tangenteAudio

10 juin 2021 · 23 min

Des carrés magiques aux graphes : le voyage des énigmes

Dans cet épisode, suivez le parcours des énigmes mathématiques, du Lo-shu antique aux jeux modernes, et découvrez les idées qu’elles ont fait naître.

Premium
Collections de cet épisode (8)

Un contenu original Tangente, adapté en podcast avec l’aide de l’IA et validé par notre rédaction. Comment ça marche ?

D’après l’articleLire l’article dans la revue

Transcription

Afficher la transcription

Transcription automatique

  1. Intervenant 1

    Imaginez un peu une grille. Juste neuf cases. Mais une grille si parfaitement équilibrée qu'elle a convaincu des empereurs antiques qu'elle contenait carrément le secret de l'univers.

  2. Intervenant 2

    Ouais, rien que ça.

  3. Intervenant 1

    Et le plus fou, c'est que cette même grille s'est retrouvée, des millénaires plus tard, décortiquée par des ordinateurs au XXe siècle.

  4. Intervenant 2

    C'est complètement dingue.

  5. Intervenant 1

    Écoutez, bienvenue dans le podcast du magazine Tangente. Je suis vraiment ravi de vous retrouver pour cette nouvelle plongée au cœur de nos sources. Aujourd'hui, on explore l'histoire et surtout la puissance insoupcionnée des énigmes mathématiques.

  6. Intervenant 2

    Et il y a de quoi faire !

  7. Intervenant 1

    Ah, ça c'est clair. L'objectif de notre analyse aujourd'hui, c'est vraiment de comprendre comment ce qui ressemblait autrefois à de la magie, ou juste à des petits divertissements pour passer le temps à la cour, eh bien ça a secrètement forgé les mathématiques de très haut niveau qu'on utilise tous les jours.

  8. Intervenant 2

    Et ce qui frappe direct quand on lit ces sources, c'est de réaliser que les mathématiciens, ben en fait, ils jouent à des jeux depuis plus de 4000

  9. Intervenant 1

    ans. 4000 ans, ouais.

  10. Intervenant 2

    C'est ça. Et c'est pas juste des récréations futiles, quoi. Ces jeux, ils opèrent comme de véritables pièges cognitifs.

  11. Intervenant 1

    Genre des pièges pour le cerveau ?

  12. Intervenant 2

    Exactement. Ils cachent des paradoxes qui sont tellement profonds qu'ils forcent littéralement l'esprit humain à inventer de toutes nouvelles branches de la science juste pour s'en sortir. On va parler d'espaces géométriques qui disparaissent sous nos yeux ou encore d'additions infinies qui, contre toute attente, trouvent une fin.

  13. Intervenant 1

    Bon, alors le point de départ idéal pour comprendre cette obsession, c'est la recherche de la perfection statique. Parce que bien avant de chercher à résoudre des équations super complexes, les érudits cherchaient d'abord l'harmonie spatiale.

  14. Intervenant 2

    Tout à fait. Et pour ça, on part en Chine.

  15. Intervenant 1

    Voilà. En Chine, il y a plus de 4000 ans, avec la toute première trace de ce qu'on appelle le lochu.

  16. Intervenant 2

    Le fameux carré magique.

  17. Intervenant 1

    Exactement. Le carré magique d'ordre 3. C'est super simple en apparence. Les nombres de 1 à 9 y sont disposés de telle façon que chaque ligne, chaque colonne et même chaque diagonale donne invariablement la somme de 15.

  18. Intervenant 2

    Et pendant des millénaires, cette symétrie parfaite, elle a été accaparée par les mages, les occultistes de tout poil. Pour eux, c'était perçu comme une empreinte divine quoi.

  19. Intervenant 1

    Ouais, un truc mystique.

  20. Intervenant 2

    C'est ça. Mais l'article souligne une chose vraiment fascinante. L'intérêt mathématique de ce carré, il ne s'est pas du tout arrêté à l'Antiquité. Loin de là.

  21. Intervenant 1

    C'est là que ça devient fou pour notre auditoire.

  22. Intervenant 2

    Ah oui, parce qu'au XXème siècle, on a commencé à appliquer des outils algébriques ultra modernes sur cette petite grille ancestrale. Et on a découvert qu'elle cachait des propriétés de conservation proprement vertigineuses.

  23. Intervenant 1

    C'est là qu'interviennent les découvertes d'un certain R. Holmes en 1970. En fait, il décide de lire les lignes du carré non pas comme des chiffres isolés, mais comme des nombres entiers à trois chiffres.

  24. Intervenant 2

    Ah oui, la fameuse séquence !

  25. Intervenant 1

    Voilà. On obtient la séquence 492, 357 et 816. Et ils prouvent un truc incroyable. Si on élève ces trois nombres au carré et qu'on les additionne, le résultat est strictement identique à l'addition des carrés de ces mêmes nombres, mais lus de droite à gauche.

  26. Intervenant 2

    Donc à l'envers.

  27. Intervenant 1

    Exact.

  28. Intervenant 2

    Soit 294, 753 et 618. C'est quand

  29. Intervenant 1

    même

  30. Intervenant 2

    dingue. Et ce qui est vraiment remarquable ici, c'est pas juste la coïncidence, c'est le mécanisme sous-jacent. En fait, le lochou fonctionne comme un balancier autour de son centre, le chiffre 5.

