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5 nov. 2020 · 22 min

Méthode de Héron : deux décimales exactes en deux étapes

Dans cet épisode audio, suivez le rectangle qui se rapproche d’un carré et découvrez comment la méthode de Héron gagne rapidement des décimales.

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Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

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  1. Intervenant 1

    Bienvenue dans le podcast du magazine Tangente.

  2. Intervenant 2

    Bonjour à tous.

  3. Intervenant 1

    Aujourd'hui, on vous embarque pour une exploration temporelle, franchement vertigineuse. Imaginez un peu, quand un supercalculateur moderne ou même un processeur d'intelligence artificielle doit extraire une racine carrée de complexe, il ne calcule pas vraiment de manière classique. En fait, il lance une supposition au hasard, puis il corrige cette erreur initiale à une vitesse ahurissante.

  4. Intervenant 2

    Ouais, et le plus faux dans tout ça, c'est qu'il utilise le squelette logique d'une astuce visuelle qui a été inventée, attention, dans le désert égyptien, il y a près de 2000 ans.

  5. Intervenant 1

    C'est complètement dingue. L'objectif de notre plongée du jour est hyper ambitieux. On va essayer de comprendre comment un ingénieur de l'Antiquité a pu concevoir une méthode d'approximation tellement élégante et tellement robuste qu'elle dicte encore aujourd'hui le fonctionnement intime de nos algorithmes les plus pointus.

  6. Intervenant 2

    Exactement. Et pour saisir l'ampleur de ce prodige, il faut vraiment planter le décor d'une époque qui était foisonnante. On se trouve au premier siècle de notre ère, dans l'Égypte romaine, plus précisément à Alexandrie.

  7. Intervenant 1

    Alexandrie, le carrefour intellectuel absolu.

  8. Intervenant 2

    C'est ça, un lieu où se croisent l'héritage géométrique d'Euclide, les rouages de la mécanique de précision et l'abstraction mathématique la plus totale. Et c'est dans ce contexte hyper effervescent qu'évolue une figure stupéfiante. Un homme qui était capable de concevoir des portes de temples colossales qui s'ouvraient toutes seules par de mystérieux mécanismes.

  9. Intervenant 1

    Et en même temps, il s'attaquait au cauchemar absolu des mathématiciens de son temps, à savoir le calcul irrationnel. Bon, décortiquons tout ça, parce que le personnage au centre de nos sources aujourd'hui, il est juste fascinant. Il s'agit de Héron d'Alexandrie.

  10. Intervenant 2

    Héron d'Alexandrie, oui. Un nom qu'on croise parfois à l'école, mais dont on ignore souvent la portée réelle.

  11. Intervenant 1

    Grave ! Quand on compile les textes historiques à son sujet, on a l'impression tenace d'avoir affaire à une sorte d'inventeur fou, un vrai maître des effets spéciaux de l'Antiquité. Ses traités, comme son célèbre ouvrage sur les pneumatiques, regorgent de descriptions de machines incoyables.

  12. Intervenant 2

    Oui, on y parle d'automates théâtraux, d'oiseaux mécaniques qui chantent grâce à la vapeur ou même de fontaines magiques qui utilisaient les principes de compression de l'eau et de l'air.

  13. Intervenant 1

    C'est génial. L'objectif, c'était clairement de susciter l'émerveillement ou même la terreur respectueuse chez les fidèles dans les temples. Mais il y a un contraste énorme, non ?

  14. Intervenant 2

    Ce qui est fascinant ici, c'est justement ce contraste spectaculaire. On a cet aspect très concret, presque de l'ordre de l'illusionniste qui s'oppose à la profondeur inouïe de sa pensée théorique. Cet esprit brillant en ingénierie l'était tout autant en mathématiques pure. C'est ça qui est beau,

  15. Intervenant 1

    il n'y a pas de frontières.

  16. Intervenant 2

    Tout à fait. C'est un trait caractéristique des grands savants de cette période hellénistique. Il n'y a aucune barrière hermétique entre, disons, la résolution d'un problème d'engrenage physique et l'exploration de la théorie des nombres. D'ailleurs, ces œuvres ont connu un destin exceptionnel. Elles ont traversé les siècles par des traductions arabes, puis latines.

  17. Intervenant 1

    Avant d'être redécouverte assez tardivement, vers la fin du XIXe siècle, il me semble.

