n'a aucune masse.

  29. Intervenant 1

    Une forme vidée de sa substance. Cette idée résonne parfaitement avec la méfiance viscérale que ressentaient les philosophes grecs face aux images.

  30. Intervenant 2

    Absolument. Et l'article nous ramène directement à Platon d'ailleurs. Dans les livres VI et VII de la République, Socrate dialogue avec Glaucon.

  31. Intervenant 1

    Qui était philosophe et musicien.

  32. Intervenant 2

    C'est ça. Et Socrate s'efforce de lui démontrer que les images sont des pièges. Dans la traduction de Léon Robin, la description est très très chirurgicale. L'image est définie comme une ombre portée, ou une image réfléchie sur l'eau ou sur des surfaces lisses.

  33. Intervenant 1

    Donc pour Platon, la réalité physique est déjà une déclinaison imparfaite du monde des idées. Donc peindre ou sculpter cette réalité physique, c'est créer la copie d'une copie.

  34. Intervenant 2

    Voilà, c'est ça.

  35. Intervenant 1

    Une version doublement dégradée. Et ce qui est frappant, c'est que cette angoisse de l'antiquité, la peur que l'image nous éloigne de la vérité, c'est exactement la même qu'on ressent aujourd'hui face aux deepfakes. On craint que le reflet trompeur ne finisse par remplacer la réalité.

  36. Intervenant 2

    Le mécanisme d'illusion est identique en fait. Platon redoutait qu'on prenne l'ombre sur le mur de la caverne pour l'objet réel. Aujourd'hui, on redoute que l'image générée par intelligence artificielle soit prise pour une vérité historique. L'image, parce qu'elle est une abstraction coupée du monde matériel, n'est qu'un point de vue partiel, jamais la totalité du réel.

  37. Intervenant 1

    Et c'est précisément sur ce point que j'aimerais qu'on laisse nos auditeurs réfléchir, en inversant complètement la théorie de Platon.

  38. Intervenant 2

    Ah bon ? Comment ça ?

  39. Intervenant 1

    Bah si, pour l'Antiquité, l'image n'était qu'une ombre, un sous-produit d'un original physique. Nos modèles numériques contemporains font l'exact opposé.

  40. Intervenant 2

    Ah oui ? Je vois où vous voulez en

  41. Intervenant 1

    venir. Quand on crée un jumeau numérique, en ingénierie, ou même ce système de particules mathématiques dont on parlait, c'est l'image informatique qui dicte comment on va concevoir la réalité ensuite. Et si aujourd'hui l'image mathématique était devenue plus vraie et plus déterminante que la matière elle-même ?

  42. Intervenant 2

    C'est une excellente question.

  43. Intervenant 1

    L'ombre ne suit plus l'objet, c'est l'objet qui obéit à l'ombre. De quoi regarder vos fichiers de données sous un tout autre angle. Merci de m'avoir accompagné pour cette discussion.

  44. Intervenant 2

    Mais de rien, c'était un plaisir.

  45. Intervenant 1

    À très bientôt pour une nouvelle plongée dans les mathématiques.

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