  31. Intervenant 1

    Ah, le point d'équilibre.

  32. Intervenant 2

    Ouais. Les nombres s'équilibrent de part et d'autre selon une loi de conservation hyper stricte. Et cette loi, elle est tellement robuste que les égalités de Holmes tiennent bon même si l'on mutile les nombres.

  33. Intervenant 1

    Tu veux dire quoi par mutiler ?

  34. Intervenant 2

    Bah la source précise que si on ampute tous ces nombres de leur chiffre des unités, l'égalité reste totalement vraie.

  35. Intervenant 1

    Attends, vraiment ?

  36. Intervenant 2

    Ouais ! 49 au carré, plus 35 au carré, plus 81 au carré, bah ça donne toujours le même total que l'inverse. Et on peut faire exactement la même chose en retirant les dizaines ou même les centaines.

  37. Intervenant 1

    C'est fou. Et quelques années plus tard, genre en 1975, il y a Hwa Sook Ahn qui découvre que la symétrie s'applique aussi aux multiplications.

  38. Intervenant 2

    Ah oui, celle-là elle est belle aussi.

  39. Intervenant 1

    Genre 4 x 9 x 2, plus 3 x 5 x 7, plus 8 x 1 x 6, ça équivaut très exactement au produit inversé. En fait, ce carré, c'est un peu un Rubik's Cube arithmétique vieux de 4000 ans. C'est une super

  40. Intervenant 2

    bonne analogie.

  41. Intervenant 1

    Sauf qu'au lieu de conserver des couleurs sur des faces, il conserve des charges algébriques à travers les millénaires. Mais comment une chose aussi simple en apparence peut générer une telle complexité des millénaires plus tard ?

  42. Intervenant 2

    C'est toute la magie des maths. Cette perfection statique, elle est très rassurante pour l'esprit. Mais on le sait bien, un univers parfaitement immobile, ça n'offre pas un défi suffisant pour faire progresser la pensée humaine.

  43. Intervenant 1

    Il faut que ça bouge.

  44. Intervenant 2

    Exactement. La véritable bascule, elle s'opère quand on introduit le mouvement et surtout la narration. Et ça, c'est très exactement le piège cognitif que les Grecs ont décidé de construire avec leur paradoxe.

  45. Intervenant 1

    Et quand on parle de pièges narratifs grecs, le plus célèbre, c'est bien sûr Zénon Delé. Son fameux paradoxe d'Achille et de la tortue.

  46. Intervenant 2

    Un classique incontournable.

  47. Intervenant 1

    Pour ceux qui nous écoutent et qui ne s'en souviennent pas, le récit pousse un cadre super simple. Achille, le grand coureur, accorde une avance de 600 pieds, ce qui fait environ 200 mètres, à une pauvre tortue.

  48. Intervenant 2

    Jusque là, tout va bien.

  49. Intervenant 1

    Voilà. Et Zénon affirme que pendant qu'Achille court ces 200 mètres, la tortue, elle avance un petit peu. Donc Achille doit alors couvrir cette nouvelle petite distance.

  50. Intervenant 2

    Mais pendant ce temps-là, la tortue en profite pour avancer encore un tout petit peu.

  51. Intervenant 1

    Exact. Et ainsi de suite, dans une boucle de rattrapage infinie. La conclusion complètement absurde et non, c'est que le mouvement est une illusion et qu'Achille ne dépassera jamais le reptile.

  52. Intervenant 2

    Et c'est brillant parce que Zénon utilise le langage pour fracturer notre perception de la réalité. Le bon sens nous crie qu'Achille va doubler la tortue en quoi ? Trois secondes à peine ?

  53. Intervenant 1

    Bah oui, évidemment !

  54. Intervenant 2

    Mais la formulation logique semble inattaquable. Le vrai problème ici, c'est que Zénon confond le nombre d'étapes de calcul avec la durée réelle de ces étapes.

  55. Intervenant 1

    Non mais attends, c'est là que joue un peu la provocation intellectuelle. Mathématiquement parlant, comment une infinité d'étapes peut-elle tenir dans un temps fini ?

  56. Intervenant 2

    C'est la grande question.

  57. Intervenant 1

    Pour moi, c'est comme le principe de couper un gâteau perpétuellement en deux, tu vois. On fait la première coupe, on a deux moitiés. On recoupe une moitié, on a des quarts, puis des huitièmes, des seizièmes et ainsi de suite.

  58. Intervenant 2

    Ouais, je vois où tu veux en venir.

  59. Intervenant 1

    On peut s'épuiser à faire une infinité de coupes mathématiques avec notre couteau virtuel, Au bout du compte, la quantité totale de matière sur la table, ça reste un seul et unique gâteau.

  60. Intervenant 2

    Mais cette analogie du gâteau, elle est parfaite. C'est la porte d'entrée idéale vers la solution mathématique rigoureuse qu'on appelle la série convergente.

  61. Intervenant 1

    Ah, on y vient !

  62. Intervenant 2

    Bah oui.

La suite de la transcription est réservée aux abonnés.

S’abonner

À écouter ensuite

Des épisodes qui partagent une playlist, une figure ou un domaine avec celui-ci.