  18. Intervenant 2

    C'est exact. Et au cœur de ces manuscrits redécouverts, on trouve un texte magistral, un texte fondamental même. Ça s'appelle les métriques.

  19. Intervenant 1

    Et c'est précisément dans ce texte, les métriques, que notre ingénieur redescend sur Terre pour s'attaquer à un problème d'arpentage d'une simplicité trompeuse. C'est là qu'on trouve le fameux théorème de Héron.

  20. Intervenant 2

    Voilà le problème de base de l'arpenteur de l'époque.

  21. Intervenant 1

    Ou faire simple, la problématique c'est comment on calcule l'aire d'un champ triangulaire de manière exacte si on connaît uniquement la longueur de ses trois côtés, sans avoir la moindre idée de sa hauteur ou de ses angles ou d'aucun autre repère.

  22. Intervenant 2

    C'est un vrai défi géométrique.

  23. Intervenant 1

    Héron apporte une réponse d'une élégance formelle absolue. La formule demande juste de prendre ce qu'on appelle le demi-périmètre du triangle.

  24. Intervenant 2

    Donc la moitié de la somme des trois côtés.

  25. Intervenant 1

    C'est ça. Puis on multiplie ce demi-périmètre par la différence entre lui et le premier côté, puis la différence avec le deuxième, puis le troisième. Et enfin, le clou du spectacle, on prend la racine carrée de ce grand produit final. C'est un chef-d'œuvre de concision.

  26. Intervenant 2

    Et c'est l'essence même de la rigueur mathématique. La beauté de cette équation réside dans son autonomie totale, tu vois. Le théorème se suffit à lui-même. Il transforme de simples données linéaires périphériques en une surface bidimensionnelle parfaitement exacte, par le seul jeu des proportions.

  27. Intervenant 1

    C'est magnifique sur le papier. Mais, parce qu'il y a un gros mais, la théorie se heurte violemment au mur de la pratique. Nos sources donnent un exemple redoutablement concret pour illustrer ça. Ah

  28. Intervenant 2

    oui, le fameux triangle classique.

  29. Intervenant 1

    Imaginons qu'on applique cette belle formule sur un triangle hyper simple. Les côtés mesurent 7, 8 et 9 mètres. Le demi-périmètre fait 12. La formule nous dit de multiplier 12 par 5, par 4, par 3, ce qui nous donne 720. La surface est donc égale à la racine carrée de 720.

  30. Intervenant 2

    Mathématiquement, l'équation a fait son travail.

  31. Intervenant 1

    Oui, conceptuellement, c'est parfait. Mais factuellement, au premier siècle, sans calculatrice, avec un système de numération qui ignore encore nos chiffres décimaux et notre zéro, extraire la racine carrée de 720 à la main, c'est l'enfer. Ça relève presque de l'impossible. Comment le mathématicien peut-il donner une réponse utile à l'arpenteur qui attend là, sur son champ ?

  32. Intervenant 2

    C'est vraiment le nœud du problème. Et c'est un point de bascule dans l'histoire des sciences. À cette époque, chercher une racine carrée, ça se fait généralement par une approche purement arithmétique et, franchement, laborieuse. C'est une méthode par encadrement.

  33. Intervenant 1

    On tâtonne, quoi.

  34. Intervenant 2

    Exactement. On teste des valeurs successives, on tâte le terrain complètement à l'aveugle.

  35. Intervenant 1

    Une vraie souffrance mathématique. Moi, ça me fait penser, cette vieille méthode de tâtonnement, ça ressemble au fait d'essayer de régler la fréquence d'une vieille radio analogique dans le noir complet.

  36. Intervenant 2

    C'est une super image.

  37. Intervenant 1

    Tu tournes le bouton d'un millimètre. Annonce agrésie. Tu reviens en arrière. Ah, c'est un peu mieux, mais pas tout à fait. Tu rajoutes un poil. On teste 30, c'est trop grand. On teste 25, c'est trop petit. Et à chaque essai, il faut se fader une multiplication de grands nombres avec des chiffres romains ou grecs. C'est extrêmement lent, affreusement sujet aux erreurs de calcul et surtout, ça manque cruellement d'intelligence.

  38. Intervenant 2

    C'est une excellente façon de le formuler. Ça manque cruellement d'intelligence algorithmique.

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